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CHAPITRE XVI

La constitution maximaliste. — Le Sovet « modèle de structure sociale ». — Les congrès des Sovets. — Un État féodal. — Les maximalistes et l'Église. — Démagogie diplomatique. — Le séparatisme russe. — Le cas de l'Ukraine, — Les méthodes d'expansion. — La déception cosaque. — La guerre civile.

Sur le champ rouge du nouveau drapeau russe, cinq majuscules en or résument toute la constitution maximaliste : R. F. S. R. S., République fédérative socialiste russe des Sovets : un type d'État encore inédit — une fédération de communes prolétaires.

« La Russie, disait Tourguénef, avec son in\4ncible pessimisme d'Occidentalîste, la Russie est une grande nation : elle a inventé le knout, le samovar et le caviar. » Il aurait ajouté aujourd'hui : elle a inventé aussi le Sovet — le vSovet, la seule misérable création originale des révolutionnaires russes. Mais Lénine n'a rien d'un OccidentaUste : il continue, sous une forme nouvelle, toutes les traditions présomptueuses des vieux Slavophiles, la foi messianique en la puissance rédemptrice du moujik converti au socialisme. Avec une âpre ironie il stigmatise les emprunts aux libertés bourgeoises de l'Occident : les constitutions parlementaires, la représentation nationale, le mécanisme législatif des Chambres, l'égalité des votes. Le Sovet, déclare textuellement Lénine, réalise un idéal autre-

ment supérieur de gouvernement démocratique : un gouvernement sans bourgeois et contre les bourgeois. Le dualisme du pouvoir, sous le régime de Lénine, aboutit enfin à l'unité, par le fer et par le feu de la guerre civile.

Le nouveau gouvernement n'est pas un gouvernement national : il ne représente ni un peuple, ni même un État : émanation d'une classe sociale à l'exclusion de toutes les autres, il se limite à défendre des intérêts professionnels en marge des préoccupations patriotiques. Pour faire partie d'un Sovet, la qualité de prolétaire suffit : les prisonniers austro-hongrois ont encombré les conseils de Sibérie, et Rakovsky, Bulgare mal naturalisé Roumain, est parvenu à se hisser au sommet de la hiérarchie maximaliste.

La population se subdivise ainsi en deux catégories bien distinctes : les anciens « exploités )> devenus dictateurs, et les anciens « exploiteurs » dégradés au rang d'ilotes, privés de droits électoraux, frappés de déchéance civique. Mais où commence le titre d'exploité, à quel signe reconnaître le parasite social? Pour établir leur cens électoral, les maximalistes dénoncent le bourgeois en toute personne qui ne vit pas de son salaire ou qui utilise le travail d'autrui ; ils songent même un instant à sérier les communistes, à créer des prolétaires privilégiés dotés de tous les droits : les ouvriers, et, à côté de cette aristocratie professionnelle, un Tiers-État moins favorisé : artisans et employés.

La vérité, c'est que rien n'est plus vague ni plus arbitraire que les classifications sociales du nouveau régime russe. Lénine, Trotzky, Stoutchko, Zinovief, Kamenef ne sont pas des ouvriers, ils ne sont pas des paysans ; ils n'ont jamais été soldats : de quel droit.

au fond, siégeaient-ils sur les bancs du Sovet? Ici, chez les extrémistes du socialisme, réapparaît toute l'intransigeance, toute l'intolérance de l'absolutisme impérial : l'orthodoxie socialiste comme jadis l'orthodoxie religieuse devient le principal critérium des catégories humaines ; même un prolétaire ne peut se hausser au niveau de cito3^en éligible s'il ne professe, en sa pureté sans mélange, la doctrine intégrale du communisme russe ; le baptême maximaliste ouvre toutes grandes aux pires aventuriers les portes de la noblesse ouvrière. Ainsi se précise la nature véritable de la république léniniste : une théocratie rigoureusement fermée aux hérétiques du communisme et gouvernée par les conciles de prêtres jacobins. Toutes les variantes de l'opposition sont vouées au bûcher.

Une seule exception est faite en faveur des socialistes-révolutionnaires de l'aile gauche — concession provisoire, du reste, inévitable opportunisme imposé par la nécessité de rallier aux Sovets les s}Tnpathies paysannes, orientées vers les programmes du parti agricole par excellence. Mais, comme Tchernof, même Tchemof, est jugé « social-patriote » et réactionnaire, les maximalistes n'ont pas eu beaucoup de peine à trouver, dans la masse informe de son parti, des extrémistes singulièrement flattés par l'invitation de collaborer au pouvoir. Pour opérer cette jonction, le Sovet mit très habilement à profit un « Congrès paysan » réuni au mois de décembre à Petrograd : musique en tête et drapeaux rouges déployés, une notable fraction du Congrès se dirigea vers l'Institut Smolny où de bruyantes manifestations célébrèrent l'accolade des usines et des campagnes. Des paysans, enfin, venaient prendre place sur les bancs de l'avant-garde révolutionnaire : le village adhérait à la religion nouvelle ;

