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lants n'en ont pas. Les catholiques possèdent aussi cinq écoles, mais avec 1,500 enfants. Ils ont fondé, de plus, deux écoles supérieures : Tune pour les fT[arçons, Spalding Institute, dirigée par les Frères de Marie, ceux qu'en France on a chassés de Stanislas; et une autre pour les filles, Notre-Dame du Sacré-Cœur, dirigée par vingt religieuses appartenant, elles aussi, à un ordre fondé en France, les Sœurs de Saint-Joseph, qui ont maintenant une maison-mère à Saint-Louis. On ne peut faire un pas dans le centre des États-Unis sans y trouver les traces d'un bienfait de notre pays. Ce furent des explorateurs et des missionnaires français qui jadis y portèrent la foi et la liberté. Elles y ont prospéré; elles y sont accueillantes et consolatrices.
La bibliothèque de Péoria n'a pas les royales allures de celles que j'ai admirées à Boston et à Chicago, ce qui n'empêche qu'avec son extérieur grave elle me plaît encore plus que les autres, car elle n'est pas due à la munificence de quelque roi de l'acier ou du pétrole, mais aux contributions méritoires de chaque citoyen, à la générosité spontanée d'un peuple avide de s'instruire. Les bibliothécaires ont dû calculer, épargner, aller en tout aux économies, administrer en pères de famille; ils ont dû tenir des réunions, rendre des comptes, recourir aux souscriptions privées, faire approuver des électeurs quelques subventions municipales. Il leur a fallu procéder lentement (je parle d'une lenteur américaine) et mettre vingt années à se procurer une collection de 337 périodiques et de 90,000 volumes. Le directeur de la bibliothèque semble confus de nous donner de tels chiffres, pourtant respectables. Il ajoute immédiatement c|u'on a de la place pou. 250,000 volumes dans le bâtiment actuel, et qu'on possède le terrain tout à coté pour en loger le double quand ce sera nécessaire.
Or, ces ouvrages sont consultés, puisque, dans le dernier exercice, on a prêté à domicile 132,760 volumes d'agrément et 50,140 volumes d'instruction, sans parler du nombre toujours très grand, surtout le soir, après le travail, des personnes qui viennent lire sur place. Pour celles-là, toute la formalité consiste à prendre elles-mêmes, sur les rayons où ils se trouvent, les livres qu^elles désirent. Néanmoins, les ouvrages qui seraient dangereux ou inutiles au plus grand nombre sont logés à part et communiqués seulement sur demande. Les livres laissés à la disposition des enfants sont aussi l'objet d'un contrôle spécial.
A part ces sages précautions, la bibliothèque de Péoria ne connaît pour ainsi dire aucun règlement, chacun y faisant ses recherches et son choix comme s'il était chez lui. Les nouveautés, par exemple, avant d'être rangées en leur ordre, sont laissées quelque temps à la portée du public, afin qu'il puisse s'en rendre compte, les manier, les lire, et prendre ainsi plus d'intérêt aux études. « Nous ne voulons pas, était-il dit dans le rapport de 1897, qu'on sente à la bibliothèque la moindre contrainte ou discipline, mais qu'on y respire l'air du home. Nous nous en rapportons au bon sens et aux bonnes manières du public. » Et cette année, après avoir rappelé les mêmes principes de confiance et de libéralisme, le directeur ajoute : « Nous continuerons à les appliquer et à les étendre. Quelques-uns semblaient craindre qu'en laissant tout à fait libre l'accès des volumes on s'exposât à en perdre un grand nombre par suite de vols ou de négligences. L'expérience a prouvé que les pertes résultant de cette facilité sont extrêmement rares et qu'elles sont plus que compensées par le bénéfice intellectuel qu'en tire le public, n VA c'est bien un trait caractéristique des pays de liberté, que de ne pas gêner l'usage légitime pour préve-
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nir l'abus. Sacrifier l'avantage des meilleurs ou des plus capables aux précautions qu'on croit devoir prendre en faveur des sots ou contre les malhonnêtes gens est une conception qui n'est pas près d'entrer dans l'esprit des Américains, même pour la petite part qu'elle renferme de justesse. Avant que je quitte la bibliothèque, le directeur, un homme fort instruit et qui a beaucoup voyagé, me conte comme une bien bonne histoire ce qui lui arriva à Paris, après une séance de travail à la Bibliothèque nationale : « Comme je sortais, dit-il, emportant sous le bras un livre qui m'appartenait, croiriez-vous, cher Monsieur, que Ton m'obligea de demander pour cela un laissez-passer? "Et je le crus en effet.
