MS MYSTÈUK EST DÉVOILÉ
J’étais surprise d’avoir tant de mal à me rappeler le sujet spécial qui m’avait paru difficile à comprendre. C’est avec un sentiment d’anxiété, allant jusqu’à la souffrance, que je cherchais en moi la clef, pour ainsi dire, de ce qui m’avait tant embarrassée et attristée. Il y avait si longtemps de cela ; cela semblait presque appartenir à quelque rêve à demi oublié. Ce sentiment de gêne pénible était très net... Mais d’où provenait-il ? Il me faisait penser à la sensation éprouvée par un dormeur, qui, après un rêve désagréable, se réveille en proie à une vague oppression, mais sans pouvoir se rappeler la vision qui adonné naissance à cette sensation. Je savais avoir rêvé d’un état d’existence différent de celui-ci, en quelque sorte, et je savais également qu’il me fallait reconstituer ce rêve de manière à trouver le mystère que je voulais résoudre.
Les divers incidents se révélaient d’eux-mêmes, l’un après l’autre, par des images que je reconnaissais pour avoir appartenu au rêve ; tableaux pâles, ell'acés, indistincts, mais dans lesquels j’avais ma part d’action ; tableaux qui me causaient un sentiment de honte et d’humiliation ; aussi j’avais hâte de les laisse! 1 retomber dans les brouillards de l’oubli.
Je devenais capable, à présent, de noter les circonstances qui se présentaient une à une. Elles formaient encore comme une chaîne brisée, et ce manque de suite me troublait et m’embarrassait. Je ne savais que trouver pour remplir les vides. Qu’a-
AO OA VS m l/n MHIU
vais-je oublié? Ce rêve n’avaiL-iI été qu’une chaîne disjointe de pensées et d’imaginations?
Ma personnalité et le nom que je portais ne semblaient point avoir d’importance, et je ne pouvais me les rappeler. Mais, à travers ce brouillard indéfini de mon rêve, ma propre identité, mon égo, celui qui essayait en ce moment de saisir ces fils embrouillés et ces ombres, mon égo était le même, le seul fait réel, palpable, indiscutable. Ce fait ne demandait aucun effort de mémoire, et je pouvais le suivre tout doucemcnl, pas à pas à travers toutes les complications de mes étranges expériences. Je rassemblais, un à un, les (ils de cette vie de rêve, et la voyais dans son entier. Je voyais combien cet èyo avait été influencé par les autres; combien d’autres individualités s’étaient trouvées en rapport avec lui, combien de sympathies et d'attractions l'avaient dirigé ou l’avaient fait dévier de son but originaire.
En déroulant cet écheveau embrouillé, je suivis les fils conduisant de la cause à l'elTet, du motif àl’action, et je vis que ces motifs étaient purs et désintéressés. Je vis mon immense aspiration vers la Connaissance et mon désir d’être aidée, dans le but de l’obtenir. Je vis que mon désir attirait ceux qui, par sympathie, désiraient m’aider. — Mais hélas, la Connaissance leur manquait également à eux; et le résultat ne fut qu’un désastre.
L’intérêt que je trouvais à cette mystérieuse vie de rêve me poussa involontairement en bas, ou en haut — ceci ne tire pas à conséquence, car ni le haut
LÉ MYSTKÎVÉ MST DÉVOILÉ
ni le bas n'existent subjectivement—près d’une région nuageuse dans laquelle je me sentais étouffée, comme si l’atmosphère était devenue épaisse, lourde et substantielle. Un sentiment voisin de l’anxiété m'oppressait, et je ressentais le désir instinctif d’échapper à cette sensation de pesanteur qui allait graduellement en augmentant. Cependant le désir d’apprendre était le plus fort, et, réunissant toute mon énergie, je combattis l’instinct qui voulait m’entraîner vers un air pur et vers la liberté.
Il y avait comme une vision familière dans ces vapeurs de brouillard ; quelque chose dans ces formes et ces ombres qui me rappelaient plus vivement la vie de rêve — et peu à peu je m’aperçus que la vie de rêve avait été vécue dans cette région. Je vis que tout ce inonde vaporeux était riche en vie, en vie réelle — individualités en lutte, chacune avec ses idées, ses ambitions, ses espérances, ses craintes, ses joies, ses désespoirs — individualités étrangements semblables, et cependant différentes; chacune semblant exister en apparence par elle-même et cependant dépendant des autres ; toutes s’inlluençant, se guidant, s’attirant et se repoussant mutuellement.
Jugé d’après mes observations, il me semblait que de ce monde de brouillard se dégageait quelque chose de vivant, quelque chose devant s’élever, se purifier et se perfectionner dans le monde de la réalité — et dans ce quelque chose, je reconnus l’esprit de l’Humanité, aspirant vers ces créatures parfaites que j’avais vues si tard.
Soi)
AU PAYS hE ï/OMBRK
El comme je reconnaissais ceci, la crainle que j’éprouvais de ce monde de brouillard (it place à une chaude sympathie, à un réel intérêt. Je savais que c’était le monde dans lequel les circonstances de ma vie de rêve avaient éLé arrêtées; mais je me demandais pourquoi les objets y étaient si différents. Ces rochers, ces mers, qui d’abord m’avaient paru si réels, si solides, si peu imaginaires, n’étaient que des vapeurs et des nuages, à travers lesquels je passais sans résistance. Ils n’offraient aucune barrière à mon passage... Je les traversai donc aussi facilemen t qu’une flèche traverse des nuages et me trouvai en contact étroit avec les esprits humains que j’avais vus de loin.
Ils étaient étrangement inconscients de mon approche; ils me dépassaient sans me voir; ils ne remarquaient point mes avances cordiales ; ils semblaient profondément absorbés dans leurs propres pensées, qui toutes tournaient autour d’un point central : leur ego, Xego de chacune de ces individualités. Cet ego, ils ne le perdaient jamais de vue, luttant les uns contre les autres pour accroître son importance.
Quelle était leur erreur! qu’ils étaient aveugles dans leur acharnement, ces combattants ! Ils étaient induits par une force mystérieuse à se développer, à progresser, à devenir meilleurs et plus grands, à s’élever au-dessus du niveau de leur entourage. Cet instinct les influençait,les éclairait ; mais eux, fermant les yeux à cette lumière, ils allaient à tâtons, travail-