le Comité exécutif, enrichi de deux cent cinquante délégués ruraux, revêtait l'allure d'un parlement de prolétaires. Mais sous l'étiquette campagnarde, il n'était guère malaisé de reconnaître des cousins germains du léninisme, affublés de fausses barbes, amenés par les « camarades » Natanson, Spiro et Katz. Plus tard, lorsque les événements jetteront ces néophytes dans l'opposition, il sera trop tard : les vrais moujiks auront suivi les moujiks maquillés, et le maximalisme pourra réaliser son idéal ésotérique de parti exclusif de tous les autres. Par principe, les Sovets tendent à une homogénéité absolue de composition, une tonalité rouge réfractaire aux nuances.

Constitués ainsi, les Sovets sont des organes universels. Ils répondent à tous les besoins et exercent toutes les fonctions : politiques, administratives, économiques, financières. Ils remplacent d'emblée les institutions locales antérieures pour ramifier dans les moindres centres, depuis la capitale jusqu'aux plus humbles villages, un réseau unique de communes ouvrières. Plus de contentieux administratif, de contrôle politique, aucun droit de recours : les Sovets concentrent entre leurs mains toute la plénitude du pouvoir : non seulement ils ont la faculté d'émettre des règlements et de voter des lois, mais aussi celle de réquisitionner, de confisquer, de nationaliser et de socialiser, de suspendre les journaux, d'imposer des amendes, d'incarcérer — et bientôt de fusiller — les spéculateurs et les contre-ré volutionnah es. Et, dans cette négation chaotique du droit public, dans ce recul à l'Asie, Lénine se flatte de prédire une étape définitive du progrès démocratique : la guerre civile — objet même de la révolution — ne peut s'adapter aux cadres surannés d'une démocratie parlementaire : de là la fusion du

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pouvoir exécutif et du pouvoir législatif, les libertés constitutionnelles monopolisées au bénéfice du prolétariat et assurées par la dictature des Sovets. Les Sovets, en fin de compte, ne sont que des états-majors de la guerre civile.

Un célèbre voyageur anglais, Fletcher, décrivait ainsi la vieille Moscovie : « Un pays barbare et grossier, privé de moyens de communication et d'issues libres sur la mer, pays d'esclaves et de monstrueux despotisme... Les habitants de ce pays sont seulement dépositaires provisoires de leurs biens ; ils cachent ce qu'ils ont dans les forêts, mais la plupart du temps ils ont peur de faire de l'épargne, ils craignent que les autorités n'apprennent qu'ils ont des marchandises à vendre, puisque l'État s'arroge un monopole sur les fourrures, le grain et le bois. Parmi les principaux revenus de l'État figurent les confiscations des biens des personnes disgraciées. Les tribunaux ne rendent pas la justice d'après des lois écrites : il suffit, pour être traité comme ennemi ae l'État, d'une calomnie ou d'une dénonciation. La population est divisée en deux parties : les opritchniki (i), classe privilégiée, qui peut piller et tuer à volonté, puis les zemskie lioudi (2), objet de toutes les exactions. Parfois, se réunissent des assemblées nationales, des Sobors, mais elles se bornent à sanctionner les mesures élaborées d'avance et à prodiguer des éloges au gouvernement...»

En pleine terreur maximaliste, un journal publiait cette citation d'un auteur du seizième siècle : les commentaires étaient inutiles : la république fédérative

(i) Garde spéciale du palais sous le règne d'Ivan IV. (2) Hommes des campagnes.

socialiste russe des Sovets se reconnaissait dans l'Empire moscovite d'avant Pierre le Grand !

Il y a trois siècles et demi comme aujourd'hui, le peuple russe subissait le joug de l'État sans manifester la moindre puissance créatrice politique, victime apathique d'une histoire où seules les formes extérieures de la tyrannie ont réellement varié. Ce peuple avait plié Téchine sous toutes les férules, l'invasion des Tatares, le sanglant mysticisme d'Ivan IV, le dur modelage de Pierre I^^, les tragiques extravagances des favoris d'alcôve, l'apothéose policière de Nicolas I^^^ et d'Alexandre III. Il s'adapte aujourd'hui avec une égale indifférence à l'absolutisme démagogique.

