‹ Au pays de l'ombreChapitre 67 sur 71 · CHAPITRE A XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE A XVII

PHOTOGRAPHIES SPIRITES

De môme que tu ne connais pas les voies de l’esprit, de même tu ne connais pas les oeuvres de l'Eternel qui a tout crée.

Ecclésiaste ,

Je n’étais pas familiarisée depuis longtemps avec le sujet du spiritualisme, lorsqu'on parla de la possibilité d’obtenir des photographies de l’invisible, photographies occultes, transcendentales ou spirites suivant le nom qu’on leur donne. Je n’avais pas encore réalisé combien je souffrais à la suite des séances et à quel épuisement elles me condamnaient. Ma santé n’ayant jamais été bien robuste, je n’aurais jamais pu imaginer que cette lassitude et ce complet épuisement pussent être dûs à quelques-uns des assistants de nos séances. Mes amis proposaient continuellement de nouvelles expériences, lesquelles, en règle générale, m'intéressaient autant qu’eux; et entre autres,l’idée d’obtenir des photographies spirites revenait toujours sur le tapis. Je dési-

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mis que toute occasion frtt utilisée; mais n’étant pas photographe moi-même, il n’y eut point de système organisé à ce sujet, ni d’effort continu en expérimentant dans cette direction; et nous ne comprenions pas encore, combien il est difficile de posséder différentes formes de médiumnité également développées, sans épuiser trop, pour cela, le système nerveux.

Dans tous les cas, bien que je lisse des essais pour obtenir ces photographies rêvées, chaque fois que j’en eusl’occasion,ce ne fut pas avant 1876/à Londres, que je supposai d’y avoir réussi; et même à ce moment je n'attribuai pas ce résultat à ma médiumnité.

M ,s Burns, sensitive, très bien douée elle-même, vint avec moi chez le photographe spirite, M. Hudson. Après la pose, M. Hudson développa la plaque, et fut tout fier du succès obtenu grâce à ma visite, car une belle figure se voyait sur le cliché, à coté de mon portrait. Il traversait précipitamment la chambre, ravi de m’apporter la bonne nouvelle et de me montrer la plaque, lorsque son pied glissa sur la natte, et la plaque fut brisée en mille pièces.

Peu après je visitais Paris et Bruxelles. Dans cette dernière ville, je fus photographiée un matin, au moins vingt fois, sans obtenir le moindre résultat.

Je ne me rappelle aucun effort persistant pratiqué dans celte direction pendant les deux années qui suivirent; quoique de temps en temps nous fîmes un essai, lorsque l’occasion s’en présentait. Entre 1878

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cl 1880,plusieurs photographes lirejil des tentatives sans obtenir de succès.

En 1880, j'allai en Suède, et je pris avec moi un appareil et deux cent quatre-vingt-huitplaques sensibles que je voulais employer, espérant obtenir quelquefois un encouragement. Je m’arrangeai avec un photographe et je commençai mon travail plus systématiquement que je ne l’avais fait dans les circonstances précédentes; mais ma santé n'était pas rétablie, et souffrait encore des suites du terrible choc éprouvé, septansauparavant,àla séancedeNewcastleen 1880; par conséquent ma médiumnité était presque réduite à néant. Après que nous eûmes employé les vingtquatre douzaines de plaques, l’appareil fut négligé, et plus tard endommagé.

En 1888, 1889 et, 1890, plusieurs tentatives furent faites et une seule photographie spirite fut obtenue, touL à fait par hasard, dans la dernière de ces années, à la villa O. P., à Gothenhurg. Je l’ai décrite plus haut. M. Aksakoff avait-engagé une discussion avec quelque autre de mes amis au sujet des photographies spirites, lorsque M. Boutlerof, qui voulait voir si l’appareil était bien dirigé, et qui désirait essayer la lumière du magnésium, interrompit la conversation en venant dire :

« L’appareil est dirigé sur la chaise placée dans le coin de la chambre, et je désire que Madame d’Espérance prenne la pose, car je voudrais essayer le magnésium. »

Ceci se passait au crépuscule, juste avant d’allu-

mer les lampes. Nous nous levâmes tous pour accompagner M. Boullerof dans la chambre où se trouvait l’appareil. Il n’y avait point d’arrangement spécial quant aux places que nous dussions prendre, mais il me fallut m’asseoir sur « la chaise dans le coin ». L’éclair du magnésium illumina la pièce et tous les spectateurs virent une figure d’homme se tenant derrière moi. Cette forme n’était visible, ni avant ni après l’éclair, aussi chacun était curieux de voir si elle avait impressionné la plaque. Heureusement cette photographie a été mise en sûreté. Par intervalles, nous limes des essais à Gothenhurg, à Christiania, à Berlin et dans d’autres endroits, mais toujours sans succès.

