‹ Au pays de "La vie intense."Chapitre 11 sur 47 · LME PETITE VILLE ET UN GRAMD ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

LME PETITE VILLE ET UN GRAMD ÉVÊQUE

États-Unis qui répondait le mieux à cet idéal : a mun ofprominence eminent as a sociolorjisl (1).

Le cardinal Perraud ne se trompait donc pas lorsque, dans une lettre au traducteur d^Opporlunilé, après avoir loué " les pensées très originales, inspirées par une foi très vive » , qu'on rencontre dans ce livre a et dont plusieurs peuvent nous suggérer d'utiles résolutions n , il ajoutait que « l'évèquede Péoria parait appelé par la Providence à exercer une grande influence sur la marche ascendante du catholicisme dans son pays » .

En dehors de cet arbitrage qui fut tant remarqué, les preuves deviennent toujours plus nombreuses du prestige moral dont il jouit auprès des intelligences d'élite, soit dans le catholicisme, où ce sont les plus éclairés qui l'admirent le plus, soit en dehors même de l'Église et notamment dans les grandes universités, qui adoptent ses oiivrages, qui l'invitent à parler dans leurs jours de fête et qui tiennent à se l'attacher par la collation honoraire de leurs premiers grades. Lorsqu'à New-York, il y a quelques années, l'aimable et savant doyen de la Faculté des lettres à l'Université de Paris était fait, solennellement, docteur de Cohimbia, son attention fut vivement excitée par les égards que tout le monde témoignait à un évèque appelé au même honneur que lui : c'était Mgr Spalding. Et j'ai rarement entendu un homme en louer un autre avec autant de chaleur que l'a fait, dans l'entrevue qu'il voulut bien m'accorder, le président Uoosevelt, parlant de l'évêque de Péoria.

A l'atmosphère de clarté intellectuelle et de paix morale

(1) Report to tlie Président on tfie Anthracite Coal strike o/ mni^-oclofjer 1D02. \\'asbin<^toa, (lovernnieut prinîing oftice, in-8'',

iyu;i, p. 11.

qu'on respire dans rintimité de cette grande âme, correspond extérieurement, durant tout mon séjour à Péoria, une étonnante sérénité de lumière et de douce température. L'automne est décidément une saison exquise dans le centre des Etats-Unis, et je n'ai rien vu, pas même dans la Brianza, qui dépasse Texcellence de ce radieux soleil, de cet air sec et pur, de ces journées tièdes et de ces nuits fraîches. Nous en jouissons avec délices tandis que nous parcourons chaque matin, en voiture, les boulevards et les environs. Quel charme de suivre, en devisant sur la marche du progrès, les routt-s à peine défrichées des parcs immenses et encore sauvages que la municipalité a nouvellement reçus en don! (l'est de la nature primitive, et c'est de la pensée humaine. On pose des lampes électiiques dans des coins de forêt vierge. Sous ces grands arbres, les Indiens chassaient il y a un demi-siècle; aujourd'hui, le peuple le plus laborieux du monde, le plus avancé peutêtre, y vient chaque dimanche prendre son repos.

Et quelle vue du haut de ces collines! A nos pieds, la cité énergique et jolie, avec sans doute les panaches fumeux de ses distilleries et de ses fabriques, mais aussi avec ses clochers, ses tours, ses villas, ses jardins, et si coquettement assise au long de sa belle rivière élargie en lac! On comprend qu'une ville soit née là et que d'héroïques Français, missionnaires comme le Père Marquette, explorateurs comme ce grand La Salle, s'y soient, il y a deux siècles, arrêtés avec complaisance; on comprend que, malgré ses malheurs, la colonie ait persévéré et que, plusieurs fois détruite par les Indiens ou les guerres entre blancs, elle ait fini par s'assurer l'avenir. Aujourd'hui, Péoria, qui ne compte pas plus de soixante mille habitants, est riche entre toutes les villes par son industrie. Ses distilleries, ses fabriques de glucose et ses autres usines, pour peu étendues quelles soient, paient à l'Etat des revenus qui ne

