‹ Au pays de la démence rouge;Chapitre 36 sur 72 · LA RUSSIE DE BREST-LI TO VSK 3S · texte numérisé non relu

LA RUSSIE DE BREST-LI TO VSK 3S

la flotte est la propriété commune de la république fédérative, les équipages, pour sauver les navires, proclament la plus rigoureuse des neutralités. Le iS avril ils envoient à Berlin, à Vienne, même à Constantinople et à Sofia, des télégrammes de protestation contre l'apparition des sous-marins allemands à proximité de Sébastopol. ]\Iais ces appels désespérés demeurent sans réponse. L'escadre aux abois et la garnison décident alors la lutte à outrance, et des bataillons maximalistes se portent fiévreusement à la rencontre des Allemands. Dégarnie de troupes révolutionnaires, la ville tombe entre les mains de la Rada locale qui se résigne à sacrifier Sébastopol : c'est le désarroi et la panique. Pressé par les équipages de partir, l'amiral Sabline hésite, négocie, exige l'obéissance absolue ; des matelots détériorent les sousmarins condamnés à l'immobilité par l'absence de naphte ; et la formidable escadre s'ébranle, la nuit, sous le feu de l'ennemi, précédée " de son vaisseau amiral qui arbore les couleurs jaune et bl'eu de l'Ukraine, tandis qu'au mât d'un torpilleur on déchiffre comme un verdict de l'histoire dans les signaux nocturnes : '^ Honte aux traîtres de la mer Noire. » Au même moment le premier détachement allemand faisait son entrée dans la ville ; et, trois jours plus tard, les aigres stridences des fifres prussiens retentissaient en l'i^vnneur de l'arrivée du Gœben.

Le Gœben à Sébastopol après le mirage du Bosphore...

Il y a en\'iron un an, conduits par les illuminés et ks bavards du premier Sovet, quelques régiments renversaient M. Milioukof coupable d'avoir voulu assurer à la Russie le libre usage des Dardanelles. Leurs vaux à cette heure sont exaucés. Le traité de Brest-Litovsk

n'implique même pas la nécessité de restaurer le régime des Détroits, en vigueur avant la guerre, et les négociations avec la Turquie soumettent les navires russes à toutes les tracasseries de l'arbitraire ottoman. Zimmerwaldt peut exulter. La Russie a perdu plus qu'une espérance, plus qu'un rêve historique, symbolisé par ces icônes que l'on montrait aux diplomates étrangers, sous Catherine II, dans des carrosses ouvragés à destination de Byzance...

Et toujours, entre la Baltique et la mer Noire, le parallélisme se poursuit, implacable. Après l'occupation de Riga et de ses bastions — Dago, Oesel et Mohn, — le rideau s'est levé sur le dernier acte de la tragédie baltique : le suprême encerclement par la Finlande. Le drapeau finnois clapote à côté des couleurs allemandes sur la forteresse de Sveaborg, où l'ancien régime avait enfoui des milliards, sur la citadelle de Vyborg, dont tous les stratèges russes exigeaient l'incorporation au gouvernement de Petrograd, sur le fort Ino, ce dernier et frêle bastion qui défendait l'accès de la capitale par la mer. Et, pour étouffer définitivement le colosse agonisant, lui fermer toutes les issues sur le large vivifiant et libre, des incursions de garde blanche s'aventurent dans la baie de Petchenga, d'où l'Allemagne pourrait contrôler les communications arctiques, et jusqu'à la ligne de Mourman, misérable bronche de poitrinaire par laquelle un peu d'air salin pénètre encore en Russie. D'opprimée, comme l'Ukraine, la Finlande devient l'oppresseur. Et, pour mieux assouvir leurs rancunes, des impérialistes finnois ne dissimulent pas, dans la presse, l'aspiration d'occuper sinon tout Petrograd, du moins le quartier de Vyborg, sur la rive droite de la Neva, à deux heures de Beloostrof, où campe la garde

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