‹ Au pays de l'ombreChapitre 48 sur 71 · CHAPITRE XIX lTxoha ciiocata · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX lTxoha ciiocata

ht rÉfcrucl (lit : « Tu voudrais qu'on eût épargné le K'ikajon, pour lequel tu n’as point travaillé, et que lu n’as point fait croître ; car il est venu en une nuit, et il a péri en une nuit. »

Jonas. ch. 4, v. 10.

.le reçus un jour une lettre deM. W. Oxley, personnage très connu à Manchester, ainsi qu’un message de deux messieurs également connus en Allemagne, me demandant l’autorisation d’assister à l'une de nos séances. Je transmis leurs requêtes au reste de la société, et le résultat fut que les trois étrangers assistèrent il notre réunion suivante. Cette séance fut d’un intérêt extraordinaire, si l’on peut vraiment dire qu’une de ces manifestations est plus étrange qu’une autre ; mais cette circonstance-là a été publiée dans différents pays, et quelques personnes au moins l’ont trouvée digne d'être mentionnée.

M. Oxley nous dit qu'il était venu avec un butspé-

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cial ei) vue, et qu'il n’en parlerait pas avant de l'avoir alLeint. Il nous expliqua <jue des esprits, par un autre médium, lui avaient dit qu’il atteindrait son but s'il pouvait obtenir une admission à notre cercle privé. Nous nous demandions, naturellement, quel élail son objectif, et nous avions peur que la présence des deux autres étrangers ne lit échouer son plan. D’un autre côté, une chute que j’avais précisément laite ce jour-là, en descendant les escaliers, et qui me causa une luxation du coude, semblait également devoir diminuer nos probabilités de suc cès; je m’en revenais donc à la salle des séances, ce soir-là, très disposée à proposer de remettre l'expérience à une autre date; mais, en arrivant, j’appris que le temps de nos visiteurs était très limité, et je me décidai à essayer quand même.

Nous prîmes nos places accoutumées. M nie 13. joua un solo d’orgue, et le silence régnait, lorsque les rideaux du compartiment central du cabinet s’écartèrent; Rolande s avança dans la salle. Elle jeta un coup d’œil inquisiteur sur les étrangers, qui lui renvoyèrent un regard plein d'intérêt, admirant évidemment la gracieuse petite forme et les veux sombres de notre jeune Arabe.

Ainsi que je l’ai déjà dit, de par ma position obligatoire dans le cabinet, je ne pouvais être qu’un témoin auriculaire : je laisse donc la parole à l’un des membres de notre cercle.

« Yolande traversa la chambre où M. Heimer était assis (M. Keitner bien connu en Europe comme spiri-

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tualiste distingué) et le pria cle se rapprocher du cabinet pour être témoin de certains.préparatifs qu’elle allait faire. Il faut prévenir ici que, dans des occasions précédentes, lorsque Yolande avait produit des Heurs pour nous, elle nous avait donné à entendre qu’elle avaitbesoin de sable et d'eau ; par conséquent une grande provision d'eau et de saille (in étaient toujours à proximité. Lorsque Yolande, accompagnée de M. Reimer, vint au milieu de notre cercle, elle lit comprendre son désir d’avoir de l’eau et du sable ; puis, faisant agenouiller M. Reimer sur le parquet, devant elle, elle lui signifia de mettre du sable dans la carafe d’eau : ce qu'il fit jusqu’à ce que celle-ci fut à moitié pleine. Il lui fut ordonné ensuite d'\ verser de l'eau. Gela fait, IV1. Reimer secoua vivement la carafe et la tendit à Yolande.

Yolande,après l’avoir examinée avec soin, la plaça sur le parquet, la couvrant légèrement de la draperie qu'elle retira de ses épaules. Puis elle, rentra dans le cabinet, dont elle revint une ou deux fois, à de courts intervalles, pour voir ce qui se passait.

Pendant ce temps, M. Armstrong a vait enlevé l’eau et le sable superflus, laissant la carafe posée au beau milieu du parquet, recouverte du voile léger, qui, entre parenthèses, ne dissimulait pas le moins du monde la lorme de la carafe, dont le goulot était particulièrement visible.

