LE MYSTÈRE EST DÉVOILÉ
lant dans l’obscurité, accmnulanldes richesses qui, pensaient-ils, les élèveraient au-dessus de leurs compagnons ; tandis qu’au lieu de cela, ces richesses les ensevelissaient sous leur poids. Ils sentaient bien cet instinct qui les poussaiten avant, qui les appelait à développer en eux des qualités meilleures, des dons supérieurs; et cependant ils ne comprenaient point la nature decelte impulsion, ils l'interprétaient à un point de vue matériel, s’en servant pour augmenter leur pouvoir et leurs richesses, et s’éloignant, par conséquent, toujours davantage de la spiritualité. Ils travaillaient avec énergie comme si leur vie de rêve était la seule existence — l’alpha et l’oméga — et pourtant ils savaient qu’ils n’échapperaient pas à la dissolution de la mort. Que n'avaient-ils pu voir la lumière qui resplendissait pour moi, et comprendre la signification de cet instinct, de cette grande impulsion? S’ils se doutaient de l’erreur dans laquelle ils vivaient, certes! ils se hâteraient
de réparer les fautes commises. Mais non! ils
croyaient en la mort,.agissant cependant comme
si elle n’existait pas.
Je ressentais une peine infinie pour ces pauvres égarés, et j'étais oppressée du désir de leur montrer mon trésor, c’est-à-dire la clef de tous les secrets de cette merveilleuse existence. Par cette clef, j’avais trouvé que cette vie est indestructible et immortelle ; qu’il n’y a pas de mort ni d’annihilation; que cette môme vie circule toujours et toujours à nouveau dans toutes les formes possibles, résidant dans les
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rochers, lesahlcel la mer;dans chaque brin d’berbc, chaque arbre, chaque /leur ; dans toutes les espèces de 1 existence animale; atteignant enfin son point culminant dans l’intelligence cl la perception humaines. l'ar celte clef, je voyais dans tout événement, tout mouvement, tout progrès, toute révolution, des effets de l’obéissance aux Lois qui gouvernent l'Univers. Je comprenais que les actions, en apparence accomplies parles hommes, étaient en réalité dirigées par ces lois naturelles qu’il est impossible de contrarier; les individus, dont l’intelligence est plus organisatrice, plus apte à percevoir le pouvoir de l’action, devenant nécessairement, pour un temps, les conducteurs de leurs contemporains.
Je pouvais comprendre également que, dans le but de développer son intelligence et sa perception, l’esprit dut passer à travers tous les organismes pour rassembler les qualités et les propriétés qui leur sont inhérentes etengagner d’originales;que l’esprit et l’intelligence humaine sont, en quelque sorte, le produit et l’accumulation de toutes les connaissances réunies pendantune infinité d’existences dans différentes formes et sous de différentes conditions: existences qui doivent toujours et toujours se répéter. Je pouvais discerner le fait que l’esprit, en prenant pour la première fois la forme d’un homme ne fut pas arrivé à sa plus parfaite expression terrestre; car il y a bien des degrés dans l’homme. Dans le sauvage, l’esprit élargit son expérience et Irouve un nouveau champ de culture ; lorsque cet
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ordre d’expérience est épuisé, il fait un nouveau pas en avant; et ainsi, pas à pas, toujours plus haut, l'esprit se développe et progresse dans toutes les directions; la désagrégation des formes qu’il affecte pendant toutes ses existences, prouvant simplement qu'il a terminé sa mission et accompli les desseins en vue desquels il a dû s’incarner. Les enveloppes retournent à leur élément d’origine, pour reprendre forme et être de nouveau et sans cesse employées, comme un moyen par lequel cet esprit peut se manifester et atteindre les développements requis.
Je voyais clairement toutes ces choses; elles me semblaient si simples, si rationnelles, si complètes que je m’étonnai de ne pas les avoir comprises plus tôt. Mes sens avaient-ils donc été obscurcis au point de m’empêcher de comprendre des idées aussi simples ?
Maintenant enfin, grâce à l’aide du précieux trésor découvert, les Lois avaient été rendues visibles à mes yeux.
