LIBRAIRIE MARITIME ET COLONIALE
L'or rouge, c'est le café, dont les baies, d'une belle couleur vermeille à l'époque de la maturité, couvrent plus de 90Ci millions d'arbustes dans l'Etat de Sâo Paulo, lequel produit à lui seul près des deux tiers de la production mondiale de cette précieuse denrée. Celle-ci a pourtant, maintenant, une rivale dans un autre or, l'or blanc des Américains, car Sâo Paulo, grand producteur déjà, est en voie de devenir gros exportateur de cette matière première si recherchée.
C'est cet Etat, le plus puissant et le plus progressiste du Brésil, celui dont l'action a, sur l'ensemble des directions de la grande Cpnfédération, une influence parfois prépondérante, que nous sommes amené à présenter aujourd'hui au lecteur dans ce nouvel ouvrage dont nous désirons faire le guide de tous ceux qui voudront être renseignés sur cette région aux vastes possibilités.
C'est que le goût des voyages, des études et des entreprises . qui s'y rattachent semble se développer de plus en plus en France, contrairement à ce que l'on était en droit de supposer, étant donnée la situation créée par une guerre effroyable dans ses résultats meurtriers et dévastateurs. Aussi recevons-nous, depuis l'armistice, un grand nombre de lettres et de visite^ d'industriels, de commerçants, de capitalistes ou de rentiers ^ dont la guerre a amoindri les ressources, en quête d'informations exactes.
Ce sont aussi des jeunes gens, des hommes faits, des personnes de toutes conditions nous disant : « Je voudrais aller en Amérique du Sud, voici ce que je suis, ce que je fais ou voudrais faire, ce dont je dispose, — donnez-moi des renseignements sur tel pays ou dites-moi donc où je pourrais aller! »
Eh bien ! a ces demandes qui révèlent un besoin, celui d'un
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bureau français donnant gratuitement, à tous ceux de nos^ compatriotes qui veulent voyager, commercer à l'étranger ou y immigrer, les renseignements qui peuvent leur être nécessaires pour .se diriger avec profit dans toutes les régions du monde, nous répondons que nous sommes à la disposition des intéressés pour leur dxinner toutes les indications pratiques dont ils pourront avoir besoin, mais que c'est à eux d'étudief, de choisir, en tenant compte de leur tempérament^ de leurs dispositions et de leurs aptitudes spéciales, la contrée où ils veulent commercer ou s'établir.
Nous leur conseillons ^surtout de se familiariser avec les parties du pays où ils veulent aller, d'étudier son climat, ses ressources, les gens et Jes choses aiîn de savoir si tout cela leur convient; s'informer des mœurs et des usages du pays^ afin de ne p»s les froisser, etc.
Missives et visites sont devenues plus fréquentes à la suitede notre d^nière mission économique au Brésil, car c'est un fait certain que, par ces temps de difficultés économiques et politiques, d'essais plus ou moins heureux et opportuns de réformes socialeè, de grèves décrétées sans raison bien valables pBir une infime minorité encouraigéa par la faiblesse des gouvernants, le citoyen français, ne trouvant plus dans la patrie la certitude du lendemain et toutes les garanties de bien-être désirables, songe à s'expatrier. Malheureusement, trop souvent ignorant, il hésite sur la direction à prendre : vers nos colonies ou vers le nouveau monde?
Puis il se décide et s'embarque, souvent à l'aventure, sans étude préalable ou sur la foi de renseignements contestables, et il ne va pas toujours où il aurait le plus d'avantages; Il semble donc utile, puisque cet état de chose existe, d'en tirer au moins tout ce qu'il peut impliquer de bon pour notre commerce et pour notre influenoe morale, et d'éolairer ceux qui veulent s'éloigner pour faire ou créer des affaires, de les renseigner sur les pays où ils pourront se diriger afin que leurs efforts ou leurs tentatives ne rest?ent pas sans fruit pour eux et pour notre pays.
En guidant ceux qui veulent lutter pour une situation meilleure, nous luttons aussi contre la dépopulation, car celle-ci a pour cause le souci du lendemain. Le jour où nos compatriotes auront pris le chemin des pays neufs ou même de nos colonies, le jour où ils auront la certitude de pouvoir s'y
INTRODUClTiON. 7
occuper, s'y étaLblir et y conquérif rai'sance ou la fortune, la Hâtalité deviendra moins restreinte, car la .famille sera rassurée sur l'avenir de ses enfants.