Par coups frappés dans le parquet, nous fûmes engagés à chanter, de manière à harmoniser nos

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pensées et à combattre l'excès de curiosité (jue nous pouvions tous plus ou moins ressentir.

Tout en chantant, nous observâmes que la draperie était comme soulevée de dessus la carafe. Cela était parfaitement visible pour chacun des vingt témoins qui la surveillaient avec soin.

Yolande ressortit du cabinet et vint regarder la carafe avec inquiétude. Kl le semblait l'examiner minutieusement et soutenait la draperie comme si celle-ci menaçait d’écraser un objet fragile placé en dessous. Finalement elle l’enleva complètement, exposant à nos regards étonnés une plante parfaite, qui semblait dire une espèce de laurier.

Yolande souleva la carafe dans laquelle la plante semblait avoir poussé; ses racines étaient visibles à travers le verre et profondément enfoncées dans le sable.

Yolande regardait la'plante avec un plaisir et un orgueil manifestes, et, la prenant dans ses deux mains, elle traversa la chambre et vint la présenter à M. Oxley, l'un des étrangers présents. On sait que M. Oxley s’est fait connaître par des travaux philosophiques sur des sujets spiritualistes, ainsi que par ses écrits sur les pyramides d’Kgyptc.

Il prit la carafe contenant la plante, et Yolande se retira comme si elle avait achevé sa tâche. Après avoir examiné la piaule, M. Oxley la plaça sur le parquet à côté de lui, car il n’y avait point de table dans le voisinage. Beaucoup de questions furent posées, et la curiosité battait son plein. La plante ressemblait à

un laurier; elle avait de larges feuilles lustrées, mais point de Heurs. Personne ne reconnut la plante et ne put l'assigner à une espèce connue.

Nous fûmes rappelés à l’ordre par coups frappés, et priés de ne point entrer en discussion, mais de chanter quelque chose et de nous tenir tranquilles. Nous obéîmes à ce commandement, et, lorsque nous eûmes chanté, de nouveaux coups frappés nous dirent d’examiner encore la plante, ce que nous lûmes enchantés de faire. A notre grande surprise, nous observâmes alors qu’une large sommité Heurte, mesurant environ cinq pouces de diamètre, s’était épanouie, tandis que la plante reposait sur le parquet aux pied s de M. Oxley.

La (leur était d'une belle couleur rouge orangé ; je dirai môme que la couleur saumon en donnerait une idée plus juste comme description; je n’ai jamais vu de ces lriutes-là, et il me semble difficile de décrire des tons de couleur par des paroles.

Celte sommité était composée d’environ cent cinquante petites corolles en forme d'étoiles, s’écartant considérablement de la lige. La plante avait vingt-deux pouces de haut, avec une grosse lige fibreuse qui remplissait le col de la carafe. Elle avait vingt-neuffeuilles, ayant en moyenne de deux à deux pouces et demi de large sur sept pouces et demi de haut. Chaque feuille était unie et lustrée, ressemblant à première vue à celles d'un laurier, comme nous l’avions supposé d abord. Les racines fibreuses semblaient avoir crû naturellement dans le sable.

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l’ius tard nous photographiâmes la plante dans la carafe d’eau, car il ne fut pas possible de l’en retirer, le goulot étant trop étroit pour permettre aux racines de passer, d'autant plus que la tige, comparativement plus mince, remplissait entièrementTorilice.

Nous apprîmes que le nom de celte plante était YIxora crocala, originaire des Indes.

Comment nous vint-elle ? poussa-t-elle dans la bouteille? Avait-elle été apportée dématérialisée des Indes, pour être rematérialisée dans notre salle des séances ?