Tenu toujours à l'écart des grands courants de la civilisation, il s'abandonne, comme en plein seizième siècle, aux instincts de sa barbarie native ; il s'enfonce dans le coma de son invincible paresse et la stagnation de sa crasse séculaire ; il assiste, placide, à la dévastation de son outillage national. Des monopoles comme alors : la chasse aux métaux précieux, au sucre, au blé, la population obligée d'enfouir ses trésors, les capitaux et les terres des ennemis politiques impitoyablement confisqués, des contributions de guerre intérieure prélevées sous la pression des baïonnettes. Une fois de plus, s'il était donné à Fletcher de traverser la Russie socialiste en wagon délabré, à raison de 15 kilomètres l'heure, il aurait reproduit, mot à mot, ses impressions vieilles de trois cent cinquante ans. Il aurait vu fonctionner la même justice sans lois écrites, et, à la place des S 0 hors, les Congrès périodiques des Sovets qui ratifient de confiance tous les décrets maximalistes (i).

(i) La loi agraire a été votée en, douze minutes, sans que le Congrès ait eu le temps de prendre connaissance du texte.

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Le caractère spécifique du léninisme est là, dans la greffe des doctrines marxistes à une nation corrompue jusqu'à la moelle par l'atavisme du servage. Un serf a beau devenir socialiste, internationaliste, révolutionnaire : alors même que l'absence de toute tradition conservatrice en fait un témoin indifférent des innovations les plus hardies, il demeure incapable, organiquement, de s'élever au respect de la liberté qu'il ignore et de l'égalité qu'il méprise. C'est pourquoi le socialisme russe rappelle si étrangement les heures les plus sombres du despotisme tsariste qu'il avait abattu. Rien ne ressemble mieux à l'esclavage que la doctrine rigide et pseudo-scientifique à laquelle des théoriciens en dehors de la vie ont soumis une foule, d'ailleurs amoureuse de formules rapides et de credo qui dispensent de réfléchir. Jamais tyrannie moscovite ne s'est mieux déployée que dans les décrets où la simplification de l'orthographe est introduite sous peine de travaux forcés. A l'exemple des Tsars réformateurs, c'est à coups de knout que les maximalistes font du socialisme. Ils ont leurs opritchnikis et leurs zemskia lioudi; ils ont leur tchin révolutionnaire, où le mot « camarade » est de rigueur comme jadis le titre d'Excellence ; ils ont leurs streltzy (i), la garde rouge ; ils ont même leur 3"' section, un corps de gendarmes : la commission de lutte avec la spéculation et la contre-révolution, présidée par un sadique de la terreur : j\Ioïse Ouritzky. La Russie maximaliste devient un État féodal où, partout, le principe national est remplacé par le principe aristocratique, où l'attachement à certains privilèges de caste se substitue au patriotisme. « Jadis, écrit un des

(i) Janissaires du Kremlin avant Pierre le Grand.

théoriciens de l'extrémisme russe, Tverdovski, la bourgeoisie seule avait une patrie. Aujourd'hui, la patrie de l'ouvrier, c'est son pouvoir, c'est sa dictature. Ainsi ceux qui exigent la Constituante et la solidarité avec la bourgeoisie trahissent la patrie ouvrière. Le devoir du prolétaire est de détruire la patrie bourgeoise. »

L'idée dont la gestation obscure se laissait deviner à la base des événements, l'idée d'un parricide monstrueux, perpétré de sang-froid, finit par revêtir, comme dans le Crime et le Châtiment de Dostoïevski, la forme d'une justification théorique. Détruire la patrie bourgeoise, ce n'est pas mettre les bourgeois hors de la loi et même à la porte de leurs appartements ; ce n'est pas anéantir l'armée pour conférer au prolétaire la faculté exclusive de manier la baïonnette : c'est chloroformer l'âme d'un peuple, avilir son honneur international, briser son unité politique, bref, tuer la patrie sans épithète — puisqu'il n'y a pas deux patries...

L'Église était l'âme du peuple russe. Elle l'était malgré sa déchéance progressive au degré d'une pesante machine bureaucratique, d'une police spirituelle entre les mains de l'absolutisme. Pendant des siècles elle avait constitué la seule source de lumière et le seul véritable lien d'unité nationale. L'histoire de la grandeur russe est inséparable de l'histoire des vieux couvents aux murs crénelés et aux coupoles byzantines. Le patriarche doublait le Tsar, et, sans la croix, l'épée était impuissante. A la couronne des princes héroïques l'Église ajoutait l'auréole de ses canonisations.

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Sans doute, habitués à piétiner dans les antichambres du v'^aint-Synode, les prêtres russes n'ont pas eu tous, au lendemain de la révolution d'octobre, l'attitude vigoureuse qu'imposait la conscience du danger. Il y eut des démagogues qui prièrent pour la paix « sans annexions et contributions ». Il y eut surtout des faibles, trop heureux, pour légitimer leur défaillance, de s'embusquer derrière le devoir de rendre aux maximalistes « ce qui est à César ». « Toute âme, déclara l'évêque Nestor au moment de son arrestation, doit obéissance aux détenteurs du pouvoir ».