Combien je désirais apporter la lumière dans tous les endroits ténébreux que je connaissais ; dans cette vie mystérieuse et illusoire, où tant de malheureux se débattaient aveuglément sans en comprendre la cause. Je me rappelai ma propre détresse, mes propres inquiétudes, et mes désirs de trouver la clarté. Tout ceci me semblait si petit et si trivial, comparé à la grande nécessité comprise maintenant, que je voyais, à regret, mes pensées contraintes à n'importe quelle réflexion
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H'intéJ*êL personnel. Je ne craignais plus que la vérité fût révélée. La lumière m’était devenue si chère, si précieuse 1 N’importe ce qui dût arriver, je ne la laisserais plus s’évanouir. Elle m'avait déjà montré les grandes différenciations, les fautes et les faiblesses qui existaient en moi, me faisant voir ainsi les possibilités pouvant être cultivées. Elle m’avait montré la vie telle qu’elle est et la vie telle qu’elle peut être; et je savais qu’à l’aide de cette grande et sainte lumière, toute question se trouverait expliquée, toutes les ténèbres seraient transformées en clarté et toutes les choses secrètes seraient découvertes.
Mon aspiration à aider ces aveugles devint alors plus intense, elle devint même irrésistible; mais ils ne me voyaient pas, ils ne faisaient aucune attention à moi, et je luttais en vain pour me faire comprendre. Je leur tendais les mains, mais ils passaient à coté de moi; je les appelais mais ils étaient absorbés par d’autres choses et ne m’écoulaient pas. Je me rendis compte alors, que pour arriver à l’essence de ces esprits, il me fallait, moi aussi, me revêtir de matière. C’était une pensée répugnante,. n’im¬
porte î je me contraindrais à cela pour les aider. Mais comment faire? A peine cette question s’étaitelle soulevée en moi, qu’un éclair me lit reconnaître que j’avais trouvé l’objet de ma recherche, objet resté, jusqu’à présent seulement, une aspiration vague et indéfinie.
D’un monde de lumière radieuse, où seuls l’amour
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et la sympathie existaient, cette aspiration m’avait ramenée dans ce triste monde des ombres et des illusions, où la lumière pouvait à peine pénétrer. C’est là que la Connaissance devait être gagnée. Il me fallait apprendre à me vêtir de brouillard ; cette matière si immatérielle, si vague, je devais apprendre à la manier, à la façonner : saisir et garder ce qui n’avait pas de substance ;. cela semblait impos¬
sible, et cependant je vis que cela avait été déjà • fait.
Je cherchais depuis longtemps les moyens de mettre mon plan à exécution, lorsqu’un ami vint à mon aide. Nous réfléchîmes ensemble à l’exécution de ce plan. Je lui demandai comment il fallait s’y prendre pour faire adhérer entre elles ces masses de substance immatérielle. Il fallait, m’expliqua-t-il, réunir vivement ensemble ces masses nuageuses de brouillard en y insufflant la vie dont j’étais douée moi-même; y faire entrer de force, par la tension de ma volonté, une parlie de mon propre désir en y mettant toute l’intensité possible, et cela jusqu’à ce que cette masse s’animât, et prit une forme ressemblant aux êtres vaporeux qui m’entouraient, inconscients de mon identité. Je suivis son conseil; je fis donc une création personnelle, — ma propriété spéciale, — animée de mon souffle, conservée en vie par ma volonté, obéissant à mes désirs ou à mon commandement, dépendant de moi seule à tout instant de son existence. Je savais que si l’intensité de ma volonté se relâchait, si mon désir ou mon intérêt
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faiblissaient d'un iota, celte ombre de moi-môme retournerait au néant d'où elle était venue, pour ne plus jamais exister.
Pour les enfants du brouillard, ma création était réelle et tangible autant qu’eu\-mémes,i)e manquant pas de vie ni d’intelligence. J’étais seule à savoir qu’elle n’était qu’une ombre de la réalité; et je la savais défectueuse en plusieurs choses que, faute d’expérience, je 11 ’avais su lui communiquer. Quelles possibilités, cependant, auraient pu résulter d’expé- * riences menées plus loin ! de quelles propriétés n cussé-jc pas doué cette création d’ombre si j’avais su développer mes propres pouvoirs. Vraiment, j avais résolu le mystère, ou tout au moins une partie du mystère ; quelque autre moyen d’v arriver ayant été sûrement déjà employé.
Ensuite mon ami et moi nous donnâmes l’exislencc a une autre ombre, une ombre étrange qui n’était ni lui, ni moi, mais une chose informe, qu’avec une peine infinie nous essayâmes d’organiser. Nos volontés et nos idées ne s'accordant pas, le résultat lut une faillite. L’ombre que nous avions créée, à nous deux, de ce brouillard, était défectueuse en plusieurs manières et nous tachâmes de combler les vides, de réparer les fautes, de fa ire cette ombre, pareille à la première, et la contre-partie d’une réalité vivante. Malgré tous nos efforts, nous faillîmes a notre tâche et nous no pûmes former une créature comme la première. Nous ne réussîmes qu'à édifier une misérable conlrefaction, ne pouvant être appelée