Telles étaient les questions que nous nous adressions les uns aux autres sans résultat. Nous n’obtînmes aucune explication satisfaisante. Yolande ne put ou ne voulut pas nous en donner. Autant que nous pouvions en juger, et c'est aussi l’opinion d’un jardinier de profession corroborée avec la nôtre, la plante avait certainement plusieurs années d’existence. Nous pouvions voir les endroits où d’autres feuilles avaient poussé et étaient tombées, et nous observâmes des traces d'éraflures qui s’étaient refermées avec le temps. El cependant il était évident que la plante avait poussé dans le sable de la bouteille, ainsi que l’attestaient ses racines collées â la paroi intérieure du verre, et toutes ses fibres en parfait état comme si elles avaient germé dans cet endroit et n avaient poinl été troublées dans leur croissance. La plante n'avait pas été introduite dans la bouteille, pour la simple raison qu'il eût été impossible de faire passer ses racines fibreuses et la partie la plus large

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fie sa lige à travers le goulot de la bouteille, sans qu’on fui obligé de briser celui-ci pour pouvoir l’en sortir.

>1. Oxley dit, dans un compte rendu qu’il publia plus tard : « J’avais photographié la plante le matin suivant, et je l’emportai ensuite à la maison où je la plaçai dans ma serre sous les soins du jardinier. Elle vécut trois mois, puis se fana. Je conservai les feuilles pour en donner à des amis, excepté la fleur et les trois feuilles de l’extrémité que le jardinier coupa lorsqu’il se chargea de la plante.Celles-ci, je les ai encore sous verre, et elles ne donnent aucun signe de dématérialisation. Avant la création ou la matérialisation de celte merveilleuse plante, Yolande m’apporta une rose dont la lige avait un pouce de long et que je misa ma boutonnière. Sentant quelque chose remuer, je l’enlevai et trouvai deux roses. Je les remis en place,et, les ayant retirées à la fin de la séance, je vis à mon grand étonnement que la lige s’était allongée de sept pouces et qu'elle portail trois roses en Heurs ainsi qu'un bouton et plusieurs épines. Je rapportai ces Heurs à la maison et les conservai jusqu’à ce qu’elles fussent fanées; les feuilles moururent et la tige sécha, preuve de leur réalité et de leur matérialité. »

Ceci n’est là qu’un des remarquables exploits de Yolande, mais cela montre combien intéressantes étaient les manifestations que nous obtenions dans nos expériences.

A la fin de la séance, M. Oxley nous expliqua qu’on lui avait promis un spécimen de cette plante

AU PAYS DE L OMfUlE

particulière pour compléter sa collection, etqu’ainsi l’objectif de sa visite s’était trouvé réalisé.

Un autre tour favori de Yolande était de mettre un verre d’eau dans la main d’un de ses meilleurs amis, et de lui dire de bien le surveiller. Elle tenait alors la pointe de ses petits doigts au-dessus du verre, et, pendant quelles yeux de son ami scrutaient attentivement l’eau, une fleur se formait et remplissait bientôt le verre. C’était généralement un splendide spécimen de rose, dont la tige portait quelquefois plusieurs fleurs.

Le ravissement de Yolande était égal à celui de î’aini favorisé lorsqu’elle réussissait h lui faire celle surprise ; mais, quand nous voulions apprendre comment elle s’y prenait, elle haussait les épaules et penchait la tête de côté avec un air de perplexité.

Je pense quelquefois qu’elle ne savait elle-même pas comment elle produisait ces fleurs charmantes, et qu’elle agissait simplement sous la direction de sa bien-aimée Y-Ày-Ali, dont le savoir était sans limites. Mais si Y-Ày-Ali connaissait ce secret, elle le gardait pour elle, autant que nous pûmes nous en apercevoir. Si elle nous l’avait expliqué, il est possible que nous n’eussions pas été plus capables, pour cela, de produire le même résultat que Yolande. Dans tous lescas, le modus operandi de ces délicieuses créations reste toujours un mystère pour chacun de nous.

Un autre des hauts faits de \olande était de demander une cruche d’eau. La remplissant à moitié d’eau, elle la plaçait, avec l’aidcde l’un de nos amis,

Fougères produites à la séance du 12 Avril 1880.

La plus petite fut donne à l’esprit connue échantillon, et les deux autres, à droite, furent produites à la demande de l’un des assistants.

[Voir la phoiotypie suivante).