Mais, malgré cette veulerie, conséquence d'un long servage, malgré ses silences et souvent ses défections, l'Église, par sa nature, par son caractère essentiellement national, restait une protestation vivante alors même qu'elle était muette contre le débridement révolutionnaire. Les soldats enlevaient leurs cocardes rouges à la porte des basiliques. Ils sentaient confusément que ce sanglant symbole d'un paradis matériel détonnait parmi les sombres visages des saints sous leurs m3Tiades de cierges. Un duel occulte, un corpsà-corps spirituel s'engageaient entre l'Église et la rue, une lutte au plus profond des âmes et dont la Russie était l'enjeu. En fait, deux religions se trouvaient en présence : à la théorie du sacrifice s'opposait la doctrine de l'instinct divinisé, enseignements inconciliables qui n'admettaient aucune transaction : il fallait choisir entre l'une ou l'autre. Et, peu à peu, Cette vérité finit par s'imposer aussi bien à l'Église qu'au maximalisme. En pleine éclipse nationale, restée seule debout sur tant de ruines, l'Église avait comme une nouvelle jeunesse : le patri-arcat renaissait, l'Église obtenait son Tsar et devenait, dans un État en déli-

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quescence, la patrie douloureuse et militante des âmes. Il convient d'ajouter : de toutes les âmes. Pendant un service célébré par le patriarche à la vieille cathédrale de l'Assomption, les nuages ébauchent au-dessus du Kremlin une imrnense croix écarlate dans le ciel crépusculaire, et des sanglots déchirants s'élèvent de la foule agenouillée. L'intellectuel pleurait à côté de la femme du peuple : il pleurait le même désastre. Le vide de la patrie perdue poussait jusqu'aux plus tièdes vers les sanctuaires où vivait encore le souvenir de la Russie. Et la persécution commune cimentait davantage cette alliance.

De là un nouveau front : un front ecclésiastique. Dieu est déclaré bourgeois et l'Église contre-révolutionnaire. Tous les moyens sont mis en œuvre pour discréditer, à travers le prêtre, d'ordinaire peu estimé du peuple, la religion elle-même, élément constitutif de l'idée de patrie en Russie. La presse s'étend complaisamment sur de grasses histoires de popes et de moines. On exploite les appétits agraires pour lancer le moujik à la socialisation des couvents. Les décrets s'abattent bientôt, en phalange serrée, contre le clergé : séparation de l'Eglise et de l'État, confiscation des propriétés ecclésiastiques, condamnation des biens de mainmorte, défense d'enseigner le c^échisme dans les écoles, défense de suspendre des icônes dans les salles d'études, inauguration de cours d' « athéisme systématique ». Des scènes sanglantes accompagnent le séquestre du couvent de Saint-Alexandre Nevski : la garde rouge chasse les fidèles de l'église pendant le service religieux, bouscule le métropolite ; un prêtre, Skipetrof, tombe, la mâchoire fracassée par une balle. A l'anathème. du patriarche, la Pravda répond par d'écumants réqui-

sitoires contre les « capitalistes en soutane ». Les arrestations n'épargneront pas les plus grands dignitaires de l'Église : l'évêque Séraphin de Kostroma, écroué pour un sermon ; celui de Pensa, loan, expulsé de son diocèse ; l'évêque Hermogène, âgé de quaranteneuf ans, envoyé creuser des tranchées sur l'un des fronts de la guerre civile.

Aux violences officielles succèdent les brutalités de la foule. Les soldats pillent le couvent de Saint- Nicolas Belogorsky et massacrent des moines. Les trésors de la sacristie . patriarcale sont cambriolés. A Toula on tire sur une procession religieuse et à Petrograd sur une procession funéraire. Des prêtres tombent la croix à la main. Le métropolite Vladimir est tué à Kief. Le clergé est traité en « saboteur )) bourgeois, jeté dans les wagons à bestiaux (i) par les cheminots et grevé de lourdes contributions par les pa\'sans. Un peuple qui se meurtrissait le front sur les dalles des églises et multipliait les génuflexions, qui s'affamait pendant les carêmes et passait son temps à se signer devant les églises, le peuple en apparence le plus religieux, le plus chrétien de l'Europe (2) se donnait pour chefs une douzaine d'aventuriers israéhtes et brisait ses icônes. Le règne de l'Antéchrist : au lieu de l'Empereur « très croyant » suivant l'épithète sacramentelle des liturgies, la dy nastie des Bronstein, des Apfelbaum et des Rosenfeld ; mille ans de christianisme s'évanouissaient sans trace ; une nouvelle Passion, un nouveau Calvaire ; le peuple élu fusillait son Dieu.

(i) Le métropolite Platon fit ainsi 856 verstes, tandis que la garde rouge occupait des wagons de première.

(2) L'origine étymologique du mot « paysan », krestianin, est « chrétien », khristianin (Rosaxof).

