‹ Au pays de la démence rouge;Chapitre 35 sur 72 · LA RUSSIE DE B REST-L I TO VS K · texte numérisé non relu

LA RUSSIE DE B REST-L I TO VS K

en 1886, qu'il est possible de retrouver les pronostics de la gigantesque exécution à laquelle, dès cette époque, la Russie était condamnée par contumace. « Le colosse russe, écrivait ce prophète impérialiste, doit être réduit à ses frontières naturelles par la perte non seulement de la Pologne, de la Finlande, de l'Ukraine, des gouvernements baltiques, mais aussi de la Nouvelle-Russie, du Caucase et de l'Arménie russe. » A cette même époque, le Berliner Tagehlatt prévoyait, en cas de conflagration générale, l'éventualité d'une offensive sur Moscou et sur Odessa.

Ni la signature de la paix, ni sa ratification n'empêchent les trgupes austro-allemandes de réadiser, au sud de la Russie, le vieux plan de l'État-Major de Berlin. Tout d'abord, dans les milieux maximalistes, on commence par supposer que l'invasion allemande déferlera jusqu'aux frontières revendiquées par l'Ukraine — neuf gouvernements russes, les plus riches, les plus florissants, Kief, Volhynie, Poltava, Tchernigof (moins quatre districts du Nord), Bessarabie, Kherson, Tauride (moins la Crimée), Ekaterinoslaw, Charkof, — mais bientôt, devant l'avance méthodique de l'ennemi, il devient évident que c'est l'occupation militaire, elle-même, qui fixera les limites de 1' « Ukraine intégrale )>. Aux protestations de Petrograd, une note de M. de Kuhlmann répond par l'impossibilité de limiter les hostilités aux frontières ethnographiques de la Petite-Russie, tant que les hordes maximalistes constituent une menace permanente d'incursions et de troubles. Pour la première fois dans l'histoire, l'état de guerre continue de fait, alors que l'état de paix existe de droit : les journaux publient des communiqués en même temps qu'ils annoncent l'arrivée de M. de Mirbach, comme ambassadeur à Moscou ; pour

avoir aboli la diplomatie secrète de l'ancien régime, le maximalisme a créé un type de guerre inédit : la guerre secrète. Et ce n'est pas en vain qu'au début du traité, les parties contractantes s'abstinrent, contrairement à toutes les traditions, d'invoquer la protection divine.

A travers l'Ukraine inféodée, ravalée au rang d'un truchement de l'Allemagne, la pieuvre allemande étend ses tentacules sur le gouvernement de Koursk, sur la Nouvelle-Russie et sur son port — le troisième par son importance de tous les ports russes^ — Odessa, la clef de l'Ukraine et de la mer Noire ; enfin sur la perle de la Couronne de Russie, de l'orient le plus riche, la Crimée, avec Sébastopol, où les restes d'une magnifique escadre essuient l'affront d'être gardés à vue par des croiseurs turcs délabrés. En l'honneur de la « patrie allemande », l'Ukraine est transformée en puissance maritime. En dehors de quelques ports médiocres de la région du Don et peut-être de Kouban, la côte tout entière, depuis Odessa, par où l'Allemagne pompera le blé petit-russien, jusqu'à Marioupol, est condamnée à devenir l'apanage de ces machines de guerre inventées à Berlin : la république de Kief et, à son défaut, la république de Crimée. La perte de Batoum achève l'encerclement maritime et fait de la mer Noire un lac turco-allemand.

A l'exemple de la flotte baltique, l'escadre de Sébastopol est obligée de s'enfuir, de chercher un refuge dans la rade de Novorossisk. Et les derniers jours, qui avaient précédé sa retraite, n'ont cédé en rien par leur intensité dramatique au corps-à-corps des cuirassés avec la glace, dans les eaux du Nord. Convaincus que

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