‹ Au pays de l'ombreChapitre 4 sur 71 · TA VIEILLE MAISON KT SES HABITANTS · texte numérisé non relu

TA VIEILLE MAISON KT SES HABITANTS

d’ôtre « une petite sorcière » aussi bien qu'une créature vraiment bizarre.

Selon moi, c'étaient les autres qui étaient bizarres, et je prenais comme une grande épreuve d'avoir à supporter leurs étonnements et leur incrédulité, qui venaient fréquemment à l'encontre de mes narrations. Je parlais de ces choses comme d’un incident vulgaire de la vie journalière; cependant, en grandissant, je commençai à comprendre que tout le monde n’était pas doué pareillement, et je fus assez généreuse pour excuser intérieurement les autres, supposant que quelque cause regrettable les empêchait de voir, d’entendre et de comprendre tout ce qui se passait autour de nous ; tout ce qui était si vrai et si réel pour moi.

Naturellement, en enfant que j'étais, je pris sur moi de devenir leurs yeux et leurs oreilles, comme peut le faire le compagnon d’un aveugle ; mais je rencontrai tant de rebuffades que j'abandonnai la tâche, tout en plaignant les infirmités de ceux qui, à moitié aveugles et à moitié sourds, persistaient cependant à rejeter mes bons offices.

Vendant ma première enfance, nous vivions dans une vieille maison triste, située du coté est de Londres — une grande maison^qui avait dù, en son temps, être une demeure d’importance; mais il y avait des siècles de cela, et maintenant elle tombait presque en ruines. On disait qu’elle avait été construite et habitée par Olivier Gromvell, je ne me rappelle pas lequel ; dans tous les cas, elle était très dif-

Je renie des maisons modernes. Grande, lourde, triste, elle avait un air de supériorité et de dignité étrangement hors de plaeo au milieu des maisons nouvelles, qui, de tous les cotés, semblaient sortir du sol, ainsi que des champignons.

La maison était destinée à être jetée bas, mais sa destruction finale fut remise d’année en année; et pendant ce temps nous y vivions.

Autour de ce vieil édifice se trouvait une cour où un ou deux arbres luttaient pour vivre. Cette cour était pavée de carrés de marbre blanc et noir.

On approchait de la maison au moyen d’une suite de marches en marbre qui, un jour, avaient été très belles, mais maintenant étaient tachées, gâtées et brisées. La porte, au sommet des marches, était une lourde porte en chêne sculptée, ornée de verrous en fer et gardée, des deux côtés, par de grands griffons qui étaient la terreur de mon enfance. Quelqu’un avait peint ces monstres en un beau vert brillant, leur faisant rouges les yeux et la langue.

Cette porte verrouillée donnait accès à une galerie parquetée de chêne, sur laquelle s’ouvraient plusieurs chambres inemployées et vides ; et un large escalier conduisait à la partie supérieure de la maison. Beaucoup de ces chambres avaient des parquets de chêne et étaient sombres, les petites fenêtres n’admettant jamais assez de lumière pour les égayer, bien qu'à Carrière de la maison — qui donnait sur un ancien jardin transformé en simple pelouse — les chambres eussent un aspect plus gai

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