Ce peuple aurait-il réellement sombré dans l'athéisme? Explication par trop scolastique. Le socialisme, le maximalisme, sur le sol russe, ont accusé rapidement les proportions et le caractère d'une immense hérésie religieuse. Le peuple s'est jeté dans la révolution avec toutes ses extases et toutes ses frénésies de sectaire. A passer de l'autocratie à la république léniniste, sa mentalité est restée immuable : psychologie de convulsionnaire byzantin qui ne connaît pas de milieu, de « médiocrité dorée », de pondération classique : psychologie d'ancien serf étrangère à la conception latine de liberté et de tolérance. La révolution est-elle autre chose que le tsarisme orthodoxe à rebours, le peuple esclave devenu Tsar, devenu Dieu ? Et comme, au christianisme, des natures passives d'Orient ont surtout emprunté le culte de la souffrance, le peuple érigé en potentat se flagelle, le peuple déifié s'expose aux crachats et s'enfonce les pointes de sa couronne d'épines dans les tempes. Le peuple russe se livre aux bourreaux et se proclame le roi de la terre promise. Que l'on parcoure les poésies des Pindares maximalistes, d'Ivanof-Razoumnik et de Beloi : « Un tourbillon enflammé a traversé la Russie, il porte en lui les semences printanières, il se précipite à l'Ouest, il bouleverse le monde... Crucifiée par l'ennemi, la révolution ressuscitera, elle est éternelle et immuable ; elle est l'absolu... »

Le maximalisme russe est une folie religieuse, et de là sa puissance : il sanctifie tous les crimes.

Les décrets suppriment Dieu, les décrets suppriment la patrie...

RKPUBLIOUF FÉDÉRATIVE DES SOVETS

Le début diplomatique de Trotzky, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, a été de forcer les tiroirs du ministère et de livrer à la Pravda les pièces secrètes et les télégrammes chiffrés que la criminelle négligence du gouvernement déchu a laissés au « Pont aux Chantres ». Ce reportage sensationnel amorcé, Trotzky, ancien journaliste, et même collaborateur congédié d'une feuille libérale, le Den, Trotzk}^ aborda les affaires courantes : dénonciation des alliances, annulations des emprunts- lettres impertinentes à l'ambassadeur d'Angleterre, entrée en relations directes avec les Empires centraux.

Quoi de plus logique? Huit mois de fermentation zimmerwaldienne, huit mois d'efforts pour condamner au silence l'instinct de l'histoire, ne pouvaient donner naissance qu'à la plus brutale, à la plus complète des négations. L'écrasante majorité des socialistes russes n'a jamais su dégager les intérêts perrnanents de la patrie de leurs expressions politiques accidentelles. Tsérételli n'avait -il pas condamné les traités secrets, les correspondances confidentielles, les procédés de la diplomatie bourgeoise? Skobelef avait parlé de rencontrer même le « diable » — alias Scheidemann — à Stockholm, et le Pré-parlement, à la suprême convulsion oratoire de Kerensky, s'était borné à exiger^la cessation de la guerre. Que l'on se rapporte à la propagande des grands coupables, des pères spirituels du maxima- Hsme : tout s'explique alors, et tout s'enchaîne : le déballage par Trotzky des fonds de panier diplomatiques, les négociations avec l'ennemi, la campagne en faveur de l'armistice. L'honneur du pays, l'inviolabilité de sa signature : autant de préjugés bourgeois. Il n'y a pas de pays, il n'y a que des classes, et la classe victorieuse ne peut se considérer comme successeur de

la classe ennemie. L'histoire commence le 25 octobre 1917 : c'est l'an I de la révolution mondiale, une brisure nette avec le passé, une rupture de continuité sans appel. Toujours le même principe de la table rase : le prolétariat ignore aussi bien les traditions politiques que les intérêts nationaux : tout est subordonné à ce but fondamental : le développement des conquêtes révolutionnaires. « N'est pas socialiste, déclare textuellement Lénine, celui qui refuse, pour assurer la victoire sur la bourgeoisie, de souscrire à la nécessité des pertes territoriales et des défaites. N'est pas socialiste celui qui ne sait sacrifier la patrie pour le triomphe de la révolution sodale. » Le défaitisme russe atteint, sous le régime de Lénine, au point culminant de sa monstrueuse éclosion.