En 189G j’allai en Angleterre, etj’y obtins quelques manifestations de photographies spirites ; mais, selon moi, ce furent des manifestations douteuses. Pour différentes raisons dans lesquelles je n’aime pas à entrer maintenant, je ne fus point à môme de les accepter comme véritables, bien que cela eût été possible.

Je me décidai cependant à tenter un nouvel essai à mon retour en Allemagne. Je mis mon plan à exécution et j’obtins quelques formes indistinctes et nuageuses ; mais je devins si nerveuse qu’il me fallut mettre de côté la photographie pendant deux ou trois semaines. Ensuite j’essayai de nouveau et j’obtins des images plus nettes de l’invisible. Deux ou trois d’entre elles étaient d’excellents portraits de figures, semblant devoir être des êtres humains parfaitement en vie. Mais mes nerfs me firent de nouveau

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tout souffrir, que je n’osai même plus m’ayenlurer dans les escaliers ; j’avais à peine le courage de me promener dans ma chambre. Nous dûmes par conséquent arrêter toute expérience.

En janvier 1897, je me rendis à Golhenburg pour deux mois, avec l’intention de terminer ce livre et de le remettre à l’imprimeur. Mes amis achetèrent un nouvel appareil et tout l’approvisionnement nécessaire pour une nouvelle série d’expériences photographiques. Le 28 janvier, tout était prêt à cette intention. Mes amis avaient beaucoup à apprendre au sujet de la photographie, car ils n’v avaient, précédemment, accordé aucune attention. Les trois premiers jours nous ne fîmes que des sortes d’expériences préliminaires, de manière à nous habituer petit à petit, à l’appareil, à la pose, au développement et à l’impression des plaques.

Le 21 février, nous nous mimes systématiquement à l'œuvre; mais nous n’eûmes h noter que des échecs. Nous étions décidés, cependant, à continuer notre tache quoiqu’on pût être le résultat, à moins que ma santé ne présentât des obstacles insurmontables.

Le 2 février, l’une des plaques exposées ayant été développée, nous pûmes y distinguer une légère forme nuageuse. Nous ne savions s’il fallait y attacher quelque prix ; à moins qu’elle ne fût le précurseur d’un résultat plus positif et plus net.

Le jour suivant, nous trouvâmes une tête sur l’une des plaques. Les traits et l’apparence générale nous

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rappelaient notre cher et vieil ami, Giorgio, mort plusieurs années auparavant.

Le -4 et le 5 février, nous obtînmes une légère indication de quelque forme. Le G toutes les plaques exposées furent sans résultat, mais le 7, une espèce de brouillard, ressemblant à une tête, était perceptible.

Le H et le 9, deux formes humaines, nuageuses mais très distinctes, apparurent sur lesplaques.Ni les traits, ni la silhouette n’étaient visibles ; les formes rappelaient un peu les bonshommes de neige. Cependant elles étaient assez nettes pour nous donner un encouragement à poursuivre nos études.

Les deux jours suivants, le 10 et le il , nous n’eùmes que des échecs avec les plaques exposées. Nous commençâmes alors à imaginer des moyens pour perfectionner notre méthode de travail. Nous nous décidâmes à exposer moins longuement les plaques à la lumière, car pendant quelques jours, le ciel étantcouvert et la neige tombant à flocons serrés, nous avions varié l’exposition de quarante à cent secondes. Nous avions parfois fait nos expériences le matin, et parfois l’après-midi. Nous nous décidâmes â nous mettre à l’œuvre désormais à trois heures sonnant, chaque après-midi, quelque pût être le temps. Une autre décision importante, prise également, fut celle d’employer la lumière du magnésium pendant les journées sombres, et de diminuer le temps de l’exposition des plaques.

Nous avions installé l’appareil photographique dans un salon, à angles coupés, silué au sud-ouest.

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A ceci nous ne pouvions rien changer. Nous avions employé auparavant un écran d’un vert sombre comme fond. Nous ne pûmes Le remplacer, mais nous le couvrîmes d’une étoile noire dans le but de rendre plus visible toute forme blanche qui se présenterait. Nous étions généralement cinq, à prendre part aux expériences : mon hôte, sa femme, ses deux filles et moi. Quand l’horloge sonnait trois heures, nous entrions tous au salon. L’un d’entre nous plaçait l’écran dans la position voulue; un autre s’occupait de l’appareil, dirigeant l’objectif sur une troisième personne qui, à titre d’essai, s’asseyait devant le paravent. Enfin une quatrième descendait les stores vénitiens et les arrangeait de manière à donner le meilleur effet de lumière. — Puis nous attendions que l’appareil fût prêt et que les préparatifs relatifs au magnésium fussent terminés; — et, après avoir compté en silence trente secondes, nous exposions la plaque cinq secondes. Nous enflammions le magnésium. Nous prenions quelquefois trois ou quatre photographies; d’autres fois six ou sept. Elles étaientimmédiatementportées dans la chambrenoire et développées.

Nous avions travaillé ainsi pendant une quinzaine de jours environ, aussi nous discutâmes de nouveau sérieusement sur de nouveaux procédés à employer, pour obtenir une meilleure réussite.

