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Lorsque je suivais ses conseils, me conlianl en sa sagesse, louL allait bien pour moi ; jamais il n’a commis une erreur en diagnostiquant une maladie, en décrivant des faits ou des théories scientifiques, ou en donnant certains détails, concernant des choses possibles, mais qui n’étaient point encore connues dans le monde.
Nous ne comprîmes pas, dès le commencement, la profondeur de cetle nouvelle intelligence qui se communiquait à nous, pour notre bien ; mais nous sentîmes bientôt que la recommandation de Walter était très inutile, car, même sans cet avis, nous n’eussions jamais osé traiter S La fford en bon camarade, comme nous en usions vis-à-vis de Walter.
A nos questions sur sa vie terrestre, Stafford nous raconta brièvement qu’il était le fiIs d’un homme politique américain marié avec une Allemande, et qu'il avait reçu son éducation en Allemagne en grande partie. Il s'intéressait aux sciences naturelles, il était studieux, ambitieux de savoir, grand amateur d’expériences, et chercheur passionné dans toutes les choses concernant l’emploi des forces naturelles pour le service de l’homme ;sa carrière scientifique fut brisée par un accident qui l’obligea à garder le lit pendant les trois années précédant sa mort. Ce fut pendant ces trois années que la question d'une survif commença de l’intéresser. Jusque-là il ne s’était point préoccupé à cet égard, considérant ce sujet comme un de ceux que l’on ne peut traiter de la même manière que des problèmes de mathématique ou de
NOS VISITEURS DE l/AUTRE MONDE
nature scientifique. A sa connaissance, il n’y avait aucune preuve d’une vie après la mort ; or des théories sans preuves possibles étaient inutiles, selon lui, autant que dénuées d'intérêt.
Durant sa longue réclusion, et se voyant obligé à abandonner définitivement ses études, son cerveau, demeuré actif et analytique comme auparavant, se mit à étudier et à creuser le thème des Fois religieuses. Ï1 fut aussi poussé dans cette voie par sa mère, dont les tendres efforts visaient à adoucir son chagrin, le désespoir qu’il ressentait en voyant ainsi brisés son travail et sa vie. Il essaya donc par amour pour sa mère de s'intéresser à la religion qu’elle professait, et il fut surpris de voir combien il y avait peu à espérer de ce coté.
U regardait la mort avec quelque chose de l’intérêt et de l’anxiété d’un expérimentateur cherchant à imaginer le développement ou l’issue d’un plan, dont il eût été le créateur, d’un plan caressé ainsi qu’une chère théorie, mais à peine avouable.
Il désirait des preuves — ce qu’il avait réclamé dans toutes ses études— et, pour avoir ces preuves, il était résigné, sinon heureux de mourir. Il paya donc le prix nécessaire et atteignit son but. Il mourut et trouva la preuve, dans les mêmes proportions qu’il l’avait cherchée de son vivant. Son intelligence plus libre, son amour de l’étude et son désir de savoir accrus, ses capacités de compréhension plus claires et plus brillanles, ses sympathies humaines, jusque-
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là comprimées, et s’épanchant maintenant sans contrainte, il se trouvait aussi désireux d’enseigner qu'il l’avait été d’ôlre instruit.
Voici en résumé le récit ou plutôt le rapport qu'il nous fit sur lui-même : « Ne faites pas d’enquête concernant ma carrière terrestre, nous écrivit-il, vous ne découvririez rien; je ne vous ai pas donné mon nom en entier. Beaucoup de mes parents vivent encore, et je ne désire pas leur causer des ennuis. Acceptez mon récit comme vous m’acceptez moimême. Il est sincère, autant que l’est mon désir d’être utile.
Par égard à ce désir, nous ne fîmes jamais aucune enquête; pourtant les occasions ne manquèrent pas. Plus d’une remarque, faite incidemment en discutant tel ou tel sujet, trahit sa connaissance personnelle de savants dedilTérentes nationalités.
Plus tard notre cercle d’amis invisibles fut augmenté par une petite Espagnole qui écrivait mal l’anglais, l’enlremêlant de mots espagnols ;son écriture était strictement phonétique, et ses expressions celles d’une enfant volontaire et impétueuse de sept ou huit ans. Elle nous dit avoir été brûlée avec sa sœur aînée dans une église de Saint-Iago. Elle déclarait Walter son grand ami, et disait l’aimer beaucoup. J’imagine que ses affections étaient plutôt capricieuses, car elle s’attacha promptement à l’un des membres de notre cercle. Elle l’appelait Georgio, et l’assurait de ses préférences. Depuis ce temps, elle semblait prodiguer toutes ses attentions à ce nouvel
ami.Si Georgio ne venait pas, pour une raison ou une autre, Ninia ne venait non plus, ou se mon Irait inconsolable. Souvent elle trahissait de petits incidents concernant la vie privée de Georgio — ceci à notre grand amusement et à son très vif chagrin. La discrétion était une chose inconnue de Ninia.
