‹ Au pays de l'ombreChapitre 40 sur 71 · CONVERSIONS SCR CONVERSIONS · texte numérisé non relu

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mister dans le parquet. Les muscles de ses bras se raidissaient dans leur plus extrême tension, des gouttes de sueur perlaient sur son front; ses veines se gonflaient; il semblait vraiment déployer toute sa vigueur... et la table ne bougeait pas. De temps à autre il lâchait prise pour s’éponger le front. Alors la table faisait de petits sauts rapides qui obligeaient M. X. à reprendre immédiatement son poste. VA il redoublait ses efforts, après avoir sauté sur la labié à peu près comme un chat sur une souris qui eût tenté d’échapper à ses griffes.

Ceci dura environ une demi-heure;— à l’exception de ces quelques petits signes de vie, la table demeura parfaitement impassible. A l'expiration de ce temps, M. X. se redressa; et, épongeant son visage et son cou, il remarqua que les esprits avaient mieux à faire qu’à le taquiner.

Je me sentais désappointée et je jugeai, à l’expression du docteur, qu’il éprouvait aussi quelque chagrin.

A ce moment, la table commença de bouger et de se balancer doucement, — voyant, cela M. X. de faire une nouvelle attaque, mais sans pouvoir, celte fois-ci, arrêter les mouvements de la laide, qui continuaient avec une douce régularité, n’augmentant jamais de vitesse ni de lenteur, et allant ni plus à droite ni plus à gauche, même d’un pouce, malgré Iou Le la force exercée par M. X. Celui-ci faisait de son mieux ; il s’accrochait à la table comme s'il y allait de sa vie, il s’y couchait et s’y laissait bercer. Le spectacle de cet

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Hercule luttant avec une table était si profondément comique que je me mourais de rire. A la fin il se mil en colère.

— C’est un véritable guet-apens ! s’écria-t-il d’un ton fâché; — ce n’est pas joli !

— De quel guet-apens parlez-vous? Qu’est-ce qui n'est pas joli ? demanda le docteur.

— Comment ! mais cette espèce de lutte ! tout ceci est un mauvais tour de la part de Walter. Il m’a éreinté avant de commencer la lutte — ce n’est point là une épreuve de force. Vous pensez sans doute que j’ai été battu, — ajoula-t-il d’un air soupçonneux, — maisje protestecontre ce genre de combat. Si Walter veut être de bonne guerre, je garantis que je retiendrai la table en dépiL de lui, mais je ne voudrais plus m’y prendre ainsi.

Son indignation avait un caractère si burlesque que nous contenions à grand’peine nos rires et nos plaisanteries.

AI. X. devint un spiritualiste, non à cause des enseignements qu'il reçut, non parce qu’il s’intéressa à la connaissance d’une autre vie ; mais il devint spiritualiste parce qu’il se trouva une labié qui lui joua un mauvais tour et le fit épuiser toute sa force avant de commencer la lutte dans laquelle il fut vaincu.

Ceci m’a souvent frappée : il est étrange combien des tempéraments différents ont besoin de manifestations différentes pour en ressentir une forte impression. Quelques personnes ne trouveraient

CONVINSSIONS SUli CONVERSIONS

pas digne d une pensée le fait <|iie loulesles chaises el les tailles d une maison se missent en branle. Quelques autres verraient passer devant leurs yeux, avec une parfaite indifférence, toutes les formes matérialisées qui se tussent jamais produites. D’autres encore contempleraient avec mépris toutes les écritures inspirées par des Esprits.

L’homme qui ne se soucie pas des plus belles pensées exprimées par nos amis spirituels pourra se trouver plein, d’angoisse ou rempli de respect quand une table, en mouvements, lui cassera presque le bras, ou le poussera dans un coin. Un autre individu — sans foi aucune — croira que la lune estfaite d’un fromage, si, à sa demande, un nœud s’est formé dans une rondelle de cuir, préalablement découpée dans une peau, et cela sans qu’on puisse» trouver aucune trace de déchirure sur la rondelle.

Je ne prétends pas dire ici que toutes ces personnes soient devenues des spiritualistes dans le véritable sens du mot. Croire en la réalité des phénomènes spirites n’implique pas, pour cela, qu’on soit un spiritualiste.

Le l) r Eriese, dès qu’il eut été interviewé par ses amis, se mit au travail et commença son premier ouvrage sur le spiritualisme. Ce livre fut publié à Leipzig sous le Litre de Jcnseiis des Grades. Peu après paraissait un ouvrage plus considérable, Slimmen ans (lem Reich des Geistes, qui devait principalement son origine aux communications de Stafford et de Walter.

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Ce fut avec un vrai chagrin que nous nous séparâmes pour reprendre nos différents chemins. Il continua ses études sur cet absorbant sujet et publia d’autres livres; quant à moi, je retournai en Angletene pour y trouver, si possible, de l’emploi pour mon crayon. Vendant ces mois de travail sous la direction du docteur, j’avais faitde grands progrès dans l'art du dessin..., tout au moins je le pensais, m’imaginant, pour de bon,avoir trouvé une occupation lucrative.

Je dois avouer cependant que l’on ne partagea pas mou opinion, car les esquisses dont j etais le plus lière excitèrent celte remarque: « Je suppose qu'il faut, regarder cela de loin », remarque faite par un de mes amis que j’avais prié de me critiquer.

Je me sentis d’abord extrêmement découragée, et prête à abandonner tout espoir de devenir jamais une artiste, n’envisageant plus mon crayon que comme un agréable passe-temps, lorsqu’un autre travail s’imposa à moi. L’esprit missionnaire me saisit de nouveau, et comme, dans mon entourage, il y avait plusieurs personnes très désireuses de faire progresser la cause, je trouvai auprès d’elle, et soutien, et bons conseils.

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