‹ Au pays de l'or rouge: L'état de São Paulo (Brésil) Ses ressources - ses progrés - son avenir. Ètude générale économique et descriptiveChapitre 52 sur 72 · CONSEILS AUX DÉBUTANTS ET NOUVEAUX DÉKARQUÉS · texte numérisé non relu

CONSEILS AUX DÉBUTANTS ET NOUVEAUX DÉKARQUÉS

de présenter les choses sous un trop bel aspect, de donner une idée trop favorable de ce que doit être la vie de rémigrant au Brésil, de faire des descriptions et peintures qui ne correspondent pas à la réalité.

Nous nous sommes procuré, autrefois, des brochures dites de propagande et, en règle générale, nous avons pu nous convaincre, par ce que nous avons vu dans les colonies, que peintures et descriptions n'étaient pas exagérées et que les avantages accordés sur place aux émigrants correspondaient parfaitement aux promesses qu'on a lues plus haut. Peutêtre pourrait-on mettre plus en évidence les difficultés et le rude labeur qui, au début, attendent le nouveau colon, et cette indication figure pourtant dans quelques-unes de ces brochures; d'autre part, on ne peut décemment demander à ce pays de présenter les réalités sous un jour volontairement assombri.

Les renseignements donnés sont généralement exacts, mais on ne peut empêcher certaines catégories de gens d'exagérer les choses par le feu d'une imagination dont ils sont dupes, ou sur la foi de renseignements romanesques qu'ils sont dans l'impossibilité de contrôler. De là des désillusions d'autant plus fortes qu'on s'était habitué à considérer les faits sous un jour plus optimiste ; désillusions et dégoûts qui motivent, s'ils ne les justifient pas, chez les mécontents, les reproches des descriptions trop favorables.

Nous ne craignons pas de le répéter, car notre but n'est pas de séduire, mais d'éclairer : les débuts sont toujours pénibles dans un pays dont on ne connaît ni la langue, ni les mœurs, ni les besoins. Pour ne pas faire fausse route, on a besoin de direction et de conseils, en un mot, il faut faire rapprentissage du pays. Il faut s'habituer à un nouveau genre de vie, à des usages nouveaux. Dans les colonies naissantes et dans l'intérieur, on ne mange pas de pain blanc tous les jours, mais la farine de manioc ou de maïs le remplace. On ne boit pas de vin à tous les repas, mais les voisins boivent de l'eau avec du tafia et ne s'en portent pas plus mal. Essayer de tout faire ou tout surveiller soi-même, et aussi ne pas se laisser exploiter par les entrepreneurs, ne pas risquer son avoir dans une seule culture, comme le café, dont le rendement est long et peut être anéanti par une baisse subite du produit. Eviter l'isolement, dès le début, se créer des ressources précieuses

telles que bétail, basse-oour, etc., ne pas négliger les cultures à rendements périodiques; en un mot, s'assurer la vie matérielle, en attendant la récolte qui sera Taisance.

IL Pour éviter les découragements : travail d'adaptation ET d'assimilation. — Si «on v-eut éviter les «découragements de la première heure, il faut se résigner à une situation provisoire pendant une année. Ainsi, on amasse des économies produites par le travail salarié, on apprend à connaître la langue du pays, le portugais, les besoins agricoles, comn[iercia."ux et industriels. Les Italiens, les Espagnols, les Allemands agissent ainsi; puis, dans leurs colonies, en possession d^un lot, ils s'ingénient à ne compter que sur eux-mêmes.

Il se trouve toujours des mécontents parmi les nouveaux arrivés, qui ne peuvent se résigner à l'idée d'avoir à lutter énergiquement pendant les premiers temps. La plupart de ceux-<îi ne sont pas des cultivateurs, mais des gens qni se présentent comme tels, ou des timorés qui croient rencontrer là-bas les mêmes habitudes, les mêmes procédés que chez eux, et trouvent impossible de se piier à d'aufa-es habitudes, à une autre vie. N'ayant pas pris le temps de s'accoutumer ni d'apprendre la langue du pays, ils ne peuvent écouter les conseils qui leur sont donnés, ni entendre raison. Ce qu'il faut avant tout et partout, ce sont des hommes énergiques et persévérants, sachant où ils vont et ce qu'ils veulent.

La plupart de ceux que nous avons trouvés, dans les colonies ou propriétés particulières, cultivateurs tenaces, actifs et bien préparés pour la lutte, nous déclarèrent êfa'e satisfaits de leur sort, ayant une parfaite confiance dans l'avenir et dans le succès de leur entreprise. Ils avaient de suite reconnu la préférence qu'ils devaient donner à la culture maraîchère et à celle qui vise la consommation indigène et celle des villes les pdus proches. Les cultivateurs visités par nous possédaient, sur leurs lots, de belles plantations de maïs, de haricots et de pommes de teire, ces produits leur donnant des ressources immédiates. Ces colons satisfaits se proposaient d'entreprendre rélevage, facile là-bas, des animaux de basse-cour et toutes les petites industries rurales d'Europe, desquelles ils étaient certains de tirer de grosses ressources. Il ne fait aucun doute pour nous qu'il y a des profits presque incroyables à tirer de Télevage des porcs, moutons et vaches, opéré à la fa-

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