« Vous ne devriez pas raconter des choses semblables,Ninia, » dit sévèrement Georgio, un jour qu’elle nous avait fait la description d’une entrevue entre Georgio et une jeune fille dont Ninia se montrait très jalouse.
— Pourquoi pas, rcpliqua-t-clle, puisque c’est vrai.
— Gela se peut ; mais ce n’est pas joli de la part des pelites filles de raconter ces histoires e-t d'apprendre aux autres ce qui ne les regarde pas.
Il ne faut pas faire des choses dont on ait honte de parler; Stafford l’a dit à Ninia.
En dépit de son indiscrétion, Ninia ne permettait h aucun de nous de faire des remarques désobligeantes sur les actions de' Georgio. Elle semblait se réserver le droit de se poser comme son mentor, et considérait une rétlexion faite par nous comme une infraction à ses pouvoirs.
Fidèle petite amie î Quelques années plus tard, M mc E. et moi nous voyagions à plus de milliers de milles de distance pour nous asseoir au chevet de Georgio qui se mourait. Je venais tristement d’écrire une lettre sous sa dictée, et je la lui relisais. « Merci, me dit-il, cela ira ainsi, .le veux essayer de signer maintenant. Comment ! Ninia !... Chère petite
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Ninia, que cela est gentil à toi ! » exclama-t-il.
Je le regardais anxieusement, frappée par son expression joyeuse. Son visage était inondé de bonheur.
<( Chère petite Ninia, ne pars pas ! » fit-il avec des yeux suppliants. Puis remarquant notre air inquiet il ajouta : « Cette chère petite!... Je suis fatigué ; je veux essayer de dormir un moment. »
Fermant les yeux, il s’assoupit avec un sourire heureux et une expression de paix répandue sur son \ isage. Nous avions peur que ce ne fut là son dernier sommeil. Lorsqu’il se réveilla, il jeta un coup d’œil anxieux autour de lui, et son regard s’arrêta, se fixa dans l’espace, là où auparavant il avait vu sa petite amie; aussitôt il sourit en faisant un petit signe de satisfaction. Il la nomma plusieurs fois dans les heures qui suivirent: « Elle va être fatiguée de m'attendre », dit-il, à un moment. Son esprit ne fut jamais distrait de cette pensée; il savait qu’un grand changement rallendait, et la présence de Ninia semblait lui donner du courage. Il nous parla doucement et calmement pendant l’heure qui précéda sa mort, et ses dernières paroles furent: « Chère pelite Ninia» chère petite amie ! »
Je pense quelquefois à nos premières expériences lorsque, novices que nous étions, nous pensions inutile d’encourager des communications telles (pie celles de Ninia. Combien peu nous savions, combien peu nous nous doutions que la petite visileuse invisible serait un jour plus puissante que toutes les
nos visiteurs de ï/autuk monde 127
consolations de l'Église et des prêtres, encourageant et illuminant le chemin de l’un de nous à travers la Vallée de l’ombre delà mort.
Cependant un autre esprit ami se fit connaître et aimer de notre petit cercle. C’était une douce enfant pure et réservée, dont le nom était Féli" cia O wen, une jeune fille anglaise d’environ vingt ans, qui, jusqu’à sa mort, avait été instruite dans une école catholique du pays de Galles. Elle écrivait toujours en vers très doux et très purs, apportant comme un souffle du Ciel. Un jour elle écrivit, et ces mots revinrent a ma mémoire avec une force irrésistible, tandis que je veillais Georgio mourant :
« El quand je vins à mourir cela me sembla si « étrange
« De retrouver une voix bien-aimée et la chaude « étreinte d’une main
« Four me recevoir, alors que, tremblante, je me tenais sur le rivage du noir océan,
« Roulant entre l'Éternité et moi.
« El cependant il en fut ainsi. »
Félicia ne venait pas très souvent auprès de nous. Peut-être n'y avait-il pas, dans notre cercle, assez d’àmes semblables à celle de la douce et timide poétesse. Peut-être aussi parce qu'ayant été — quoique à contre-cœur — reconnue comme médium, je préférais que l'écriture traitât de sujets dont j’étais ignorante. Je ne possédais pas le plus petit don d’écrire en vers, et cela m’ennuyait d’entendre dire « que je pourraisen écrire si j’essayais ». J'étaisdonc beaucoupplus
satisfaite lorsque les communications élaient de nature telles que personne nepiVf soupçonner une jeune femme de moins de vingt ans d’être tout à fait familière avec elles.
Quelquefois ma main écrivait avec rapidité et fermeté pendant deux heures sans s’arrêter, tandis que je surveillais le papier, graduellement couvert de la petite écriture serrée de Stafford ou de la grande écriture fiêre de Walter, et que, de la main gauche, je préparais les nouvelles feuilles de papier nécessaires. Je lisais quelquefois les phrases à mesure qu’elles étaient formées par le crayon ; mais généralement si je m’intéressais ou me passionnais pour ce qui allait suivre, l’écriture devenait incohérente, des mots étaient omis, d’autres étaient fautifs, et le sens n’en était plus intelligible. Mon bras et mon épaule, par moments, étaient tellement douloureux que je me trouvais presque mal; mais je commençais à trop apprécier ces communications pour ne pas supporter patiemment, même joyeusement, ces bagatelles.
