‹ Au pays de Mgr de LavalChapitre 29 sur 33 · m. Icard est décédé il y a quelques années · texte numérisé non relu

m. Icard est décédé il y a quelques années

Etats-Unis d'Amérique. Plusieurs prêtres du clergé de Paris et des environs sont aussi venus grossir les rangs de ce jeune auditoire.

Une petite estrade se dresse au bout de la salle. M. Mercier y monte. Puis M. Bieil récite le Veni sancte. C'est comme le prélude d'un exercice spirituel.

Spirituelle et vraiment religieuse, en effet, a été d'un bout à l'autre la conférence du premier ministre de Qiiébec. Elle sera publiée 5ans doute dans le Paris-Canada^ où vous la lirez avec plaisir ^

C'est en quelques mots le résumé de l'œuvre des sulpiciens à Montréal. J'en cite seulement deux ou trois petits passages :

« L<a joie que j'éprouve aujourd'hui, dit en commençant M. Mercier, en me trouvant dans cette vénérable maison de Saint-Sulpice, est celle du fils de famille dans la maison paternelle. Les sulpiciens ne sont pas, en effet, des étrangers pour nous. Canadiens : ce sont nos pères dans la foi ; et votre Congrégation peut avec raison nous adresser ces paroles du grand Apôtre : « Je vous ai engendrés par l'évangile » ^.

1 Voir le Paris-Canada du ii juillet 1891.

2 I. Cor., IV, 15.

Il rend ensuite un juste hommage aux travaux apostoliques de M. Olier \ de M. de Queylus et de ses compagnons, au zèle de Marguerite Bourgeois et de Jeanne Mance, qui fut si bien secondé par les messieurs de Saint- Sulpice, au dévouement de M. Soiiard, de M. de Fénelon 2, de M. Rémy pour l'instruction de la jeunesse canadienne. Il raconte la fondation de la ville de Montréal, et celle du Col. lège, qui eut lieu plus tard. Il fait allusion aux riches propriétés qui furent données aux sulpiciens pour l'accomplis.sement de leur œuvre ; puis il ajoute :

« Grâce à leur sagesse et à leur prudence,

1 Voici, d'après un auteur, ce que saint François de Sales aurait dit à la mère de M. Olier, encore enfant : « Dieu prépare en la personne de ce bon enfant un grand serviteur en son Eglise. » {/■-/■ Olier, par G. -M. de Fruges, p. 9.) Les évêques de France écrivaient un jour au sujet de ]M. Olier au pape Benoit XIII : i< Cet excellent prêtre, la gloire et l'ornement de notre clergé. ... Le séminaire de Saint- Sulpice lui doit son origine. . . . C'est de ce séminaire, comme d'une citadelle de la religion, que sort une multitude innombrable de prélats et d'ecclésiastiques de tout rang, puissants en paroles et en œuvres, fermes dans la foi, fondés et enracinés dans la charité, et préparés à toutes sortes de bonnes œuvres. » (Cité par M. Icard, dans ses Observations sur quelques

pages d'une Histoire de V Eglise relatives à la Cie de Saint-Sulpice. Paris, 1886) .

2 Frère consanguin de l'illustre archevêque de Cambrai. Ses démêlés avec Frontenac sont un des épisodes les plus curieux de l'histoire de l'Eglise du Canada. {Henri de Bernières, p. 213.)

vos messieurs ont traversé heureusement les époques les plus orageuses de notre histoire ; et tandis que bien des fortunes ont sombré au milieu des écueils, eux ont pu conserver la possession, d'ailleurs si légitime, de leurs biens, possession dans laquelle, je l'espère, ils ne seront jamais troublés.

« Le clergé a besoin de ressources abondantes pour faire honneur à sa position et pour accomplir les œuvres nombreuses que réclame tous les jours son saint ministère. Notre clergé canadien, grâce à Dieu, et les messieurs de Saint-Sulpice, en particulier, ont toujours employé pour le plus grand bien du pays les ressources dont ils ont pu disposer.

