DE NOMBREUSES VISITES D’ESPRITS
L’un de ecs hommes est un génie par rapport à un autre ; II en est de même ici. Lequel est l'homme véritable, lit lequel est l’esprit? Qui pourra les déchiffrer?
(Comcdy of errovs. Act I, sc. I.)
Il ne faudrait pas supposer que nous n’eussions, en fait d’hôtes spirituels, que Walter, Yolande, Ninia et Y-Ay-Àli. IL ne se passait pas une réunion sans que nous ne fussions mis en présence de quelque étrange figure. Parfois ces esprits nous étaient inconnus, et, dans ce cas, ils ne revenaient pas. D’autres vinrent qui furent identifiés et restèrent un certain temps avec nous, — ne disparaissant que pour revenir à nos prochaines séances.
Combien de fois j’ai béni Dieu de ce don merveilleux qui me permettait d’apporter une telle consolation à des cœurs brisés. Et je l’en bénis encore malgré les amères souffrances et les cruelles persécutions que j’ai eues à subir de la part d’ignorants ou de sceptiques.
ni*: nombreuses visites d'esprits *2*27
Un soir nous fûmes frappés par la soudaine apparition d’un jeune marin vêtu de son uniforme bleu, è galons et boutons dorés, et qui portait des insignes à son béret. Je le vis en pleine lumière lorsqu’il écarta les rideaux et sortit du cabinet. Son apparition me surprit, car il ressemblait tant à une personne ordinaire que je ne pouvais d'abord imaginer que c'était un esprit. Je n’eus point le temps, du reste, de rassembler mes pensées, car j’entendis des cris et des exclamations qui eurent pour effet d’interrompre la prière faite par notre bon M r H. Je ne voyais rien, je ne pouvais qu’écouter, mais on me dit ensuite que la scène ayant suivi l’arrivée du jeune marin fut très émouvante.
11 avait marché vers une dame assise en arrière, et celle-ci, reconnaissant son fils perdu, s’élança en avant, le rencontrant à mi-chemin. Il jeta ses bras autour d’elle, l’embrassant passionnément, et tous les deux restèrent serrésdans les bras l’un de l’autre, beaucoup d’entre nous ne purent retenir leurs larmes de sym- " palhie devant la mère et le fils, si étrangement réunis !
— C’est mon fils, mon Alfred, dit la pauvre mère, mon unique enfant que je n’avais plus jamais imaginé revoir. Il n’estpas changé, il n’est ni plus grand ni plus fort ; il n’est en aucune manière différent de ce qu’il était. Il a encore la petite moustache dont il était si fier lorsque je lui dis adieu pour la dernière fois, à son départ pour ce voyage dont il ne devait plus revenir. C’est mon fils; ce n’estpas un autre. Personne au monde ne peut changer ce fait et m’en-
Atî PAYS DE L’OMBRE
lever celte consolation : mon fils vit encore, et il m’aime comme il m’a toujours aimée. »
Parmi les nombreux malades qui sollicitèrent le secours de nos amis les esprits se trouvait M. Hugues ]>itcliffe, de Gateshead, un ami personnel de M. et M me Fidler. Nous apprîmes malheureusement trop Lard sa maladie pour pouvoir faire autre chose qu'adoucir ses dernières heures de souffrances. Au grand chagrin de ses amis, il entra dans le Pays invisible quelques jours à peine après que nous eussions appris le mal qui l’avait frappé. Sa veuve et ses enfants étaient inconsolables. Il avait été spiritualiste, mais il n'avait jamais pris une pari très active à la propagation de ses croyances, bien qu'il s’intéressât vivement à tout mouvement éducateur, en particulier à la Tempérance dont il s'était spécialement occupé. Sa femme partageait ses idées; mais elle n’avait guère prisd’inlérét à nos expériences, et, après la mort de son mari, je la voyais trèsraremenl. le ne les avais connus que peu de temps avant la mort de M. Bitcliffe ; je ne vis donc jamais.celui-ci sous son aspect ordinaire, car il était déjà grandement changé et émacié par la maladie.
Quelques mois après la mort de son mari, M mo Bilcliffe vint à l’une de nos réunions sous la conduite de M. et M me F. Pour ce qui va suivre, je donnerai la parole à M. F., qui publia plus tard un rapport signé par M ,,,c Bitcliffe et par deux autres dames se trouvant également présentes à cette réunion.