Artisans de coups d'État et agents de propagande, les ambassadeurs maximalistes n'auront plus pour mission de représenter la Russie et de veiller à ses intérêts. L'idée première de Lénine est d'entretenir des envoyés rouges seulement auprès des démocraties ouvrières : relations de classe à classe, en dehors des gouvernements et du protocole, l'ébauche, en pleine Europe impérialiste, de l'Internationale des communards. Chaque jour la Pravda annonce en manchettes démesurées que l'incendie révolutionnaire avait éclaté en Allemagne et même dans les Indes : de l'expansion extérieure de ses doctrines, la politique de Lénine tire sa base et sa seule justification. La Russie entière est jetée sur une carte. La révolution mondiale excuse, cependant, jusqu'aux pires défections à ses propres principes. Les diplomates de la Russie maximaliste ont -ils connu une autre Allemagne que celle des conquérants, des socialistes officiels et des espions avérés? Mais Lénine ne s'embarrasse guère de ces contradic-

tions. Il affirme solennellement le droit de conclure un pacte provisoire avec l'Impérialisme allemand si les intérêts de la révolution l'exigent.

Démagogie grossière pour consommation intérieure. Quelques jours seulement avant le coup d'État d'octobre, les représentants du groupe de Liebknecht ont pu se rendre au Danemark pour prévenir, en toute sincérité, les délégués extrémistes russes qu'une révolution en Allemagne était chose impossible ; mais qu'importait cet avertissement à des sectaires? L'expérience a beau être désespérée, on la tente quand même ; on fait une vertu démocratique de la trahison, l'État se glorifie de devenir escroc, une grande puissance s'honore de sa fourberie, la patrie est prostituée en ce qu'elle a de plus pur : son prestige moral ; la Russie se classe elle-même comme une nation pestiférée au ban de la famille internationale. La révolution russe a les mains rouges d'avoir abandonné ses alliés et livré au couteau les petites nations. Jamais crime plus grand n'a été commis au nom de la liberté.

Déchéance à l'extérieur, émiettement à l'intérieur.

Un des premiers décrets de Lénine concède à toutes les nationalités, à toutes les régions, la faculté de disposer de leur sort. Le séparatisme est encouragé : la patrie supprimée, est-il permis d'insister sur le maintien de l'unité du pays? Déjà, sous le gouvernement provisoire, on voit tous les régionalistes turbulents se ranger du côté du maximalisme dont ils escomptent les promesses et les faiblesses, mais, dès le lendemain du coup d'État d'octobre, en Esthonie, en Finlande, en Ukraine, au Caucase, les tendances

séparatistes se heurtent à la propagande révolutionnaire, profondément unificatrice, du pouvoir central. Le maximalisme reprend d'une main ce qu'il accorde de Tautre. Il consacre toutes les libertés, mais à la condition qu'elles soient des libertés maximalistes. Doctrine internationale, il tend naturellement à catéchiser et à convertir, à sovétiser la Russie entière. Il a tous les caractères d'une religion d'Etat qu'un pouvoir théocratique impose par la force. Et ce qui contribue au succès de cette expansion, c'est que le maximalisme s'est emparé du cerveau, du fo3'er intellectuel de l'organisme russe : de la grande Russie. Des centres auront beau surgir dans les régions limitrophes, des patriotes s'user en efforts héroïques dans les villes lointaines, Petrograd et Moscou continueront, malgré leur démence, à exercer une irrésistible séduction politique sur les masses. Et cette attirance même de la folie grand-russienne est une preuve combien l'unité de la Russie est une nécessité historique.

Mais, principe d'intégration et de nivellement, le maximalisme porte en lui les germes de discorde, de tuerie fratricide et de morcellement territorial. Ses applications sont inséparables de la guerre civile. La lutte de classes, poursuivie à coups de décrets et de fusillade en Grande -Russie, devient, dans les régions limitrophes, une formidable mêlée sanglante. Petrograd mobilisera contre toutes les populations à tendances bourgeoises comme les Tatares, contre les populations privilégiées comme les Cosaques, contre les petits propriétaires ruraux de Sibérie et d'L^kraine, hostiles aux socialisations agraires des pa3'sans grandsrussiens qui sont moins des propriétaires que' des fermiers. Et cette lutte sera d'autant plus implacable qu'elle se doublera, pour les maximalistes, d'une véri-

table guerre d'annexions, la Grande-Russie privée de sucre, de charbon et de naphte, menacée par la famine, lancée à la conquête de la terre noire plantureuse du Sud et des riches charbonnages du bassin du Donetz. Au point de vue économique, les inextricables péripéties des conflits intérieurs se réduisent à l'offensive du socialisme affamé contre les greniers bourgeois. Au point de vue politique, c'est une ruée aussi impérialiste que possible à l'hégémonie, toutes les régions de la Russie dissociées soulevées par l'âpre ambition de redevenir la clef de voûte du futur édifice. Kief, Novotcherkask, même Helsingfors (i) brigueront tour à tour le grand premier rôle. Une vingtaine de fronts remplaceront le front véritable devenu silencieux : il y aura des déclarations de guerre en bonne et due forme entre gouvernements nés d'hier, des opérations militaires de grande envergure, des états-majors et des communiqués ; jamais la Russie n'aura plus combattu qu'au moment de ses fraternisations avec l'Allemagne ; jamais plus de sang n'aura coulé que sous les auspices de Zimm.erwaldt.

