I -Mgr Lecot, qui devint plus tard cardinal
sur Ozanam. Vous verrez, en la lisant, que vos grands hommes sont bien connus et appréciés au Canada. — Vous êtes, me dit-il, un admirateur d'Ozanam. Eh bien, venez dîner avec moi demain soir chez sa fille, Mme Laporte, et là vous rencontrerez Mme veuve Ozanam elle-même. — Mais je n'ai jamais été présenté encore à cette famille... — Soyez tranquille; j'irai vous prendre à votre hôtel, et vous introduirai moi-même. »
A l'heure convenue, le docteur arrive, et je me rends avec lui à la magnifique résidence de M. Laporte \ près du boulevard Saint-Germain.
Quelle belle famille j'ai rencontrée là ! Que de personnes aimables et distinguées ! M. Laporte et sa femme, fille du grand Ozanam, dont les traits rappellent beaucoup, dit-on, ceux de son père, une personne sympathique comme lui ; leur fils Frédéric, qui vient de terminer avec succès ses études à l'Ecole polytechnique, et qui n'a pas hérité seulement du prénom de son grand'père maternel, mais aussi de sa modestie et de ses grandes qualités d'esprit et de cœur ; plusieurs de ses jeunes amis, ses émules dans la vertu et le travail ; le docteur Récamier et son excellente épouse ; le père du doc-
I M. Laporte appartient à la magistrature de Paris.
teur, un homme aussi modeste qu'intelligent et instruit, un des directeurs du Correspondant^ un ami et un admirateur de Mgr Dupanloup, qu'il a personnellement connu ; enfin Mme veuve Frédéric Ozanam, que la lecture des lettres de son mari nous a depuis longtemps appris à vénérer et à aimer.
Que de fois la maison d'Ozanam a reçu la visite de ces hommes de bien et de haute valeur, de ces vaillants champions des libertés et des droits de l'Eglise : les Lacordaire, les Foisset, les Montalembert, les Ampère, les Champagny, les Falloux, les Dupanloup et tant d'autres !
Nous avons causé de ces hommes et des choses du passé, beaucoup plus que des tristesses du temps présent. L'espérance est la vertu qui réconforte toutes les bonnes familles françaises, où se conservent, comme un précieux héritage, les grandes traditions de l'honneur, de la foi et du patriotisme.
Nous avons causé longtemps, surtout, d'Augustin Cochin, que Mme Ozanam et Mme Laporte ont très bien connu. Quelle âme d'élite et quel grand cœur! Cet homme ne connaissait ni la haine, ni la jalousie ; son cœur était fermé à la passion de l'égoïsme, qui souille tant de mémoires. C'était la charité
même, cette charité douce et affable, qui ne désespère jamais des hommes à cause de leurs faiblesses, mais compte toujours sur ce qu'ils ont de bon avec la grâce de Dieu. Sa piété était de celles qui ne rebutent jamais ; il savait faire aimer la religion.
Augustin Cochin était un grand orateur ^, un écrivain distingué, une intelligence hors ligne ; mais ils restera surtout dans la mémoire des hommes comme le type de l'homme d'honneur et du chrétien accompli 2.
Mme Ozanam a bien voulu, en souvenir de ma visite, me faire hommage d'un exemplaire des lettres de son mari, avec son autographe^.
1 « Sa parole persuasive, pleine d'ampleur et d'élévation. » (Emile OUivier, dans la Revue des Detix-Mondes du 1er juin 1906, p. 587).
2 Voir dans la Revue Canadienne , livraison de décembre 1875, mon article sur Augustin Cochin. Ces quelques pages me valurent l'honneur d'une très belle lettre de ]\I. le comte de Falloux, qui avait publié la biographie de Cochin dans le Correspondant .
3 Elle est décédée à Paris dans l'automne de 1894.
Paris, 2 juillet 1891.
La journée d'hier, au grand séminaire d'Issy, fera époque dans les annales de Saint-Sulpice. Il y a probablement longtemps, M. le Princi. pal, qu'on n'avait vu pareil mouvement et scène relativement aussi profane sur l'ancien domaine de Marguerite de Valois.
On avait invité M. Mercier à donner une conférence aux élèves, puis à déjeûner avec la Communauté.
Il se rendit de bonne heure à Issy, accompagné de M. Fabre, de plusieurs Canadiens présents à Paris, et de quelques Français spécialement invités par les messieurs de Saint- Sulpice, entr'autres M. Rameau, avec qui j'eus le plaisir de faire le voyage :
((Voyez-vous, me dit-il, en arrivant à Issy, ce vieux pavillon, si vénérable, si modeste, à côté de ces immenses bâtiments modernes? C'est tout ce qui reste de l'ancien Château; et l'on est en train de le démolir. ...»
Il avait des larmes dans la voix, cet excellent archéologue.
Hélas ! le courant des exigences modernes emporte tout sur son passage ; et les fils de M. Olier eux-mêmes, si attachés pourtant aux traditions, sont bien obligés quelquefois de lui céder un peu. La part des traditions conservées reste d'ailleurs encore bien respectable.
Nous allons présenter nos hommages au vénérable supérieur, M. Icard. Sa chambre est tout ce qu'il y a de plus simple : ses vieux meubles et son pavé en brique me rappellent tout à fait ce que j'ai vu à Montréal.
M. Icard n'est pas seulement la dignité sacerdotale personnifiée, il est la bonté même : il a toujours sur les lèvres un sourire aimable et des paroles obligeantes. C'est le père du clergé de Paris, disons mieux, de toute la France ^^
L'heure de la séance est arrivée. Nous traversons de longs corridors, des pièces nombreuses, et arrivons à la grande salle des exercices.
Il y a là des centaines d'ecclésiastiques. Ceâ élèves du sanctuaire viennent de toutes les parties de la France, et même beaucoup des