C'est dans le but de guider les résolue et de contribuer à toutes ies initiatives que nous avons consa^cré plusieurs livres aux principales républiques de TAmérique du Sud que nous avons eu l'occasion de visiter à plusieurs reprises. Mais, malgré l'importance de ceux que nous avons publiés sur le Brésil \ nous n'avons pu consacrer à tous les Etats autant de pageis que nous l'aurions voulu, mais seulement un aperçu général plus ou moins développé, devenu aujourd'hui insuffisant pour certains Etats dont la situation, le développement et les ressources auiraient mérité un ouvrage à part.
Pour nous, qui avons séjourné à diverses reprises dans les régions les plus opposées de ce vaste pays et avons, en outre, eu l'occasion d'en visiter les vingt Etats au cours de missions officielles, nous en avons, en effet, rapporté une conviction bien arrêtée : c'est que si toutes les parties du Brésil, tous ses Etats sont également admirables au point de vue des richesses naturelles, un certain nombre seulement sont appdées à un développement rapide, qu'on le veuille ou non. La raison en eist très simple, toutes ne • présentent pas les conditions requises pour attirer et fixer commerçants, industriels ou émigrants. Or, comme ce dernier est la base presque absolue, unique de la fortune du nouveau monde, il s'ensuit que là seul où il pourra s'établir, là seul il y aura des chances de progrès rapides.
Paur qu'un pays puisse profiter utilement des initiatives et de l'immigration européenne, et soit à même de fixer une population capable de donner de la valeur à sa propriété foncière, il faut qu'il réunisse un certain nombre de conditions économiques qu'on peut grouper ainsi : salubrité du climat, facilité de la culture, moyens de transports et marchés de consommation. Ce sont ces conditions économiques que l'on trouve dans la plupart des Etats du Sud du Brésil, notamment à Sâo Paulo, Minas Geraes, Rio Grande do Sul, Rio de Janeiro, etc.
Parmi ces régions d'avenir indiscutable, qui feront l'objet
* Au Brésil : De VUruguay au Rio Sâo Francisco, Du Rio Sâo Franr cisco à V Amazone, Le Paya de VOr noir. Challamel, éditeur, 17, rue Jacob.
d'études prochaines, il n'en est pas qui offrent comme Sâo Paulo l'exemple d'une aussi admirable évolution. Il faut, comme nous, avoir connu cet Etat vers 1890 pour apprécier les progrès merveilleux qui, en trente ans d'une msu'che continuellement ascendante, l'ont classé le premier Etat de la République. Cette place, il l'occupe sous tous les aspects de la vie nationale : sous celui de l'instruction publique, de l'hygiène, de l'agrioulture, du commerce, de l'industrie et finalement, au point de vue le plus intéressant à l'heure actuelle, celui de sa puissante situation économique et financière.
Pendant ces trente années, la population de l'Etat de Sâo Paulo a plus que triplé, constamment augmentée par son propre accroissement et alimentée par le courant de l'immigration. La production agricole et industrielle a également triplé. Le commerce extérieur, en or, double pendant cette période. Des régions, presque inconnues et inexploitées hier encore, furent étudiées, pourvues de voies de communication et ouvertes à la civilisation. Les voies ferrées ont aussi triplé, leur extension passant de 2.500 à -près de 7.000 kilomètres avec le prolongement de la ligne Sorocabana jusqu'à Porto Tibiriça, sur le Parana.
Les (Sources de richesses et de productions furent développées dans des proportions inconnues; à la culture du café, trop longtemps presque exclusive, les planteurs paulistes, instruits par quelques dures leçons, appliquèrent leur activité à diverses branches de cultures, canne à sucre, riz, maïs, haricots, manioc, ricin et tout particulièrement celle du coton qui est appelée à devenir une des grandes richesses de l'Etat et une grosise source de revenus.
Le bétail, intelligemment exploité, est destiné à enrichir l'Etat de Sâo Paulo et les particuliers qui entreprendront l'élevage sous toutes ses formes. Cette industrie s'implantera fortement dans l'Etat, cela ne fait aucun doute, eiUe s'y développe déjà de jour en jour; c'est là qu'elle est appelée à donner les plus beaux résultats, parce que l'Etat de Sâo Paulo est le débouché, le point obligatoire de transit et d'hivernage des immenses troupeaux venant du Matto Grosso et de Goyaz; parce que tous ies champs d'élevage, quels qu'ils soient, sont à proximité des lieux de consommation, qu'ils disposent de moyens de transport appropriés, lesquels s'améliorent chaque jour, et qu'ils trouvent dans les grands établissements
frigorifiques qui se sont fondés dans l'Etat les débouchés assurés pour une production presque illimitée.
