‹ Au pays de l'ombreChapitre 59 sur 71 · DES TÉNÈBRES VERS LA LL MIÈRE · texte numérisé non relu

DES TÉNÈBRES VERS LA LL MIÈRE

Comme je me sentais étonnamment légère et forte! Le malaise avait été remplacé par une merveilleuse sensation de force, de santé et de pouvoir que je n’avais jamais connue auparavant.

La vie s’éveillait en moi, s’agitant, bouillonnant dans mes veines ainsi que des courants électriques. Chaque partie de mon corps était empreinte d une nouvelle vigueur et d’un sentiment de liberté absolue. Pour la première fois, je savais ce que c’était que de vivre.

Combien étrange! La chambre semblait si petite, si mesquine, si sombre! Et cette pale figure sur Je sofa? 11 me semblait reconnaître quelqu’un dans cette figure paisible; j’avais comme un faible souvenir de l’avoir connue ; mais il me fallait donner essor à cet irrésistible désir de liberté. Je ne pouvais rester à cet endroit ; où voulais-je aller? Je me dirigeai vers la fenêtre. Les murs semblaient m’approcher, puis disparaître; comment ? je ne saurais le dire.

Ce phénomène ne me surprit pas grandement, — bien que je n’v comprisse pas grand’chose. — car, à une petite distance, je vis un ami que je reconnus, non [vas comme on reconnaît habituellement des amis, par la tournure ou par les traits; je n’eusse pu dire, à ce moment même, si je trouvais en lui un seul trait familier : mais je le savais mon ami depuis des âges, un ami meilleur, plus sage et plus fort que moi-même. J’avais besoin d’un ami, et cet ami était venu. ïl parla— et peut être réemploya-t-il pas le langage parlé, bien que je le comprisse

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mieux qu’aucune langue n’eût pu me le faire coinprendre.

c< Pouvais-je voir où j'étais ? »

Oui, certes, je le voyais, bien que le soleil se lïit éteint d’une manière curieuse. Nous étions sur une route étroite, peu agréable; et, en regardant autour de moi, je saisis mon ami par la main alin de me sentir en sûreté. C’était un endroit bizarre, mais qui me semblait étrangement familier. De sombres rochers étaient suspendus de chaque coté de la route obstruant parfois et bloquant le passage par leurs arêtes projetées en avant. Le terrain était jonché de pierres grossières et couvert de broussailles, avec, çà et là, de profondes crevasses où le voyageur imprudent risquait de tomber. Mes yeux les examinaient tandis que je m’avançais à tâtons le long de la route, pouce à pouce, posant un pied après l’autre ; un obstacle d’apparence insurmontable fut franchi alors, et en avançant j’étais consciente d’un sentiment d’exaltation joyeuse devant les difficultés surpassées à mesure que je faisais un pas en avant.

Cependant, voici une crevasse béante sur mon chemin;,., et, consternée, je n’avais pas l’espoir d’éviter une chute désastreuse dans le gouffre. Mais je regardai hardiment devant moi, et, à mesure que j’avançai, un sentier étroit était visible: si je ne prenais pas le vertige, et si je marchais d'un pus ferme et prudent, le goulfre pouvait être longé en toute sécurité.

C’était un chemin long et fatigant; si j’étais avec

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un ami à présent; ce n’était que pour un temps très court, je le savais, mais je n’en étais pas effrayée malgré l'obscurité et la tristesse de cet endroit, environné d’un froid brouillard qui glaçait le sang et amollissait le courage. Çà et là cependant, brillait une belle et chaude lumière qui remplissait le cœur de joie et de gratitude.

En jetant un coup d’œil en arrière, sur la route que j’avais suivie, j’éprouvai comme le sentiment d’un conquérant. La lumière, dont les rayons passagers avaient jailli, semblait s’ôtre répandue sur tout mon chemin, et je pouvais suivre des yeux l'empreinte de mes pieds, à partir du moment oùje l’avais quitté. A cet endroit j’avais bâché d’éviter des obstacles, à cet autre, j’avais été repoussée en arrière pour être obligée de les surmonter.

Je voyais les crevasses dans lesquelles j’étais tombée et dont j’étais sortie avec peine ; je voyais enfin que j’eusse pu éviter les dangers, si j’avais vu le chemin éclairé comme il l’était à présent.

Regardant de nouveau en avant, je vis la lumière briller devant moi, à distance, tandis que l’ombre reposait à nos pieds. Et je ressentis un désir ardent de me hâter vers cette lumière. Au moment même où j’eus cette impression, un rayon brillant se posa devant moi et guida mes pas.

