‹ Au pays de l'ombreChapitre 42 sur 71 · N 0 U V KL L KS M V N ! F KST AT ION S · texte numérisé non relu

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mais à ce moment-là je ressentis quelque chose qui ressemblait beaucoup à de la peur, et j'éprouvai le désir très vif de courir vers la lumière et de me retrouver en la compagnie des chanteurs: mais je restai tranquillement assise. Je me sentais collée à ma chaise, redoutant que ce « quelque chose » me touchât, et avec la conviction que, s’il le faisait, je me mettrais à pousser des cris perçanls. Tour à tour je devenais brûlante et glacée, et j’aurais beaucoup donné pour me Irouver de l'autre côté des rideaux. Je savais n’avoir qu'à étendre la main pour les repousser, mais j’étais la proie d’une indescriptible sensation, de solitude el d’isolement, qui semblait me placer à une dislance énorme des autres. Cette curieuse sensation surmontait presque mon désir d’étre brave, et j étais sur le point de me précipiter hors du cabinet, lorsqu’une main, touchant mon épaule, m’obligea à reprendre la chaise que j’avais quittée.

Cela est assez étrange; cette pression, qui, dans d’autres circonstances m’aurait bouleversée outre mesure, cette pression eut reflet de calmer ma fièvre et ma crainte. Je me rappelai comment, par une nuit d’orage — il y avait bien longtemps de cela — et veillant, dans une crainte angoissée, mes petits frères et sœurs qui dormaient, une main s’était placée delà même manière sur mon bras, et la pression des doigts invisibles avait un tel pouvoir magique que je n’avais plus eu peur.

La vibration de l’air ne se fit plus sentir ; la main

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quitta mon épaule, et les assistants qui commençaient à êlre fatigués de chanter tirent les questions suivantes :

« Ne voyez-vous rien prés de vous? »

<( Avez-vous trouvé quelque chose de vivant ? »

« Combien de temps encore nous faut-il rester assis ? Levons la séance maintenant. 11 ne pleut plus ; nous pouvons rentrer chez nous. »

— Eh ! bien! # — aussitôt que j'apparus devant les rideaux — avez-vous senti ou vu quelque chose de curieux ?

— Je n'ai rien vu; mais j’ai senti un étrange mouvement vibratoire, comme si un oiseau volait autour de moi ; et puis quelque chose a touché mon épaule.

Cette circonstance fut un sujet de discussion pour les jours suivants, et, à la fin de la séance suivante, qui sembla également se terminer plus tôt que d'habitude, je fus invitée à faire un autre essai en m'asseyant dans le cabinet; j’y repris donc ma place comme auparavant. Il faut expliquer ici que ce cabinet était simplement un petit enfoncement dans un des coins de la chambre ; d’épais rideaux de serge croisée le fermaient, montant du plancher jusqu’au plafond. Pendant nos séances, la chambre était faiblement éclairée par un ou deux becs de gaz qui, généralement, étaient presque tout à fait baissés, mais donnaient une lumière suffisante pour permettre à chacun de voir ce qui se passait, et de lire ou d’écrire des notes. Mais cette clarté ne suffisait pas pour pénétrer l'épaisseur des rideaux, ce qui fait que, comparati-

nouvku.es manifestations

veinent, j’étais dans une obscurité absolue, tandis que ceux qui se trouvaient en dehors des rideau* avaient assez de lumière pour pouvoir exécuter tous leurs desseins.

Je ri'attendis pas longtemps avant de ressentir les mêmes étranges troubles de l'air autour de moi. Je sentais mes cheveux soulevés par des courants d’air, et un petit vent frais soufflait sur mon visage et sur mes mains.

Puis me vint une étrange sensation que, depuis, j’ai quelquefois ressentie à des séances. Je l avais fréquemment entendu décrire par d’autres, comme une sensation de toiles d’araignées frôlant le visage; mais pour moi, qui m’analysais avec curiosité, il me semblait plutôt sentir comme des fils très fins que l’on eut arrachés de tous les pores de ma peau.

Je ne ressentais point la peur de la soirée précédente. Au commencement, ce fut une étrange sensation qui me la rappelait un peu, quelque chose comme le sentiment du surnaturel; puis cette impression se dissipa, et je redevins très calme, impuissante, il est vrai, à faire le moindre mouvement ou à répondre aux nombreuses questions que mes amis m’adressaient. En même temps j’éprouvais un grand intérêt à analyser mes sensations et à me demander ce qui allait arriver ; car certainement quelque chose allait arriver.

— Voici le visage d’un homme! entendis-je crier.

— Mon Dieu! c’est vrai : que c’est étrange !

— Pouvez-vous le voir?

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—- Oui, nous pouvons tous le voir. Qui cela peut-il être ?

— Qn’y a-t-il? demandai-je, réveillée par toutes ces exclamations.

— Là ! derrière les rideaux. Une figure ronde avec des yeux noirs, des moustaches et des cheveux bruns. Voyez donc, il rit et fait des signes de télé. Ne pouvez-vous le voir?

C’est en vain que j'écarqnillais les yeux, je ne pouvais rien voir. Un petit rayon de lumière, se glissant à travers les rideaux, semblait indiquer que quelqu’un les tirait en arrière, à hauteur d’homme, depuis la tète jusqu’au parquet ; mais c’était tout.

— .Mon Dieu ! je me demande qui cela est. Quelle figure agréable! — Voyez-vous ses dénis, quand il rit? Remarquez comme il fait des signes de tète quand nous parlons.

Toutes ces exclamations excitaient au plus haut degré ma curiosité, et je fis un mouvement pour me porter en dehors des rideaux et jeter un regard sur l’étrange personnage. Lorsque je me levai , mes genoux étaient étrangement faibles, et je me demandai si je tais souffrante. J’avançai la tète de coté, par la fente du rideau, et je regardai vers le centre... Que vis-je? la figure de Walter qui me regardait avec ses yeux rieurs. Je le reconnus instantanément à la lumière du gaz projetée en plein sur son visage; c’était absolument les mêmes traits que j’avais vus et dessinés, quoique sous de très différentes conditions.

— Walter! exclamai-je.

11 sourit et fit un signe d’assentiment.

.le me sentais toute faible, tout étonnée, et avec cela j’éprouvais une autre sensation que je ne pouvais comprendre. Je retombai sans force sur ma chaise.

Alors ce fut une avalanche de questions posées à Walter, qui répondait par des gestes suffisamment expressifs, mais que moi je ne pus voir. Mais je devinai que Waller était enchanté de l'œuvre de cette soirée.

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