Sur le même plan que les écoles et la bibliothèque, nous devons encore mentionner V Association scientifique y instituée à Péoria en 1875, « pour accroître les connaissances scientifiques parmi ses membres et éveiller un esprit de recherche scientifique dans le peuple » . Dès sa fondation, elle a créé un musée, qui se développe rapidement, et elle a organisé des conférences presque toujours gratuites, où elle appelle des savants de tout le pays. Jamais les cours ne manquent d'auditeurs. Toutes les bonnes volontés concourent cà cette œuvre éducatrice, et il ne viendrait à personne l'idée de s'y opposer, ou d'en faire une arme contre une foi quelconque.
La même largeur de vues préside aux relations des deux sociétés musicales, de la Ligue artistique, des deux clubs pour hommes et du club des femmes. Ce dernier ne compte pas moins de quatre cents membres, qui se réunissent, non point chaque soir et de façon à supprimer la vie de famille, comme l'imagineraient des esprits malveillants, mais toutes les fois qu'il est nécessaire pour promouvoir les quelques grandes fins qu'elles se sont proposées : amélioration du home; éducation; culture
littéraire, musicale et artistique; science sociale; protection des femmes et des enfants. En même temps qu'à ces associations communes, chacun peut appartenir aux nombreux groupements que, pour tous les âges et tous les besoins, ont fondés les diverses confessions religieuses.
Un mot maintenant des œuvres d'assistance. Bien que l'organisation sociale fonctionne à souhait et que le travail ne manque à personne, il reste à soulager les misères qui résultent directement de la maladie, de l'âge, de la mort et de l'inconduite. La ville possède un bon hôpital de deux cents lits. Mgr Spalding en a fondé, sous la direction de religieuses allemandes, un de même étendue et plus beau encore. Les diaconesses méthodistes en dirigent un autre, plus petit; et une femme médecin soigne les malades gratuitement dans un institut électropathique. Les Petites Sœurs des pauvres reçoivent les vieillards à Saint- Joseph' s Home, et des dotations laïques soutiennent un établissement semblable. Un orphelinat municipal donne l'enseignement industriel aux jeunes filles abandonnées. Les sœurs de Saint-François élèvent des orphelins dans une grande ferme qui appartient à l'évêque, et il est facile, quand ils sont formés, de trouver des familles rurales qui les adoptent; on n'a jamais trop de bras dans des campagnes prospères. Nous reconnaissons là la pensée qui entraîna jadis Mgr Spalding et Mgr Ireland à fonder dans le Nébraska et le Minnesota des colonies agricoles d'Irlandais : religieusement et socialement, elles ont toutes réussi, et elles auraient donné de très larges résultats si quelquii's hommes à courte vue ne s'étaient opposés à ce mouvement, sous prétexte qu'en éloignant les catholiques des paroisses urbaines on mettait en danger leur persévérance.
