ESPRITS MATÉRIALISÉS
naissance spirituelle, route qui eùl été bien difficile à monter sans leur affectueuse coopération. Tels furent donc les motifs qui m’engagèrent dans oetle nouvelle voie.
Les séances commencèrent. Le nouveau cabinet construit avait environ 1 rois pieds de profondeur sur neuf de long et six de haut. Dans sa longueur il était partagé en trois au moyen de deux séparations en gaze; chacune de ces trois divisions avait environ trois pieds de carré et était ouverte seulement de front ; d’épais rideaux sombres les fermaient par devant. L’idée d’un cabinet de ce genre était due en partie à M. À., et lui était venue à cause de la répugnance que j’éprouvais à me trouver eu contact direct avec !<^s esprits matérialisés; il serait ensuite également intéressant de constater si la gaze empêcherait les allées et venues de ces hôtes spirituels.
Le cabinet n’avait de sortie ni d’entrée que celle de front;de plus il eut été impossible à n’importe quelle personne de passer d’un compartiment à l’autre sans déchirer la séparation de gaze, ni de sortir autrement que par les rideaux de front.
Cet arrangement était extrêmement simple, et, autant que j'ai pu m’en assurer, le plus' satisfaisant en comparaison des autres cabinets essayés ailleurs. Le nôtre donnait au médium une parfaite liberté, tout; en garantissant les assistants de toute possibilité de tromperie vulgaire.
J'ai une opinion très nette et très définie de tous les essais de cabinets à matérialisations et de leurs
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partisans, mais celle opinion est le produit du temps elle résultat d'amères expériences. A ce moment-là, j'avais tout à apprendre, et, comme les autres, j’avais à commencer avec l’A, B, C.
Personne n’eût osé émettre un doute sur mon honnêteté. J’avais toujours agi par pur intérêt pour la Cause, et je surveillais chaque nouvelle Imitative avec autant sinon plus d’intérêt que mes amis. Ces étranges pouvoirs, qui s’étaient révélés l’an après Paulre, m’avaient surprise etravie, et je me critiquais, essayant de les analyser avec impartialité. Si j’avais pu développer, par moi-même, ces facultés, j'en eusse ressenti une plus grande satisfaction, me semblait-il, car j’aurais mieux compris le travail et le modus opera/tdi de ces développements, n'étant pas distraite par les conjectures et les théories des autres ; mais cela était impossible. Isolée, j'étais comparativement sans pouvoirs. Je considérais quelquefois mes bons amis comme un mal nécessaire; et si j'avais été capable de poursuivre seule mes expériences, je l’eusse infiniment préféré ; mais, cela éLanl irréalisable,les épreuves proposées étaient juste autant de mon goût que du leur. Aussi longtemps qu’elles furent instituées simplement pouren obtenir un résultat, je fus aussi ardente que n'importe qui h imaginer de nouveaux plans pour voir comment agiraient les esprits, si tel ou tel obstacle était placé sur leur chemin.
La chambre était arrangée de manière à donner la plus grande liberté d’action aux assistants comme aux
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esprits. Les fenêtres, situées vis-à-vis <lu cabinet., étaient obscurcies eu partie; l’éclairage ue provenait (|ue des carreaux de vitrage supérieurs, colorés en rouge ou eu orange, et laissant passer à volonté plus ou moins de lumière. Ceci pour les séances de jour. Pour le soir, on avait fait un judicieux arrangement de l’éclairage au gaz. A l'extrémité de la chambre, les murs étaient abrités, à quelques pouces de distance, par un paravent de papier rouge ou orange. Derrière ce paravent se trouvait un tuyau de gaz, placé horizontalement dans toute la longueur du mur, et de ce tuyau sortaient plusieurs becs de gaz qui pouvaient être réglés par un robinet à l'intérieur. Ce robinet était tourné par les esprits euxmémes ou par un des assistants. La lumière provenant de ces différents petits becs de gaz, et adoucie par le papier teinté du paravent, était plus que suffisante; elle éclairait agréablement toutes les parties de la chambre, et pouvait être brillante ou tamisée suivant les besoins.Dans le cabinet, cependant, régnait une obscurité noire, à moins que les rideaux de front à l’un ou l'autre des compartiments ne fussent levés; dans ce cas on pouvait voir distinctement le cabinet dans toute sa longueur, les séparations de gaze n'offrant aucun obstacle au regard, bien qu’elles fussent impénétrables pour un corps quelconque. La chambre était chauffée par un fou d’amiante, quand cela était nécessaire, ctelle avait l’aspect le plus gai et le plus confortable.