« Quelle reconnaissance le pays ne doit-il pas aux sulpiciens, qui, plus que personne, ont appris aux Canadiens à rester Catholiques et Français ! Quelle reconnaissance ne doit-il pas aux sulpiciens, qui, depuis plus de deux siècles, se dévouent avec tant de zèle à procurer le bien des âmes M II y a des années que je les

I l3ans une brochure in-4° de 39 pages en style lapidaire, publiée à Rome à l'occasion des fêtes de Mgr de Laval, Fasti Canadiensiuni, 1535-1908, Gesta Det per Francos in Nova Galliâ, on donne un juste tribut d'éloges aux travaux des Récollets et des Jésuites. J'aurais aimé y trouver mention de l'œuvre des Sulpiciens, qui ont bien fait leur part dans l'établissement de la Vigne du Seigneur au Canada.

vois à l'œuvre dans cette grande ville de Montréal où réside ma famille et oii j'aime à aller me reposer aussi souvent que possible des labeurs de la politique; et toujours j'ai admiré leur grand zèle pour la prédication, pour la visite des malades, pour tout ce qui intéresse le culte religieux.

« Les prêtres du Séminaire de Montréal sont l'honneur de l'Église du Canada. Leur grand mérite est reconnu, je le sais, par les protestants eux-mêmes, au milieu desquels nous sommes obligés de vivre, et avec lesquels ils ont toujours été dans les meilleurs rapports.

« J'aime aussi à rendre témoignage aux bonnes relations qu'ils ont toujours su entrenir avec les autorités civiles et politiques de la colonie. C'est une chose remarquable, que n'importe à quelle époque de notre histoire, fût-ce la plus troublée et la plus orageuse, les sulpiciens ne se sont jamais trouvés en conflit avec qui que ce soit. Ils ont toujours été fidèles aux traditions de sagesse et de prudence que leur a léguées leur saint fondateur. »

Il termine sa conférence par ces paroles sympathiques:

:( Soyez convaincus, messieurs, que la visite que j'ai le bonheur de faire aujourd'hui au Séminaire d'Issy et la réception cordiale qui

m'y est faite seront un des plus précieux souvenirs que je remporterai de tout mon voyage en France. Ce souvenir m'attachera encore davantage à votre belle et sainte Congrégation, pour laquelle j'ai toujours professé le plus grand respect, et que j'ai toujours associée dans mon esprit aux meilleures et aux plus pures gloires du Canada. » '

Le discours de M. Mercier, rempli de faits et d'éloges bien mérités, avait cependant été si court, que tout le monde désirait entendre encore l'orateur. M. Bieil l'invita alors à parler des ressources et de l'avenir du Canada: ce qu'il fit durant près d'une heure avec une verve et un entrain qui soulevèrent à maintes reprises des tonnerres d'applaudissements.

La séance, commencée par le Veni sancte^ se termine par le Sîib iuum.

A onze heures et demie précises, tout le monde est rendu au réfectoire, et l'on se met à table.

M. Icard préside, et récite le grand Bénédicité.

A sa droite est placé M. Mercier, et à sa gauche M. Fabre. Vis-à-vis M. Icard se trouve M. Bieil : M. Rameau est à sa droite ; je suis à sa gauche.

Rien ne sera changé aux antiques traditions

de Saint-Sulpice : le repas commencera par la lecture d'un passage de l'ancien Testament. On reprendra ensuite, au lieu oii elle a été interrompue la veille, la lecture du livre qu'on lit habituellement au réfectoire; et, après ce juste hommage rendu à un usage séculaire, M. Icard donne Deo gratias.

Le repas terminé, le silence est de nouveau requis, par le traditionnel coup de marteau ; et ce n'est qu'après la lecture du Martyrologe du jour que M. Mercier peut se lever, et demander à M. le Supérieur la permission d'adresser quelques paroles pour le remercier encore de la cordiale réception qui lui est faite, et exprimer la reconnaissance dont son cœur est rempli pour la vénérable maison de Saint-Sulpice.

Il offre ensuite une médaille d'or à l'élève le plus méritant du Séminaire, au jugement des supérieurs.

« La personne la plus méritante et la plus vénérée de notre maison, s'écrie M. Bieil, c'est notre supérieur ! »

Et tout le monde de ratifier ce jugement si spontané, et d'acclamer M. Icard. La médaille d'or lui est adjugée.

On récite alors la grande -çr'ihrç. post praiidnim ; puis, à la suite de M. le Supérieur,

tout le monde se rend à l'Oratoire, qui s'élève dans le jardin, pour y faire quelques minutes d'adoration devant le saint Sacrement.

Le temps est délicieux, la chaleur très supportable, à l'ombre des grands arbres et au milieu des bosquets du jardin. Tout nous invite à nous y promener un peu.