Par les sensations de ma main et de mon bras, je fus bientôt capable de distinguer les différents contrôles (esprits), aucun d’entre eux 11 e semblant employer le crayon de la même manière. Stafford me causait moins de souffrance qu’aucun autre, quoiqu’il écrivît souvent pendant un temps beaucoup plus long.
Parfois un étranger tentait d'écrire par ma main, et je m’en apercevais immédiatement; parfois l’écri-
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ture était dirigée de droite à gauche, comme si le pouvoir ou l'influence opérait en dessous de ma main. Dans ce cas là, il nous fallait lire récriture reflétée dans un miroir. Nos visiteurs les plus assidus étaient les cinq esprits dont j ai déjà parlé; excepté lorsque, nous relâchant de notre exclusivisme, nous permettions à quelque personne étrangère de se joindre à notre réunion pour une soirée. Invariablement alors, il y avait une nouvelle addition à notre « cercle d'esprits ». Walter jouait le rôle de maître des cérémonies et introduisait I hote invisible.Plusieurs communications intéressantes nous furent données ainsi, car il arrivait fréquemment que l’assistant leneslre lût un étranger pour la majorité d'entre nous, et que non* ne sussions rien de lui ni de ses affaires.
Ces visites accidentelles causaient plus ou moins d’inlerruption à nos procédés habituels; mais nous n’eussions pu dire si cela était le résultat de nouvelles influences spirituelles, ou si c'était la conséquence de la curiosité très naturelle, ou du scepticisme— naturel aussi —des assistants momentanés. Certaines personnes semblaient apporter avec elles une recrudescence de force, d’autres, par leur seule présence, paralysaient les manifestations.
Une dame qui, sans relâche, avait insisté pour être admise à nos réunions, fut un soir invitée à s'y rendre. Nous avions précisément eu une série d'expériences très-réussies, et nous nous réunissions dans une attente pleine d'espérance, car un phénomène spécial nous avait été promis. Nous primes nos places
habituelles; la dame étrangère fut placée vis-à-vis de moi. Nous attendîmes longtemps, et, à notre désappointement, la table ne lit pas mine de bouger, et nous ne pûmes obtenir même un trait de crayon. En vain nous chantions, nous jouions du piano. En vain nous changions l’ordre de nos sièges. Eu vain nous demandions quelque signe de présence de nos amis invisibles; aucun signe ne nous était accordé. Chacun se plaignait de sensations pénibles comme celle de se sentir piqué ou mordillé de différents côtés; un ou deux d’entre nous avaient le sentiment désagréable d’avoir le visage et les mains couverts de toiles d’araignées. Finalement, après presque deux heures d’attente, nous Jcvàmesla séance, en désespoir de cause.
En prenant congé, et répondant à nos expressions de regrets sur ce non-succès, la dame remarqua triomphalement :
« Sa\ez-vous pourquoi vos esprits ne sont pas venus ? Je vous le dirai. C’est parce que j’ai prié Dieu sans cesse, pendant la soirée entière, de nous délivrer du pouvoir de Satan et d’empêcher ses manifestations pendant que j’étais là. Vous n’avez pas eu de manifestations spirites et vous pouvez être sûrs que vous n’en aurez jamais si vous priez, comme je l'ai fait, pour être protégés contre le Malin. Vous pouvez être sûrs que ces manifestations viennent du Diable; autrement vous auriez eu cette nuit votre succès habituel, malgré mes prières. »
Je n’avais point d'argument prêt en réponse à ceci.
Cette dame était mère de Hiles plus âgées que moiméme, une brave, sérieuse et active femme de pasteur, dont les opinions religieuses avaient grand poids, et qui s'imposait le devoir de surveiller le moral de toutes ses connaissances. Elle se déliait beaucoup de nos expériences et n avait pas hésité, dans nos conversations à ce sujet, à m’exprimer la conviction que nous étions victimes des embûches du Diable.
Aussi ce premier non-succès dans nos expériences, et l'explication que nous en donna cette dame, me
déroulaconsidéi ablemen tetj’envisageai l’idée, d’avoii*
attiré sa Majesté luciférience au milieu de nous, avec quelque consternation. Cependant, après avoir discuté le pour elle contre des opinions de M ,,ie X..., nous rendîmes le verdict non prouve, et nous nous décidâmes à continuer nos recherches et â en attendre de nouveaux développements.
Je ne savais pas alors, comme je le sais maintenant, quelle arme puissante peut être la volonté, et combien un élément d’antagonisme peut être désastreux au succès de pareilles séances. Nous avions tout ceci à apprendre. Plus tard nous pûmes nous permettre de sourire devant les affirmations de ceux qui tenaient le Diable pour une aussi grande puissance, et Dieu pour une aussi petite; — mais alors nous étions novices et facilement timorés.— Grâce à Dieu, nous eûmes le courage d'aller de l’avant et de chercher à apprendre davantage.