Ayant enfin complété le nombre des hôtes qui
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devaient former notre cercle, et chacun s’étant engagé à accepter et à suivre les conditions requises, nous commençâmes nos nouvelles expériences.Nous étions tous dans l’attente de ce qui allait arriver. A. devait être le manager général. M. F. entreprit de prendre des notes sur chaque circonstance, chaque détail qui pourrait se produire. M mft B., une pianiste, s’engagea à conduire le chant dont, jusqu’à présent, nous ne nous étions pas servi outre mesure, fl \ avait dans la chambre un petit harmonium, et M'“ J B. se donna une peinç infinie pour faire progresser l’art de chanter en chœur, et en faire, par conséquent, un plaisir au lieu d’un tourment pour nous.
Un autre de nos amis proposa de commencer nos séances par une prière, afin d’obtenir l'aide de Dieu, et d’être préservés des mauvaises influences.
La dépense de tous les arrangements de la chambre fut couverte par les membres du cercle, qui souscrivirent pour un fonds à cette intention. Le surplus, après avoir pourvu aux petites dépenses courantes, telles que le gaz, le loyer, etc., fut employé à secourir les plus pauvres parmi les malades qui demandaient notre secours.
Jamais, auparavant dans ma vie, je n’avais soupçonné le besoin, la misère etla maladie qui existaient de par le monde ; ni combien les médecins étaient incapables de les soulager. Je ne m’étais pas doutée des misères qui peuvent exister, en dépit des efforts faits par les personnes charitables et coiupa tissantes. Je revenais parfois absolument malade
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lorsque je m’étais trouvée face à face avec les horreurs de la maladie el de la pauv reté, car je me sentais sans le pouvoir de les soulager. Bien des fois, après avoir visité quelque bouge sordide et misérable, je me demandais :
« Ceci peut-il être l’œuvre de Dieu? Ceux-là peuventils être ses enfants ? A quoi bon prescrire des médicaments à ces pauvres petits êtres émaciés qui aspirent au bon air, à la lumière du soleil et à une nourriture substantielle, à ces pauvres petits êtres dont les jambes refusent de porter: les corps chétifs; conséquence de la faiblesse ou de la culpabilité de leurs parents, qui ne leur ont laissé d’autre héritage que la maladie.
Je m’étais souvent dit que si j’avais créé un monde et que je l’eusse peuplé, j’aurais fait ensuite, devant un tel résultat, ce que l’on fait d'un mauvais dessin ; je l'aurais détruit pour en créer un nouveau. Il me semblait même qu’il n’y avait aucune pitié à secourir ces misérables victimes de l’ignorance et de la maladie, et à prolonger leur malheureuse existence. Mais Stafford pensait différemment. Il était infatigable dans ses efforts à soulager les souffrances; jamais il n’était las de conseiller, d’enseigner,d’exhorter, pénétrant au cœur du mal, désignant les erreurs quiavaiént été commises, et comment il fallait y remédier s’il n’était pas trop tard.
Jamais il n’hésitait dans ses indications, déclarant, avec quelques mots de réprimande, que les maladies n’étaient point la cause de l’ignorance, mais des
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infractions volontaires aux lois de la nahire. Sa sympathie pour les malades était sans limites comme son désir de les soulager; par conséquent, nous ne manquions pas de raisons pour dépenser le surplus de nos fonds.