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sur sa lé Le ou sur sou épaule, la transportant d’un endroit à un autre, et, formant un tableau crime grâce et d’une beauté tout orientales, avec sonvisage et ses bras ambrés, son vêtement blanc comme la neige, et ses longs cheveux: noirs retombant sur ses Unes épaules. Lorsque, après avoir salué ses amis, Yolande sedébarrassait de la cruelle, on trouvait celle-ci remplie jusqu’au bord de douzaines ou même de vingtaines de roses les plus exquises, qu’elle distribuait généreusement à la compagnie, offrant en général la cruche pour faire choisir ses amis. Quelquefois on demandait et l’on obtenait des fleurs d’une coloration particulière.

Quelqu’un me dit un jour : « Pourquoi ne demandez-vous jamais rien? »JEneffet, je n’avaisjamaisrien demandé pour moi-même, m’intéressant suffisamment aux actions de Yolande toutes les fois que je pus avoir l’occasion de les observer. Mais, en entendant cette question, Yolande me regarda d’un air interrogateur, et je lui demandai de me donner une rose... une rose noire. Je pensais que ceci l’embarrasserait, car je pouvais à peine imaginer qu’une pareille Heur existât. Immédiatement Yolande plongea la main dans la cruche, et, y prenant un objet sombre, encore tout trempé de gouttelettes d’eau, elle me le tendit en triomphe. C’était une rose d’une teinte bleue tirant sur le noir, et telle que je n’en ai jamais vue; un magnifique spécimen dont la valeur tenait davantage à son espèce Unique qBTà sa beauté, du moins à mon avis.

AU JM VS IMS l/OMIUiK

Cette petite amabilité de Yolande était digne de remarque, car elle me favorisait rarement de son attention, semblant plutôt m’évitei', ou acceptai; ma présence dans le cabinet comme un mal nécessaire.

Il semblait exister un étrange lien entre nous. Je ne pouvais rien faire pour garantir sa présence au milieu de nous. Elle venait et reparlait entièrement indépendante de ma volonté. Et cependant je découvris (pie, lorsqu’elle se trouvait avec nous, sa courte existence matérielle dépendait de ma volonté. Il me semblait perdre, non pas mon individualité, mais ma force et mon pouvoir d’agir. Je perdais aussi une grande partie de ma substance rnaléiâelle, bien que, dans ce temps-là, je ne m’en doutasse pas encore. Je me sentais sous l’influence d’un changement quelconque ; et, ce qui est curieux à observer, tout elforl de ma part, pour penser avec logique et pour suivre un raisonnement, semblait affecter Yolande et l'affaiblir. Elle avait le plus de force et de vie lorsque j’avais le moins d’inclination à penser et à raisonner ; mais mon pouvoir de perception s’accroissait alors jusqu’à la douleur : je n/entends pas là dans un sens physique, mais au point de vue mental. Mon cerveau devenait comme une espèce de galerie à écho où les pensées des autres personnes prenaient corps el résonnaient comme n’importe quel objet matériel. Quelqu’un souffrait-il,je ressentaisla souffrance.Quelqu’un se sentait-il fatigué, tracassé, je l’éprouvais instantanément. La joie et la souffrance se faisaient, en quelque sorte, perceptibles à moi, je n'aurais pu dire

l/ixouv CKOCATA

lequel de mes amis souffrait; mais celle souffrance existait et affectait mon être conscient.

Si quelqu’un abandonnait son siège, rompant la chaîne, par conséquent, ce fait m’était mystérieusement, mais très nettement communiqué.

Les pérégrinations de Yolande me causaient quelquefois une vague inquiétude. Lite jouissait évidemment de son court passage parmi nous, et elle était si téméraire, malgré son apparente timidité, que je me trouvais toujours tourmentée par la crainte de ce qui pourrait arriver. J'avais le sentiment pénible que tout accident ou toute imprudence de sa part retomberait sur moi... comment ? je n’en avais pas une idée bien claire. J’avais à l’apprendre plus tard.

Si ce sentiment d’anxiété prenait réellement la forme d’une pensée, je découvrais qu’il obligeait toujours Yolande à rentrer dans le cabinet, à contrecœur et quelquefois avec une pétulance enfantine* Ceci me montrait que ma pensée avait une influence dominatrice sur ses actions, et qu’elle ne venait a moi que lorsqu’elle ne pouvait plus se suffire à ellemême.

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