Mais les jeunes gens ne perdent pas de vue M. Mercier ; ils ne s'éloignent pas ; ils se pressent autour de lui et de M. Icard. Le premier ministre est en verve. Mille souvenirs de collège se présentent à son esprit, et il demande la permission d'en raconter quelquesuns.

Jamais je n'ai vu élèves de grand séminaire rire de meilleur cœur et laisser déborder une joie plus exubérante. La gaieté est communicative ; et, dans ce milieu oh. ne régnent d'ordinaire que des plaisirs sévères, j'ai vu l'hilarité devenir générale, et la gravité ellemême de plusieurs vénérables sulpiciens succomber.

N'oublions pas cependant le café qui nous attend là-bas, au parloir, dans la petite futaille traditionnelle : nous aurions bien tort, car il est aussi bon à Issy qu'à Montréal.

L'après-midi était déjà avancée, lorsqu'il

nous fallut, bien à regret, prendre congé des MM. de Saint-Sulpice, et nous éloigner de leur beau domaine d'Issy . . .

XXI i

Paris, dimanche, 5 juillet 1891.

Vous connaissez les Trappistes de Bellefontaine ^, qui ont fondé il y a quelques années un monastère à Oka, près du lac des Deux-Montagnes. Le gouvernement de Québec apprécie tellement les services rendus par ces religieux à la colonisation et à la cause agricole, qu'il leur a proposé d'établir une autre maison de leur ordre dans la région du lac Saint-Jean.

Le R. P. Jean-Marie, abbé de Bellefontaine, ayant prié M. Mercier d'aller faire une visite à son monastère, celui-ci accepta l'invitation, et nous proposa, M. Fabre, l'abbé de Teil et son frère, M. Dandurand ^ et moi, de l'accompagner, ce qui fut accepté avec plaisir.

Il n'y a pas de ligne directe de Paris à Bellefontaine. Il faut changer de train plusieurs

1 Extrait du Paris-Canada.

2 La Trappe de Bellefontaine est dans le département de Maine-et-Loire, arrondissement de Cholet.

3 Aujourd'hui membre du Sénat canadien, dout il a été président de 1905 à 1908.

fois et procéder par étapes : de Paris à Tours, de Tours à Angers, d'Angers à la Possonnière, de la Possonnière à Cholet. Mais la Compagnie d'Orléans eut la gracieuseté de mettre à la disposition de M. Mercier et de ses compagnons de voyage un wagon spécial où nous restâmes tout le trajet.

De Cholet ^ à Bellefontaine, il y a trois lieues à faire en voiture : ce qui nous permit de faire connaissance avec la Vendée. Dans ce pays accidenté, pas un pli de terrain, pas un ravin, pas un bosquet qui n'ait sa légende royaliste.

Partout sur notre passage, les habitants de Cholet et des hameaux voisins sortent à la porte de leurs demeures, et nous saluent d'un air souriant.

Les populations, ici, sont encore foncièrement catholiques, les familles nombreuses, les mœurs excellentes. Le luxe y est inconnu ; le costume des femmes, surtout, a conservé la bonne simplicité d'autrefois.

Il y a quelques années, le gouvernement voulut appliquer à la Trappe de Bellefontaine les fameux décrets Jules Ferry, et expulser les

I Cholet, petite ville de 15,000 âmes, est le pays natal du vénérable M. Rousselot, qui fut longtemps curé de Notre-Dame et de Saint-Jacques de Montréal.

religieux. Tout le peuple accourut à l'entrée du monastère pour protester contre cet acte odieux. Les nobles de l'endroit, entre autres le marquis de Villoutray, et Pévêque d'Angers lui-même, Mgr Freppel, se rangèrent parmi les Trappistes, pour partager leur sort. Il fallut que le gouvernement procédât à main armée et fît une brèche dans le mur d'enceinte du monastère. Les religieux et leurs amis furent expulsés les uns après les autres. Le gouvernement triomphait ....

Depuis lors, l'opinion publique a triomphé à son tour. Les décrets subsistent, mais les Trappistes sont rentrés paisiblement chez eux. Ils avaient été cinq semaines en exil.

Nous arrivâmes à Bellefontaine hier matin, sur les huit heures. Le temps était frais ; la journée s'annonçait radieuse.

Les cloches du monastère sonnent à toutes volées, et réveillent les échos d'alentour.