Stafford n’était point partisan des médicaments, faisant la remarque qu'ils peuvent provoquer d’autres maladies et, en bien des cas, élreaussidésastreuxque le mal lui-même. Sa méthode curative était en général une manière saine de vivre, la diète simple, l'air pur, des exercices physiques et la connaissance de ce qui est bon ou mauvais pour la santé, afin d’amener les personnes malades à se guérir elles-mêmes. « Donnez de la nourriture à ces enfants, écrivait-il quelquefois, et laissez les drogues de côté. » Aussi les médicaments, apportés dans quelques-unes de ces cours ou de ces ruelles misérables avaient-ils plus fréquemment la forme de pain, de farine d'avoine, de fruits ou autres comestibles, que celle de répugnants médicaments préparés par les pharmaciens. Ma clientèle croissait rapidement, au point que je ne savais jamais si je pouvais disposer d'une heure, malgré le secours que m’apportaient M. et M"'° F. S’ils n’avaienl pas été là, certainement beaucoup de travail n’eût jamais été fait.
Mien que Stafford m’en écrivît fort peu, il me fit comprendre qu’il ne trouvait pas une grande valeur aux expériences que nous allions tenter, et cela me désappointa; mais j’espérai obtenir plus tard sa coopération.
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Pendant nos premières séances, les assistants déclarèrent qu'ils voyaient les rideaux des différents compartiments du cabinet s'ouvrir et des visages se pencher au dehors, mais pour moi je ne vis rien. M n,c F. reconnut Walter dans l'un de ces visages et lui demanda s'il ne sortirait pas du cabinet pour se montrer à la société. Walter répondit par coups ou par signesj’ai oublié de quelle manière —qu'il se montrerait volontiers, mais qu'il n'avait pas de vêtements, et qu il ne désirait pas choquer les dames, en apparaissant en costume d’Adam.
« Nqus vous prêterons des habits, » fil quelqu un ; mais Waller déclina cette proposition.
M ino F. demanda à Walter s’il désirait qu’elle lui fit un vêtement, et si, dans ce cas, il sortirait du cabinet à notre prochaine réunion. Je ne sais trop si Walter accepta cette offre ; mais les jours suivants, M mo F. et moi nous travaillâmes avec zèle à confectionner un vêtement que nous voulions mettre à la disposition de Walter, à notre prochaine séance.
Nous avions fait choix de mousseline blanche, comme étant quelque chose de plus « spirituel » que loule autre étoffe ; nous coupâmes, nous bâtîmes, nous cousîmes, et, finalement, nous contemplâmes avec satisfaction notre chef-d’œuvre. Nous avions fait une espèce de robe d’intérieur avec des plis volumineux et de larges manches ouvertes, en songeant un peu aux tableaux représentant des saints et des anges. Nous portâmes ce vêtement à la chambre des séances
ut le fîmes voir fièrement au reste de la compagnie; puis nous le plaçâmes dans le compartiment de milieu du cabinet pour y attendre l’arrivée de Walter. Lorsque celui-ci vint, son premier signe de présence lut de rouler cette robe que nous avions confectionnée avec tant de soin, et de la tendre à M ,,ie P. en lui faisant dire quelle n’était ni seyante, ni nécessaire. El Walter, lui-même, sortit avec lier té du cabinet, et s’avança jusqu’au milieu de notre cercle, habillé de vêtements dont la finesse, la blancheur et la souplesse faisaient honte à notre présent.
Walter était évidemment très orgueilleux de son succès, « dû à la fabrication d’un nouveau corps», ainsi, qu'il le dit lui-même, il était également orgueilleux de son habileté à produire les draperies qui excitaient tant d’admiralion. Il devint rapidement familier avec toute la compagnie, et la conversation et les remarques que j’entendais avivaient encore ma curiosité, car, pendant ce temps, j’étais assise dans l’obscurilé du cabinet, dans l’impossibilité de rien voir de ce qui se passait au dehors. Mais, en dépit de mon désir de me trouver de l’autre côté des rideaux, je me sentais étrangement inerte et apathique. Je îfavais certes pas sommeil, mon cerveau était plus réveillé, plus actif que jamais; les pensées, les impressions s’y succédaient avec la rapidité des éclairs; des sons que je savais se produire à distance semblaient frapper de lout près mes oreilles; j’étais consciente des pensées ou plutôt des sentiments de toutes les personnes présentes; je n’a-