On publiera plus tard des volumes pour décrire l'indicible chaos d'un pays en état de guerre a\'ec luimême, mais il suffira, ici, de dégager les linéaments essentiels des événements encore mal connus, souvent contradictoires et toujours d'une complexité inouïe. Pendant près de quatre mois, il n'\" eut qu'une seule espérance et qu'une seule illusion : les Cosaques. La dictature maximaliste paraissait tolérable : n'étaitelle pas un cauchemar provisoire, ne voyait-on pas déjà à l'horizon s'estomper, dans une forêt de piques,

(i) Le général IMannerheim demandera plus tard de marcher à la tête des « blancs » sur Petrngrad.

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des silhouettes menaçantes sur des ambliers hirsutes? La bourgeoisie russe a gaspillé son temps à scruter l'espace mort, à interroger le lointain vide : elle a été une seconde sœur Anne, moins heureuse que celle de Barbe-Bleue. Les Cosaques ne vinrent pas. Ils ne vinrent pas malgré toutes leurs promesses, malgré les cris de guerre claironnants, malgré l'immense cliquetis d'armes dont ils remplirent le sud de la Russie. Écœurés de la dernière équipée de Kerensky, les régiments cosaques abandonnent Petrograd et se concentrent dans le Don. Le « Don calme », le « Don serein », comme le veut l'épithète consacrée par la poésie des légendes, enfle ses vagues et menace de sortir de son lit. Les congrès cosaques débordent d'éloquence épique. « Lénine nous a déclaré la guerre, annonce Aguéef, président du congrès de Novotcherkask. L'ennemi est à nos portes. Le dilemme est très simple : il s'agit, pour les Cosaques, d'être ou de ne plus être. » A l'unanimité le congrès vote la nécessité d'écraser les maximalistes ; les compromis sont rejetés : les Cosaques combattront aussi bien l'indépendance de l'Ukraine que le régime de Lénine ; un gouvernement devra se fonder à Novotcherkask en étroite communion d'idées avec les comités bourgeois de Moscou : un seul but paraît admissible : devenir maîtres de la situation, maîtres de la Russie. N'y a-t-il pas déjà au Don cinq mille Cosaques aguerris et autant ^d'officiers et d'aspirants? La première collision avec la tourbe maximaliste de Rostof justifie toutes les espérances : douze mille soldats déploient le drapeau blanc et déposent les armes, la garde rouge s'enfuit à l'apparition d'une patrouille cosaque. Et, comme le vieux Taras Boulba, le héros d'un conte immortel de Gogol, les Cosaques pouvaient s'écrier : ff II y a encore

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de la poudre dans les poches des Cosaques, le sabre cosaque coupe encore... »

Le général Kalédine, ataman élu, le chef incontesté du Don, est naturellement porté à la tête de l'épopée qui fermente. Sa compétence est reconnue jusqu'à Tzaritzine, jusqu'à \'oronège, d'où des télégrammes affolés demandent des troupes contre la domination maximaliste. Un vaste organisme politique s'ébauche, depuis l'Oural à la mer Noire : « l'Union des peuples des steppes et des peuples montagnards du Caucase, des Cosaques du Don, de Kouban, de Terek, d'Astrakhan, de l'Oural et d'Orenbourg. » La région du Don est proclamée en état de siège. Les régiments d'infanterie sont disloqués. Aux armes s'ajoutent les renforts de la guerre économique : le blé et le charbon, tous les convois à destination de Moscou sont arrêtés, le blocus décidé contre le maximalisme : c'est la guerre. « Le Don, dit le général Kalédine, travaille ainsi pour la Russie, » Le Don, aux yeux de tous les patriotes, devient le noyau de la Russie nouvelle.

Novotcherkask, petite ville paisible, s'improvise, malgré elle, en capitale, en rendez-vous de tous les irréconciliables et de tous les mécontents. Les célébrités de la Douma et celles de l'état-major s'y coudoient chaque jour plus nombreuses : Milioukof, Rodzianko, le général Alexéef arrivé en civil, le général Kornilof évadé de prison. Des centaines d'officiers débarquent habillés en soldats pour prêcher la guerre sainte. De vieux généraux aux poitrines chamarrées encombrent les appartements de Kalédine. Le Don « bougeait », le Don allait foncer au galop de ses sotnias contre la Russie rouge... Suprême et douloureuse déception. Sous le brouhaha des discours et le bruit d'éperons, toujours la même absence d'unité, chez les

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Cosaques comme ailleurs, les mêmes hésitations, la même maladie de la volonté, les effets du même poison.