Le Père abbé, avec deux ou trois de ses assistants, attend M. Mercier près de la grande porte, et lui fait l'accueil le plus gracieux.

Je descends de voiture, et jette un regard autour de moi : une magnifique église romane en pierre, avec une flèche élancée et une abside flanquée de sept absidioles, une grande hôtellerie pour les pèlerins, toute neuve, toute pim-

pante ; une vieille maison, bien modeste et bien pauvre, qu'habitent les religieux ; tout autour, de grands jardins, de belles terrasses, de nombreuses dépendances : le tout enfermé dans un mur d'enceinte ; et par delà, de vastes champs de blé, des bocages, des vignes, des pâturages, de nombreux troupeaux : voilà Bellefontaine ; voilà le théâtre oii les Trappistes s'acquittent de deux fonctions indispensables à l'homme ici-bas : prier et travailler.

L'abbé de Bellefontaine invite M. Mercier à se rendre à l'église où l'attendent tous les Pères et les Frères de la communauté. La réception qui lui est faite est très imposante et presque semblable à celle des évêques en visite pastorale. Il paraît que c'est ainsi que l'on recevait autrefois tous les pèlerins, en signe de respect pour Notre-Seigneur, qui a voulu, dans l'évangile, s'identifier, pour ainsi dire, avec ceux qui demandent et reçoivent l'hospitalité — hospes eram^ et colle^istis me ^. Aujourd'hui, la chose ne se pratique plus que rarement, et seulement pour de hautes autorités ecclésiastiques ou civiles.

Tout le monde se met en procession ; et

I Matth., XXV, 35. «J'ai eu besoin de logement, et vous m'avez logé. »

pendant que le cortège défile et se rend au chœur, on chante avec accompagnement d'harmonium les versets si suaves et si touchants du psaume: Ecce quatii bonum et quant jucundum habitare fratres in unum ^. Le Père abbé entonne quelques versets et chante une oraison, puis donne la bénédiction du saint Sacrement, et la cérémonie est terminée. Chacun sort alors de l'église pour aller déjeûner au monastère, tandis que l'abbé de Teil et moi nous préparons à célébrer la sainte messe.

A l'hôtellerie, le Père abbé souhaite la bienvenue au premier ministre, le remercie de sa visite et lui exprime sa reconnaissance pour la protection qu'il accorde à ses frères au Canada. La réponse de M. Mercier est courte, mais éloqente :

« Mon révérend Père, dit-il, je suis profondément touché de l'accueil que vous me faites aujourd'hui. Ces hommages, je ne les mérite certainement pas ; mais je les accepte avec reconnaissance parce qu'ils s'adressent à mon pays, que je représente.

« En acceptant l'invitation que vous m'avez faite de venir vous visiter à Bellefontaine, j'ai voulu vous exprimer notre gratitude pour les

I Ps. 132.

services que vous nous rendez au Canada. Votre monastère d'Oka est en effet pour nos cultivateurs une grande école de progrès, de travail et d'industrie. Vous ne vous contentez pas de leur apprendre à être de bons chrétiens et de bons citoyens, mais vous leur montrez par votre exemple à marcher toujours de l'avant dans la voie du progrès, à ne rien négliger pour sortir de la routine et pour améliorer le sol que la Providence leur a donné.

« Merci donc pour tout le bien que votre communauté a déjà fait au Canada. Puisse la mission d'Oka continuer de prospérer ! Qu'elle s'étende, qu'elle se dilate, pour son propre avantage et pour le bien du district de Montréal où elle se trouve !

« Mais, laissez-moi vous le dire, mon révérend Père, ma joie et ma reconnaissance ne seront complètes que lorsque vous aurez étendu votre influence à un autre district, et que vous aurez accepté la proposition que nous vous avons faite d'établir une autre mission, au lac Saint- Jean.

« Nous avons besoin de vous dans cette partie si intéressante du Canada. Nous avons besoin d'une communauté de Trappistes qui enseigne à nos populations les bienfaits du travail, de l'économie, le respect des lois, de

la justice, de l'autorité, l'amour et la pratique de toutes les vertus qui font les bons citoyens.

« Venez donc le plus tôt possible profiter des avantages que nous vous avons faits. Rien n'égale la fertilité du sol qui vous attend . . . Le domaine que nous vous avons réservé est sur les rives du grand lac Saint- Jean. Il renferme une petite île oii vous ferez une retraite délicieuse pour ceux de vos religieux que la maladie ou les infirmités réduisent au repos.

