LA RUSSIE DE BREST-L 1 TO VSK 3S
de ses provinces les plus florissantes, ligotée par des conventions usuraires, la Russie n'est plus qu'une dépendance commerciale de l'Allemagne, l'esclave muette de toutes ses fantaisies douanières. A la place d'un État souverain, s'étale un immense hinterland amorphe où des moujiks faméliques épuiseront les réserves de blé, de minerai, de bois, pour échanger leurs pauvres roubles dépréciés contre l'article de Berlin en ersatz escamoté.
Pourrait-il en être autrement?
Sur les 19 833 entreprises (i) industrielles que compta la Russie, conformxément aux statistiques d'avant la guerre, 7 142 entreprises, soit- environ 40 pour 100, se trouvent dans les régions annexées par l'Allemagne et les terres de la Pologne indépendante. Un trait de plume a privé la Russie de 600000 ouvriers qualifiés et d'un rendement de I 220 000 000 de roubles sur 4 580 000 000. De toutes les régions de la Russie, les habitants des gouvernements baltiques venaient en première ligne avec une production de 130 roubles par tête. Les ablations de Brest-Litovsk marquent, au passif de la Russie, les pertes suivantes : industrie chimique, 63,2 pour 100 ; papier, 57,8 pour 16O ; fonte et travaux métalliques, 50,5 pour 100 ; lainages, 51,2 pour 100 ; tissus mixtes, 61 pour 100 ; bétail, 41 pour 100 ; substances minérales, 37,7 pour 100 ; bois, 36 pour 100 ; lin, 32,6 pour 100 j industrie cotonnière, 2,4 pour 100. Dans la hiérarchie
(i) Voir les articles documentés de M. Ziv dans le Den et dans la Retch.
des districts miniers, la Pologne occupait le troisième rang pour les minerais et les charbonnages ; le rendement de la Dombrowa atteignait à peu près un quart de la production charbonnière totale. Et ce sinistre bilan peut s'aggraver encore dans l'hypothèse d'une union douanière de l'Allemagne avec l'Ukraine, la mainmise définitive des industriels westphaliens sur les usines méridionales et le charbon du Donetz, qui alimente les quatre cinquièmes de l'industrie russe. Après la perte du Sud, la métallurgie russe ne conserve qu'un cinquième de la production de fer, deux tiers de sa production de cuivre, un tiers de sa production de zinc. Le pétrole lui-même est menacé par l'avance des hordes turques vers Bakou et l'eftroyable incendie des chantiers de Grozny, sans compter que les aspirations ukrainiennes sur la région de Tzaritzine risquent d'entraver le transport du naphte caucasien par la Volga et que l'occupation de Batoum aliène entre les mains de l'ennemi le monopole de la navigation maritime.
Ce qui reste de l'outillage industriel, après le démembrement de la Russie — les centres de Petrograd, de Moscou, de l'Oural, — est vaincu d'avance dans la lutte contre la concurrence allemande. De tout temps, pour se développer, l'industrie russe avait besoin d'une protection continue et persévérante de l'État. C'était une plante de serre, fragile, artificielle, qui exigeait des soins infinis, un jardinage délicat, une sollicitude presque amoureuse. Or, après l'armée, l'industrie fut la première victime du socialisme russe. Les revendications effrénées de la main-d'œuvre, les sauvages déformations du marxisme, la paresse consacrée comme une vertu démocratique et la haine de toute supériorité bourgeoise comme un dogme révolutionnaire, le sabotage et le vandalisme des