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II. — La Russie colonie allemande

Au printemps de l'année 19 14, lorsque, sur un mot d'ordre de la Wilhelmstrasse, la presse allemande tout entière se lançait à corps perdu dans une violente campagne contre la Russie, on disait déjà couramment à Petrograd, dans les milieux compétents, que l'Allemagne préférerait plutôt la guerre à l'expiration de son traité de commerce de 1904.

Ces affirmations n'avaient rien d'hyperbolique.

Arraché au gouvernement du Tsar sous la pression d'une guerre malheureuse, le traité de 1904, bien avant Brest-Litovsk, faisait déjà de la Russie un embryon de colonie allemande. Tout son mécanisme, porté aujourd'hui à la perfection, consistait à conférer à l'Allemagne un double privilège : monopole d'expor-

tation des matières premières, monopole d'importation des produits manufacturés, la Russie abaissée au rôle de fournisseur et de client également dociles, forcée d'envoyer ses richesses à l'étranger à bon compte et de payer très cher la camelote de son voisin. En pleine paix, le commis voyageur allemand ébauchait l'annexion de la Russie, la grugeait et l'isolait ; le capital allemand pénétrait partout ; l'intermédiaire allemand accaparait jusqu'aux échanges de la Russie avec l'Angleterre et avec la France. Néanmoins, protégée par les tarifs douaniers, l'industrie russe réussissait à progresser quand même, malgré tous les efforts de l'Allemagne pour en paralyser la jeune vitalité.

La guerre a paru pour toujours libérer l'industrie de son carcan germanique. La liquidation des entreprises ennemies, leur transfert obligatoire entre les mains des sujets russes, mettaient fin aux influences allemandes. Au point de vue économique comme au point de vue international, la guerre promettait d'être une guerre libératrice. La fermeture des frontières, l'absence d'un concurrent remuant et perfide, la mobilisation de l'industrie amenèrent la création de branches de production nouvelles, en mesure de répondre aux besoins nationaux sur le marché national. Un système de tarifs autonomes, mis à l'étude, devait assurer la permanence des résultats obtenus. Les voies maritimes du Sud allaient s'ouvrir et remplacer la clientèle agraire allemande par la clientèle mondiale. Affranchie d'une tutelle onéreuse, la Russie prenait enfin conscience de ses richesses, de ses forces productives, de toutes les possibilités d'épanouissement économique. Le traité de Brest-Litovsk a précipité la chute de ces rêves et de ces espérances. Amputée

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