IV
En conséquence; le médecin vint cl proposa l'analomie connue sujet d’entretien. Ea discussion se poursuivit pendant une ou deux soirées cl sembla exciter un grand intérêt, le médecin et Stafford rivalisant d’expressions et de tenues latins. Après les os, les nerfs lurent discutés, et Stafford parut ici prendre l’avantage. Une fois il s’arrêta brusquementau milieu d'une phrase en disant :
— Attendez un instant, je vais consulter un de mes amis sur ce point; il est mieux informé que moi.
Vendant une demi heure, Walter nous entretint, en imitant d’une manière plaisante le « Gouverneur » et en nous faisant une dissertation scienliiiquc sur les propriétés d’un gaz qu’il nommait Oxi/fii/dronitio-ammoniac. Questionne sur la signification de ce mot, il nous dit : « Quand je parle de sujets scientifiques,je préfère ine servir de termes scientifiques», voulant évidemment railler le médecin dont la conversation était presque inintelligible pour des esprits ordinaires, tant il faisait un usage excessif de termes techniques.
Après une demi-heure d’absence, Stafford revint, bien pourvu des renseignements désirés, et la discussion fut reprise sur les fonctions de certains nerfs.
— Willis me dit..., commençait-il, lorsque le médecin qui surveillait les mots a mesure qu ils se formaient sur le papier I interrompit brusquement :
Willis? Quel Willis? Varieriez-vous du grand
DE LA SCIENCE ET DES PORTRAITS D’ESPRITS \tf
l) r Wiilis, autorité reconnue pour tout ce qui touche au système nerveux et à son fonctionnement ?
— Oui, je crois qu’il est considéré comme une autorité; c’est pour cela que je me suis adressé à lui; il dit que certains nerfs du cerveau ont reçu son nom.
— Etonnant! s’écria le médecin. Et il me sembla qu’à partir de ce moment, son respect pour Stafford s’était singulièrement accru.
Quant aux questions musicales, momentanément abandonnées parce que nous ne connaissions personne, étant suffisamment au courant pour engager une discussion, nous fûmes enfin assez heureux pour exciter l’intérêt de M. William Rae, organiste de distinction et très apprécié. J’avais fait partie de ses chœurs comme élève, pendant quelque temps, et j’avais conçu pour lui beaucoup de respect et d’affection.
Comme je l’ai déjà dit, je n’ai jamais étudié la musique, et je n’y portais qu’un intérêt très superficiel, aussi la discussion ne me promettait-elle aucun plaisir.
Stafford expliqua qu’il n’était point un musicien exécutant, mais qu'il avait lu quelques livres sur la théorie de la musique. Qu’il fût ou non musicien exécutant, il montra bientôt une connaissance plus large et plus profonde de ce sujet que M. Rae luimême, et l’organiste déclara qu’il écrirait à quelquesuns de ses amis pour avoir leur opinion et leurs cou-
seils avant do revenir sur cette question. Stafford y consentit, et, la semaine suivante, M. Hae nousarriva avec une longue lettre de sir Jules Benedict, contenant des explications tout à l’avantage de Stafford, par rapport aux questions discutées.
Les sujets de la musique, de riiarmonie, des différents modes de construction des orgues et d’autres instruments de musique ne semblaient jamais devoir prendre lin. Malgré mon désir très naturel de demeurer polie et complaisante envers les bons amis qui suivaient ces discussions avec un si. grand intérêt, je commençais à me sentir terriblement lasse, et ma santé, qui n’avait jamais été bien forte, menaçait de se ruiner tout à fait sous le poids des soucis divers qui pesaient si lourdement sur mes épaules.
Selon toute probabilité. Stafford vit que j’avais besoin de repos, et, à la lin de l’année consacrée aux problèmes scienLiliques, il déclara qu’il fallait les interrompre pour un certain lemps, quitte à les reprendre plus tard. I/un des sujets d’étude proposés — la chimie — n’avait point encore été effleuré, faute d’un interlocuteur assez expérimenté en celte matière.
M. Barkas fit remarquer que, tout en approuvant Stafford de vouloir me procurer du repos, il était très regrettable de n’avoir pas traité ce sujet antérieurement, d'autant plus qu’un chimiste des plus connus en ce temps-là, M. BelL venait de demander sérieusement à avoir un entretien avec Stafford. Mais celui-ci demeura inexorable ; M. Bell dut attendre;