‹ Au pays de l'ombreChapitre 33 sur 71 · UNE LUEUR DE VÉRITÉ · texte numérisé non relu

UNE LUEUR DE VÉRITÉ

Les opinions do quelques spirites avérés m'épouvantaient. Un jour, en causant avec un adepte bien connu de la cause, nous parlâmes de la vie et do l'oeuvre du Christ. A mon déplaisir infini, il discuLa jusqu'à l'existence du « Fils de l’Homme ». C’était un mythe, une idée, non une individualité. L’existence d’une Divinité était également discutable. Dieu était un épouvantail pour en imposer aux faibles, ou une amorce pour attirer les égoïstes, qui s’efforçaient de le servir par peur des conséquences, ou pour gagner leur salut.

Tout ceci me semblait terrible. Ma nature entière se soulevait, révoltée. Je ne pouvais accepte!’ de telles idées. Je lisais ma Dible avec plus d’attention que jamais, essayant de concilier ses enseignements avec ceux des esprits. Parfois je tombais sur des paroles de consolalion et de lumière auxquelles je me rattachais passionnément, comme à une clef de ces mystères. Puis je retombais dans mon abîme de désespoir, sans voir le moyen d’en sortir. 11 me semblait être devenue un être double; l’un des moi se cramponnant aux vieilles doctrines et les défendant dans chacun de leurs points, l’autre moi assaillant, assiégeant et niellant à bas toute résistance, pour me laisser ensuite faible et découragée, sous le coup de ces luttes intérieures.

Personne n’était là pour m’aider ou me conseiller. Ceux à qui je m’adressais ne voulaient même pas discuter la question et déclaraient le spiritisme une œuvre diabolique D’autres, les « Agnostiques »,

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ainsi qu’ils so nommaient, bien que je ne comprisse pas alors la signification de ce terme, traitaient de ces queslions avec un calme philosophique, et m’avertissaient de ne pas me tourmenter à ce sujet, ou encore me conseillaient de croire en ce qui pouvait me rendre heureuse, et de ne pas me préoccuper du reste. « Ce qui existe, existe, » disaient-ils, et ni mes croyances, ni mes doutes ne pouvaient rien changer à la surface du inonde. Je retournais donc à mes lutles intérieures; mais je ne pouvais adhérer à l’idée que ces manifestations provinssent du Diable. Le caractère des communications de John IJarrisson ou de la douce Félicia Owen était la preuve absolue du contraire. Les écrils sentencieusement religieux de John Harrisson émouvaient pour le moins autant que les sermons de notre vieux pasteur; et leurs paroles de terminaison étaient toujours accueillies avec un soupir de soulagement. Certainement il n’y avait pas plus de Satan dans John Harrisson que dans notre bon vieux pasteur.

C’est pendant ces semaines de convalescence, alors que l’amour de la vie avait jeté de nouvelles racines en moi, que je commençai à comprendre et à accepter les enseignements de mes amis les esprits. Je ne sais pas très bien comment cela m’arriva. Les journées paisibles passées sous la verdure des arbres, sous le grand ciel bleu et les rayons du soleil qui traversait les branches, tout cela contribuait à m’éclaircir les choses. Je n’étais plus assaillie de lous côtés par des opinions contraires etdes controverses.

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J’étnisseule avec la Nature, et, à nous deux:, nous combattions'; à nous deux nous avancions sur le vieux terrain, pied h pied. 11 me semblait maintenant que ces choses, irréconciliables lorsqu’elles étaient regardées à travers les lunettes colorées des vieilles doctrines, devenaient pures et harmonieuses sous la blanche lumière du ciel.

Etudiés en partie seulement, ces enseignements ne semblent point avoir quelque parenté entre eux; mais, vus comme un tout , ils sont étroitement liés ensemble et forment une parfaite et glorieuse vérité, fl mi est de même du coloris brillant d’un feuillage d automne, bien que le vert vif y contraste fortement avec un riche cramoisi, ces deux couleurs sont unies par d’innombrables et délicates gradations de teintes — comme des ombres de couleur, — et le feuillage se trouve être d’une parfaite harmonie.

De même,^lorsque je considérais séparément les enseignements de l’Eglise et ceux des esprits, jcjie pouvais en discerner que les contrastes. — Je ne pus saisir la beauté et l'harmonie “qui les reliaient entre eux et en formaient un tout parfait et magnifique, que lorsqu’il me fut donné, grâce a une mystérieuse intuition, de les contempler à travers un milieu plus transparent que les dogmes des'Églises et les opinions individuelles des] professeurs Vie théories en « i sine s

A la vérité, bien des choses encore me furent et me sont restées inexplicables; mais je sentis que j’avais trouvé la clef d’un monde nouveau : monde si

Tl ES SAVANTS DEVIENNENT SPIRITUALISTES

A vrai dire, il n'y a d’autre connaissance que celle acquise par le travail ; tout le reste n'est qu’une hypothèse de la connaissance; une chose à discuter dans les écoles ; une chose flottant dans les nuages, dans un tourbillon sans fin, jusqu’à ce que nous ayons essayé de la fixer.

Caruslk.

Lorsqu’on a fait une grande découverte ou que l’on s’imagine en avoir fait une, je pense que la première impulsion est d’en répandre la nouvelle autour de soi, ne doutant pas que cette nouvelle soit passionnément accueillie et aussi hautement appréciée par le reste du monde que par soimême.

Ainsi qu’on l’a vu, beaucoup des phénomènes spirites m’étaient familiers depuis trois ans et davantage; dès mon enfance même, je m’étais habituée à quelques-uns d’entre eux. Mais la foi dans ces manifestations ne constitue pas nécessairement un spi-

ritualisée, bien qu'il soit d’usage de désigner ces sortes de croyants par ce titre.

Jusqu’à ce moment, cela m’avait déplu de m'entendre nommer une spiritualiste ; ce terme me semblait impropre, n’ayant aucune signification spéciale. Croire en de certains faits, qui ont paru clairs à l’intelligence la plus ordinaire, n’implique pasavoir droit à ce titre, pas plus que de croire à l’existence des étoiles et des planètes ne donne le droit de se nommer un astronome. D’un autre coté, les meilleurs, es plus sincères spiritualistes que j'aie connus n’avaient point eu besoin, pourvoir leur foi s’affirmer, de ces manifestations qui sont si nécessaires à d’autres, étant pour eux les premiers pas sur la roule des lois reliant le monde spirituel au monde matériel.

J’ai connu des personnes très expérimentées en matière de phénomènes spirites, des personnes ayant une foi inébranlable en leur origine spirituelle, et qui cependant étaient — si j’ose dire ainsi — des croyants matérialistes en les phénomènes spirites, et pas du tout dans le spiritualisme même, auquel elles ne cou naissaient rien.Au sujet de ces personnes, je me rappelle une entrevue que j’eus avec deux dames désireuses de me connaître. Elles se trouvaient ensemble, perdues dans une contrée étrangère; entendant dire que j’étais Anglaise et spiritualiste, elles me rendirent visite. Après le dîner, le sujet de conversation tomba sur le spiritisme. Ces dames expliquèrent à mes autres invités qui savaient

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