La mobilisation générale laisse entrevoir une scission profonde, les vieux Cosaques encore saturés de traditions, les jeunes gagnés déjà en grand nombre aux idées extrémistes, et presque toujours indécis devant l'appel à l'action. Convoqué en janvier, le Kroiig (i) cosaque témoigne d'une indéniable décomposition politique : le prolétariat du Don s'abstient d'envoyer des représentants, manifeste une injurieuse méfiance envers Kalédine et demande des Sovets. Ce lamentable spectacle arrache des hurlements de triomphe à la presse de Petrograd et l'offensive maximaliste se déclanche contre le Don. Et, dans l'histoire d'une révolution où les lâchetés et les défaillances ne se comptent pas, rien n'est aussi pitoyable peut-être que la défection des régiments où la Russie avait mis son espérance dernière. A Taganrog, les Cosaques refusent de combattre, à Rostof, ils refusent d'obtempérer aux ordres et abandonnent officiers et aspirants à une tuerie inutile. Les trahisons se succèdent. Le 27^ régiment passe aux maximalistes au lieu d'opérer sa jonction avec le détachement victorieux de volontaires sous le commandement de Tchernetzof . Le détachement est battu, Tchernetzof est tué. Incapable de survivre à ses désillusions, Kalédine se suicide (16 février).

L'un après l'autre, les régiments cosaques jurent fidélité au devoir sur les dépouilles de leur chef. Mais c'est trop tard. Les hordes maximalistes font irruption à Rostof et à Novotcherkask, et les vengeances commencent dans une atmosphère de folie. En chaque

(i) Krous,, cercle en russe, congrès cosaque.

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passant, on soupçonne un officier déguisé, et le soupçon suffit : l'exécution est immédiate ; six cents victimes tombent sous les balles ; Nazarof, successeur de Kalédine, est massacré : parmi les otages, des jeunes filles, des enfants de dix ans sont traînés vers les prisons. A Kief, c'est la même victoire et la même débauche de terreur : quatre jours de bombardement, huit jours de combats dans les rues, la population privée d'eau, d'éclaii"age, de pain, environ deux mille officiers tués, Kief traitée en ville rebelle, taxée d'une contribution de 47 millions, la Rada en fuite à Jitomir, les aspirations séparatistes impitoyablement réprimées. Le début du mois de février marque le point culminant des succès maximalistes, la sanglante apothéose de la guerre civile.

La Russie entière grince des dents, se déchire, s'entre-dévore. Il ne reste plus qu'à rassembler des épaves, à tenter de limiter l'incendie. Le général Kornilof , à la tête d'un détachement de Cosaques et de Kalmouks, se replie sur les gouvernements d'Astrakhan et de Stavropol ; le général Alexéef se retranche dans la région de Kouban ; d'autres figures de chefs, destinées peut-être à jouer un rôle dans l'œuvre immense de la reconstitution russe, apparaissent dans l'Oural et en Sibérie : le colonel Doutof, le colonel Semenof. Les derniers débris de raison, les derniers restes de santé se réfugient à la périphérie de l'immense organisme russe, secoué par le délire du meurtre.

Jamais, aux heures de ses ambitions les plus débordantes, le pangermanisme n'a osé entrevoir les résultats obtenus par la révolution maximaliste. Des échelons fratricides encombrent les rails, se cherchent' à travers le réseau des voies ferrées. Non seulement des répubhques nouvelles — une poussière d'États indé-

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pendants — mais des associations professionnelles, des comités locaux, des Sovets aux noms barbares où se complaît la manie des abréviatifs révolutionnaires, les Vikjel, les Roumtcherod, les Iskossol, les Tzentrohalt (i), se disputent les lambeaux du pouvoir et dépècent une terre ensanglantée. Les légions polonaises s'emparent de Moguilef, des villes entières — Vladicaucase, Grozny — flambent comme des feux de joie ; en Crimée les Tatares chassent les Russes ; des bandes d'inconnus armés parcourent le pays, massacrent et volent ; et les navires de guerre, transformés en corsaires, bombardent les ports et lèvent des rançons.

Dans l'œuvre de destruction, entreprise par les maximalistes, il y a comme une grimace apocalyptique, les soubresauts d'une colère démoniaque. Partout des villes dévastées, des champs stériles, des foyers de vie paralysée, des malheurs que l'Écriture associe à l'apparition des signes étranges dans le ciel, le Sud soulevé contre le Nord, l'Est contre l'Ouest, front contre front, classe contre classe, le pays émietté, harcelé, ramené — dernière analogie avec la Moscovie d'autrefois — à la ténébreuse époque de sa gestation historique, à l'état de proie disputée par l'anarchie, l'ennemi extérieur et les fantômes des Tsars revenants.

(i) Abréviatifs pour désigner l'Union des cheminots, le Sovet du front roumain, de la mer Noire et d'Odessa, celui du front du Nord, e Comité de la flotte Baltique.

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