Le 12cependant, nousfûmesrécompensésde notre zèle par l’apparition, sur les plaques, de deux figures; les traits de l’une d’elles étaient tout à fait distincts.

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Ce fut pour nous un puissant encouragement. Mais le lendemain, nous n’eûmes de nouveau que des échecs.

Le 14, deux visages furent obtenus. L’un d’eux fut supposé avoir quelque ressemblance avec la mère de nos hôtes. Le second nous rappela Ilitss ou quelque autre portrait d’homme ayant vécu au moyen âge, à en juger d'après le costume. Le mardi suivant, nous fûmes surpris de trouver dans les journaux des articles raconlant la vie eL l’œuvre de Philippe Mélanchton, ne le 10 février 1497, et nous reconnûmes alors la ressemblance existant entre le portrait de Mélanchton et la photographie que nous avions obtenue.

Le 13 et le 10, faillites. Nous n’en fûmes pas étonnés, car j’avais pris un gros froid à la suite d’un bain chaud. Nous continuâmes cependant nos expériences.

Le 17 nous exposâmes plusieurs plaques comme il est décrit plus haut, et nous obtînmes un beau portrait des Invisibles. Ce ne fut pourtant qu'en développant la plaque que nous nous aperçûmes de notre succès.

Le 18 et le 19, de légères et nuageuses esquisses de têtes apparurent. Le 20 nous donna la photographie d’une jeune fdle que nous supposâmes être notre petite amie espagnole Ninia, morte à Santiago dans le sud de l’Amérique.

Le 21, le 22, le 23, le 24 et le 27, nous obtînmes, chaque fois, au moins une ou deux photographies des

Photographie supposée être celle de Ninia. Obtenue à 3 h. après-midi le 20 février 1897.

Photographie obtenue à 3 heures après-midi le 27 févr. 1897. Supposée être le portrait de Elias ben Amniand de Nazareth, qui passa sa vie au milieu des lépreux, en Palestine.

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invisibles ; et dans trois de ces occasions, des étrangers posaient, assis devant le paravent. Le 23, le 20 et le 28 furent des journées perdues. Et ceci mit fin à ce que nous appelions nos expériences de février.

Le 1 er mars, je me rendis à Stockholm pour rendre visite h quelques amis; et je restai absente une semaine. Lorsque je rentrai, le 7 mars, j’étais épuisée à force d’avoir présidé des séances. Cependant le 0 nous nous remîmes à l’œuvre, et nous continuâmes à expérimenter quotidiennement jusqu’au 13 mars. Nous avions pris trente photographies dans ces sept journées — dont sept clichés furent bons. Le jour suivant, lfi mars, M mo F., M Mo F. et moi nous partîmes pour Copenhague. Fendant ces cinq semaines, nous avions employé en tout cent IrenLedeux plaques, parmi lesquelles cent deux n’avaient rien donné.

Je me suis demandé sérieusement s’il convenait de donner ici tous les détails ayant rapport à nos expériences photographiques. Ce travail n’a consisté, à vrai dire, qu’en de purs essais, et nous n’avons point épuisé tous les moyens que nous considérions en notre atteinte. Cependant, comme le souvenir complet de ma médiumnité est plus ou moins un souvenir d’expériences, je trouverais des objections à terminer ce volume sans avoir mentionné, en passant, cette nouvelle phase de médiumnité. Il est vrai que j’en trouve aussi à donner ici tant de détails sur une œuvre inachevée. La série complète des photographies montre que nous étions simplement dans

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le stage expérimental ; mais l'étudiaul psycliiquo pourra s'intéressera noire méthode de travail cl à nos quelques succès finals, après tant d’années de tentatives infructueuses, et des cenlaines d’échecs.

Il esl tout à fait probable que j’aurais pu obtenir ces photographies dix ou vingt ans auparavant, si j avais travaillé seule, ou si j’avais laissé en souffrance d autres formes de médiumnité. Ces photographies sont l’œuvre d’agents spirituels, je n’en doute pas ; mais qu elles soientdes photographies d'esprits, ou seulement des images produites par les esprits sur les plaques, je ne saurais le dire avant d'avoir eu 1 occasion de pousser plus loin mes investigations.

J’attache une grande importance à cetle œuvre; et, cela est étrange a dire, ma santé ne souffrit point, pendant ces essais photographiques quotidiens : elle se fortifia au contraire. Je vois en ceci la possibilité d’une grande œuvre à accomplir, si nous en trouvons l’occasion. M mo F. prenait un intérêt immense à Ions ces détails, et travaillait dès le matin, et tard dans la soirée à développer, à fixer et à retoucher les plaques. Nous avions tous, ainsi, notre part de travail; et s il y avait pour moi quelque sérieuse perte de vitalité, elle était imperceptible, tant les conditions favorables dans lesquelles je me trouvais me permettaient de recouvrer rapidement mes forces.

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