Outre les Paulistes, qui ont de beaucoup fourni le plus grand effort, bien des nationalités ont contribué au développement de l'Etat de Sâo Paulo : ce sont tout d'abord les Italiens, devançant tous les autres de bien loin, puis les Portugais, les Espagnols, les Allemands, etc. Sans être aussi nombreux, il s'en faut, les Français occupent à Sâo Paulo d'assez belles situations, les uns dans les administrations publiques ou privées, les banques, etc., les autres, les plus nombreux, dans le commerce et l'industrie. Quelques maisons ont une réelle importance.. Les effoirte de quelques-uns de nos compatriotes, en dehors de quelques grosses affaires, telles les Sucreries Brésiliennes, se portent maintenant sur l'élevage et les plantations de coton qui offrent de grandes perspectives d'avenir, sans parler des industries nouvelles qui peuvent se créer ou se développer.
Un grand champ d'action reste ouvert dans cet ordre d'idées, de même que dans les zones récemment ouvertes aux initiali^'es p§ir d'établissement de lignes de pénétration s'étendant jusqu'au rio Parana, pour se prolonger à travers l'Etat de Matto Grosso, dont les campos sont une réserve presque inépuisable de bétail. Outre la région du Nord-Ouest, il est encore une zone peu connue et à peine exploitée, celle du littoral; il est bon que les ressources et les possibilités de ces régions soient exposées.
C'est ce que nous allons essayer de faire dans ce travail d'en&emMe, laprès l'avoir tenté dans des études trop brèves et malgré tout ce qui a été écrit sur cette région. Quand on veut être essentiellement utile à ses semblables, il ne suffit pas de leur dire une fois ce qu'on a vu, ce qu'on a fait et ce qu'il est nécessaire de faire, il ne faut jamais se lasser de le leur répéter, sous toutes les formes et par toutes les voies.
C'est tout ce qui a été fait, tout ce qui reste à faire que nous voulons mettre en évidence dans ce livre qui renferme les données les pilus récentes sur toutes les branches de l'activité dans l'Etat de Sâo Paulo, même dans les régions les plus récemment ouvertes à la civilisation et au progrès. Il pourra, non seulement servir de guide à ceux qui se proposent de visiter cet Etat, mais aussi d'instrument de consultation et de travail pour toutes les personnes désirant être exactement
renseignées sur les forces, le commerce, Aes industries, les^ possibilités d'avenir de cette partie du Brésil, ainsi que son or;g'anisation poilitique et administrative.
Cet ouvrage paraîtra peut-être un peu volumineux, mais il en faudrait un plus gros enoore pour donner une notion complète de cet Etat : il est assez difficile d'être à la fois résumé, instructif et pratique. Nous nourrissons quand même l'espoir qu'il intéressera tel qu'il est, parce qu'il s'agit d'un pays dansl'avenir duquel nous avons une confiance indestructible, car nul autre n'offre autant de ressources à l'activité humaine.
Ceci dit, nous adressant aux jeunes gens et en général à tous ceux qui désirent s'expatrier, voulant lutter pour un avenir meilleur, nous nous permettons, avec l'expérience durement acquise, de leur <k)nner un conseil : qu'ils ne s'imaginent pas que ce isoit chose tout à fait facile d'aller commercer, d'aller au pied levé créer des entreprises commerciales, agricoles ou industrielles à l'étranger, tout nécessite une étude, une école préalable. A part de rares exceptions, il faut, au début, «e résigner à une situation provisoire; on apprend ainsi la langue du pays qui est, au Brésil, le portugais, à connaître les besoins et usages industriels, commerciaux ou agricoles si on ne veut, le plus souvent, aventurer ses capitaux ou perdre son temps. '
Certes, le Brésil et particulièrement l'Etat de Sâo Paulo, puisque c'est de lui qu'il s'agit ici, offre un immense champ d'action à toutes les activités, toutes les espérances y sont permises et il est évident que les chances de s'y constituer une large aisance, sinon la fortune, y sont bien plus nombreuses qu'en Europe, mais on n'a rien sans peine, l'une ou l'autre ne peuvent s'obtenir qu'à force de travail, de persévérance et d'initiative.
Si nous présentons les débuts à l'étranger sous un jour quelque peu assombri, c'est dans le but d'atténuer chez quelques-uns le feu d'une imagination un peu vive qui les porte à s'illusionner en exagérant des renseignements non contrôlés et en les considérant sous un jour volontairement et exclusivement optimiste. Le succès complet ou partiel ne saurait être atteint que par les gens d'initiative, énergiques, persévérants, sachant ce qu'ils veulent et où ils vont.
Désirant surtout faire œuvre de vulgarisation pratique, nous ' voudrions voir les efforts et l'initiative- de nos compatriotes