VNE PETITE VILLE ET U M GKAXD ÉVÈOUK Kl

le cèdent qu'à ceux du district de New-York. O"«torze lignes de chemins de fer traveri^nt la ville ou y aboutissent, et le traGc sur l'Illinois, déjà important, va singulièrement s'étendre lorsque seront achevés les travaux de canalisation qui doivent relier Chicago au Mississipi. Bientôt passeront ici les navires de fort tonnage qui feront le service des grands lacs du Nord au golfe du Mexique.

Péoria n'est pas occupée que de soins matériels. L'art et le goût se révèlent dans quelques édifices publics , et particulièrement dans la cathédrale. Klle est relativement petite, comme en général les églises aux États-Unis; on aimera mieux, dès qu'elles seront insuffisantes, en bâtir d'autres un peu plus loin, que de s'exposer, pour les avoir faites trop grandes, à y voir des espaces vides. L'intérieur en est d'un parfait ogival, et les flèches de ses deux tours sont de l'effet le plus gracieux. Quand on pense qu'il y a soixante ans un missionnaire venait ici dire la messe dans une chambre, devant neuf ou dix personnes, une fois toutes les six semaines! La ville possède aujourd'hui 9 églises, et le diocèse en compte 217, avec 186 prêtres et 123,500 fidèles, bien qu'il ne soit érigé que depuis vingt-cinq ans, Mgr Spalding en étant le premier évèque. L'annuaire d'oii j'extrais ces chiffres en donne d'autres qui méritent aussi d'être remarqués : décès, 1,190; baptêmes, 3,647; mariages, 962. Presque autant de mariages que de morts, et trois fois plus de baptêmes. Il ne faut donc pas dire qu'en Amérique le catholicisme augmente seulement par l'immigration.

Mais cette encourageante statistique nous a détournés de la question d'art. Où les habitants de Péoria donnent peut-être la meilleure preuve de leur goût, c'est dans leur souci de faire ressembler le plus possible à des allées de parc les rues qui s'éloignent, en tous sens, du quartier des affaires et qui se répandent jusqu'au milieu de la cain-

pagne en se fondant avec elle imperceptiblement. Nous avons déjà constaté que c'est là un des caractères typiques de la ville américaine, et nous avons parlé aussi de la beauté habituelle des « résidences « ou demeures privées. Il me semble qu'ici — singulier reproche, n'est-ce pas? — on se préoccupe par trop de l'architecture et l'on oublie un peu les règles du confort. Quelle peut être cette manie de style archaïque, égyptien, je pense, qui fait construire des porches, des fenêtres, des galeries, avec des voûtes si surbaissées que l'air et la lumière n'y auront presque pas d'accès? J'aime mieux les imitations, qu*on trouve dans les autres villes, de la colonnade grecque, des loggie italiennes, surtout des cottages anglais.

Le grand luxe, à Péoria comme ailleurs, est pour ce qui favorise l'éducation du peuple. Quelques détails sur ce que fait, en cette matière, une ville d'étendue moyenne et, du reste, oubliée par les mécènes milliardaires, montrera mieux que des dissertations le besoin de s'instruire et de s'élever qui travaille l'àme américaine.

Les revenus et les impôts de la municipalité vont pour moitié à l'œuvre d'enseignement. Chaque quartier possède des écoles primaires publiques, grammar schooh, qui sont de petits palais, pratiques et confortables à la perfection. Une business sckool, fondée par des particuliers, mais entretenue par la ville, donne l'enseignement commercial, tant la journée que le soir, à environ quatre cents jeunes gens et jeunes filles. Un institut polytechnique, où l'on professe les sciences et prépare aux divers métiers, est dû à la générosité d'une femme éclairée, Mrs Lydie Bradley. Les luthériens ont bâti cinq écoles primaires, où ils élèvent 250 enfants; les autres protes-

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