— Peux-tu marcher seule, maintenant? demanda mon ami. Ton courage est-il égal à ta tâche?

— Oui, si cela est nécessaire. Ce n’est pas si difficile que je le croyais; mais la lumière m’est nécessaire;

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je veux me sentir pas en sûreté. Pourquoi continuer à marcher ici? N’y a-t-il pas d’autres routes meilleures que celle-ci ?

— Regarde plus loin,

•le regardai ; et comme mes yeux scrutaient le lointain, l’obscurité diminua petit à petit, et au bout de la route, tout au bout, un éclatant rayon de lumière jaillit, l'inondant d’une gloire inconcevable. Je ne pus le supporter. J’étais honteuse et, je me cachai la ligure;caria lumière me pénétrait de part en part, et je me vis telle que j’élais réellement, et non telle que ma présomption le pensait. Se pouvait-il que d’autres me vissent comme je me voyais moi-mémo à présent? Je me serrai contre mon ami, et je lui demandai: — I)iles-inoi ce que cela signiûe ?

— C'est la vérité, la vérité que tuas résolu de trouver.

— Et celte route, dois-je essayer d'y arriver?

— C’est la route que tu as tracée : tu n’en as point d’autre à parcourir.

— Si je la parcours, j’atteindrai donc la vérité? Oui, je ne puis y manquer ; je sens que je la trouverai.

— Tu l’as déjà trouvée, lu n’as qu’à la saisir et à l’étreindre étroitement.

— Aidez-moi ; apprenez-moi davantage à comprendre. Comment atteindre la vérité, comment l’embrasser?

— Tu las atteinte; tu l’avais vue auparavant. Mais tu ne l’avais point reconnue. Elle a éclairé ton chemin, mais tu ne voulais pa° te l’avouer.

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— Elle était si faible, si obscure,... je ne savais pas, dis-je humblement.

— Tu l’avais sentie, mais Lit l’as mise de côté, et tu as élevé des barrières entre elle et toi, pour la dérober à ta vue.

— Je ne savais pas je ne savais pas.

— Tu fermais les yeux et tu marchais aveuglément, tombant dans les pièges et dans les crevasses; tu préférais te fier à ta sagesse imaginaire plutét qu’à cette lumière ; tu entrais dans les sentiers qui t’éloignaient d’elle.

— Je ne savais pas, je ne savais pas.

— Tu avais la lumière à ta portée. Tu la voyais briller, mais elle t’offensait parce qu’elle éclairait des choses qui t’étaient désagréables. Tu préférais laisser l’obscurité couvrir ces choses, t’exerçant à croire qu’elles n’existaient pas. Tu avais chassé la lumière et tu marchais dans les ténèbres et dans le désespoir.

— Je ne savais pas, je ne savais pas.

— Tu te disais : Je me suffis a moi-méme. Je ferai ceci et puis cela; et c’est ainsi que tu trébuchas, que tu tombas dans le gouffre; et lorsque, à chaque tournant de la route, lu trouvais un échec, tu retournais en arrière, contrariée dans tes plans, trompée par ton propre désir; c’est seulement alors que tu as réclamé la vérité.

— Je ne savais pas ; aidez-moi à comprendre la vérité, à l’étreindre fermement. Aidez-moi à m’approcher de cette merveilleuse lumière ; aidez-moi à coin-

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prendre la signification de la vie. Je ne veux point vous laisser partir. 01) ! aidez-moi, aidez-moi !

Je me serrai contre mon ami. Nous nous détournâmes de la contemplation de la route. Une sensation de mouvement, de surprise, de lumière croissante, intense, radieuse, et puis.Comment décrire l'in¬

descriptible ? Le temps avait disparu ; l'espace n’existait plus. J’étais accablée par ma propre insignifiance. Quel faible, quel petit atome j’étais dans cette immensité 1 et cependant une avec elle, née en elle et lui appartenant. Je réalisais cela, môme avec ma petite compréhension, et je savais que toute pauvre, toute médiocre que je fusse, je faisais quand môme partie de cet indestructible, et éternel Tout; je savais que sans moi il ne serait pas complet.

La lumière de cette grande vie me pénétrait et je compris... que les pensées sont les seules substances réellement tangibles : je compris pourquoi, entre mon ami et moi, le langage parlé n’était pas nécessaire. Les secrets de la vie et de la mort m’étaient dévoilés, et j’en saisissais le sens; la raison du péché et de la souffrance, les efforts éternels vers la perfection s’expliquaient; chaque atome de vie avait sa place désignée là où il était nécessaire ; chaque changement, chaque évolution le rapprochait de son but. Et comme un désir s’élevait en moi, je trouvai les moyens de le réaliser. La Connaissance, était à moi. Je n’avais qu’à désirer, et elle était en ma possession.