Les sœurs du Bon-Pasteur, appelées aussi par Mgr Spalding, poursuivent à Péoria cette œuvre de relèvement
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moral où, plus que nulle part ailleurs, se manifeste l'esprit miséricordieux de l'Evangile et qui fait en Amérique l'admiration constante des protestants, suscitant même chez eux — il est doux de le noter — quelques généreuses émulations. « Cette institution religieuse, a dit le président Roosevelt à propos de l'établissement qu'elles ont à Albany, est sous la direction d'une croyance qui n'est pas la mienne ; mais peu de choses m'ont donné plus de plaisir que de signer un bill accroissant son pouvoir et son utilité. »
En visitant le refuge du Bon-Pasteur, spécialement cher au cœur paternel de Mgr Spalding, je m'aperçois une fois de plus des bons rapports qui existent entre l'Eglise et le pouvoir civil : u Eh bien, ma sœur, dit l'évêque à la directrice, vous allez commencer les canalisations tant souhaitées. — Mais, Monseigneur, vous n'en pouvez payer qu'un tiers? — J'ai obtenu que la municipalité fît le reste. " Ai-je besoin d'ajouter qu'en Amérique de telles communautés, au lieu d'être grevées d'impôts surérogatoires, en sont tout à fait exemptes?
Et puisque je touche à ces questions, je dois dire que, s'il n'existe rien aux Etats-Unis qui ressemble au budget des cultes, cependant l'Etat subventionne un certain nombre de fonctions religieuses qu'il regarde comme service public, telles que les aumôneries de l'armée, de la marine, des écoles militaires. Dans je ne sais plus quel établissement de cet ordre, établi au diocèse de Péoria, le nombre des catholiques a récemment paru à Mgr Spalding s'élever assez haut pour qu'il soit raisonnable d'y attacher un prêtre. Ce fut précisément le soir de mon arrivée qu'il prit cette décision avec son auxiliaire (1) : «Faites les dénaarches,
(1) Le 21 septembre 1900. Mgr O'Reilly, vicaire général de Mgr Spalding et curé de la paroisse Saint-I'alrik à Péoria, a reçu le caractère cpiscopal, sans cesser, au rosle, de remplir avec la
lui dit-il, pour obtenir un traitement de huit cents dollars. Cela ne souffrira pas de difficulté. S'il s'en élève, par hasard, dites-le moi, et j'écrirai au Président. » Les deux évéques décidèrent, au reste, trois ou quatre affaires de même importance, entre autres la création d'une nouvelle paroisse et la nomination de son titulaire, pendant les dix premières minutes que nous passâmes au salon après le diner. Ensuite, on parla d'autre chose. La séance du conseil était terminée.
Partout, dans l'Église comme dans l'État et dans le peu de rapports qu'ils ont entre eux, les affaires se règlent avec cette absence de solennité et de complications. Tout marche le plus simplement possible. Chacun laisse aux autres toute l'initiative compatible avec le bon ordre, et les autorités civiles ou religieuses ne semblent jamais si satisfaites que lorsque les subordonnés savent se diriger eux-mêmes. « C'est votre faute, disait en un synode Mgr Spalding aux membres de son clergé, c'est votre faute si chacun de vous n'est pas évêque dans sa paroisse. » Et le clergé de Péoria, usant du principe sans en abuser, développe partout les fondations avec un zèle que l'évéque n'a d'autre souci que d'encourager et d'aider. Depuis vingt-six ans d'épiscopat, il ne s'est pas élevé un seul conflit entre lui et ses prêtres. Ce fut une désolation parmi eux lorsqu'en 1902, l'archevêché de Chicago étant devenu vacant, on apprit que Mgr Spalding était présenté en tête des deux listes soumises à Rome, l'une par les prêlres du diocèse, l'autre par les évêques de la province. Lui-même, du reste, et ses meilleurs amis avaient grand'peur qu'on
même simplicité ses deux précédentes fonctions. Notons, à propos de simplicité, que, si l'on en juge par le Catholic Directory, plusieurs évêques américains, comme Mgr Irdand et Mgr Spalding, ont négligé de prendre des armes. Mgr Mac Quaid en a qui soni ornées de cette devise : Salus aniinarum lex suprema.