Et j’avais douté,... douté du pouvoir de Dieu, —de

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son existence ; j'avais douté rin fait de [la vie spirituelle ! J’avais aveuglément nommé les sombres confins de l’existence terrestre la véritable vie .

Je me tenais près de mon ami, vaincue par ce nouveau sens de réalité des choses, par cette merveilleuse vérité. Je vis d’autres êtres, de radieuses créatures vivantes, et je me sentis humiliée, honteuse de ma propre infériorité; et cependant mon âme se portait tont entière vers elles avec amour et adoration. Je souhaitais leur amitié, leur amour.

Que voulait dire ceci?... Mon aspiration s'échappait de moi comme un rayon de lumière argentée,... elle les atteignait c’était une corde de communication née de mon désfr. Je pouvais aller vers ces êtres,ils pouvaient venir à moi ; ils étaient conscients de mon aspiration, ils me souriaient et je me sentais bénie dans ma solitude.

Il y en avait d’autres pour lesquels je ressentais une immense compassion; j’éprouvais un irrésistible désir de les attirera moi. Ils n’avaient qu’à venir, ils pouvaient s’approcher de moi s’ils le désiraient, venir à moi, tout comme je m’étais approchée de ces brillantes créatures d’amour et de vérité. Pourquoi ne s’adressaient-ils pas à moi? Je me sentais tellement en mesure de dissiper l’ombre qui les enveloppait.

Ils m’avaient aidée; nous avions travaillé ensemble. Quelquefois nous avions réussi: d’autres fois nous n’avions pas al teint notre but; nous avions été mis en échec par des difficultés ; nous étions tombés

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dans des pièges; mais nous avions toujours été ensemble. Nous avions travaillé sans lumière; chacun de nous parlait sa part; nous étions également aveugles, également coupables.

Quelle étail donc la différence qui nous séparait? Pourquoi les plaignais-je ? Pourquoi ce désir de les attirer à moi ? Je n’étais ni meilleure qu’eux, ni plus élevée. Non! il n'y a rien qui soit meilleur ou pire, plus haut ou plus bas. Nous sommes tous les mêmes; nous sommes tous membres de la même immense famille, nous sommes tous les atomes d'une grande Ame créatrice. Mais moi, un atome moins sage et moins instruit que ceux «pic je plaignais, moi, j avais trouvé la lumière, et ils la cherchaient encore.

l,a lumière était entrée dans mon âme et je me sentais remplie d’une joie inexprimable. Celle llamme nouvelle née, elle était mienne, elle m’appartenait. Elle ne m’échapperait plus de toute éternité. Elle était également à la portée de leurs mains, mais ils ne l’avaient pas saisie. Elle les environnait ; elle était en eux, mais ils n’en étaient pas conscients. Ils étaient dans la même position que moi lorsque je marchais sur la route. ... Eh bien! je les instruirais, je les aiderais. Je leur montrerais comment faire pour saisir la vériléetpour l’embrasser. Je les aiderais à trouverla lumière comme mon ami m’y avait aidée. Ils comprendraient, ainsi que je l’avais fait, ce que signifie celte grande lumière d’amour... Pourquoi ne m’envoyaienl-ils pas un faible appel!

. Je tendis les bras, je les appelai. Je sentis

UES TÉNÈTUIES \ F,ÏVS LA MMII'ÊliE 2fài

mon être entier vibrer d’une douloureuse aspiration, du désir de les élever à moi. Ils pourraient si facilement m’atteindre! Et combien facilement ils pourraient partager avec moi cetle nouvelle et glorieuse vie, s’ils le voulaient !

Comment pourrais-je attirer leur attention ? Comment leur montrer le chemin? Oh! grâce à la beauté radieuse de ces êtres dont le sourire m’avait bénie; grâce à ce peu de lumière et d’influence qu’ils avaient, répandues sur ma voie, grâce à leur aide, je chercherais ces pauvres amis. Je boirais à la coupe de cette vérité glorieuse et vivante ; elle remplirait tout mon être, et ainsi je pourrais refléter sa gloire et la faire rejaillir sur les êtres que j’aimais et que je plaignais tant.

Et toute ma conscience se condensa dans cette prière : « Aide-moi, afin que je puisse aider les autres. »

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