« Vous avez fait allusion, en effet, à quelques-uns de vos Pères que la maladie a obligés de revenir du Canada en France. Laissezmoi espérer qu'ils se rétabliront promptement, que la Providence donnera de nouvelles recrues au monastère de Bellefontaine, et que de vos sages délibérations sortira la résolution généreuse et bien arrêtée d'accepter la proposition du gouvernement canadien et de vous établir au lac Saint-Jean.

« Soyez assuré, mon révérend Père, que le jour oii vous prendrez cette résolution sera pour le Canada un jour de joie. Nous vous accueillerons avec toute la cordialité possible. Vous y recevrez la faveur et la protection dugouvernement. Comptez non seulement sur notre estime et notre sympathie, mais aussi

sur notre concours et sur l'influence dont nous pouvons disposer.

<< Merci, encore une fois, de la réception si touchante que vous me faites aujourd'hui ainsi qu'à mes compagnons. »

Ce discours terminé, les uns font la visite du monastère et de ses dépendances, les autres, moins pratiques, s'amusent à folâtrer dans les jardins, sur les pelouses, au milieu des fleurs, sur les bords d'un étang poissonneux oîi se dessine une jolie petite île reliée à la terre ferme par un pont gracieux.

Mais voilà que la cloche de l'église nous invite à assister à la grand'messe qui va se chanter. Nous y allons tous. Elle est courte,, mais pieuse, et les cérémonies se font d'une manière parfaite. On chante tout simplement la messe de la sainte Vierge, et l'harmonium soutient efficacement la voix suave et pénétrante des bons religieux.

Durant la messe, sont accourus au monastère un grahd nombre d'ecclésiastiques et de citoyens distingués, de plusieurs lieues à la ronde. La Trappe de Bellefontaine est évidemment populaire.

Un dîner magnifique a été préparé dans une des grandes salles de l'hôtellerie. Nous nous

mettons à table vers une heure.

La salle est décorée des écussons du monastère de Bellefontaine, de celui d'Oka, des armes de l'abbé de Bellefontaine et de celles de Mgr Freppel, l'évêque diocésain. En face de moi se dresse, entourée de fleurs, la statue de saint Bernard, la gloire de l'ordre Cistercien, dont relèvent les Trappistes, et au-dessus j'aperçois «ne peinture à l'huile représentant le Christ ■en croix, qui me semble une copie parfaite -du chef-d'œuvre que nous avons dans la basilique de Québec.

Le repas est excellent ; mais pas de viandes : plusieurs espèces de poissons, des œufs apprêtés de différentes manières, des légumes, des salades, beaucoup de desserts succulents.

Après le dîner, force discours : le Père abbé, M. Jules Baron et le comte de la Bouillerie, deux citoyens de l'endroit, M. Mercier, M. Fabre : tous rivalisent d'éloquence.

Mais il faut se hâter: une grande séance agricole nous attend après le repas ; et le départ pour Paris est fixé à cinq heures.

Une centaine de cultivateurs se promènent dans le jardin, et attendent avec impatience que nous sortions de table.

Enfin la séance commence, sous la présidence de M. de la Bouillerie, du syndicat agricole de l'Anjou. Il fait un long discours, suivi d'un

autre par le Père François de Sales, cellerier du monastère, puis d'un troisième par M. Mercier, qui profite de l'occasion pour faire connaître à ces braves cultivateurs angevins l'étendue, la situation et les ressources du Canada :

« Je ne vous conseille pas, dit-il en terminant, de quitter votre beau pays de France, où la nature vous a favorisés de ses dons les plus précieux. Mais si jamais vous êtes obligés de vous expatrier pour gagner votre vie, venez chez nous, venez au Canada. Vous trouverez là aussi un beau pays ; vous y trouverez des terres immenses et fertiles qui n'attendent que des bras pour être exploitées et produire des richesses abondantes ; vous y trouverez surtout des cœurs amis, des frères parlant votre langue, pratiquant votre religion : vous trouverez la France au Canada. »

La séance est levée. Il est cinq heures. Nous n'avons que le temps de dire adieu au vénérable abbé de Bellefontaine et à sa communauté. Nous montons en voiture, et filons en toute hâte vers Cholet, afin d'y prendre le train pour Paris.

Ce matin, de très bonne heure, nous sommes

à la gare d'Orléans ; et comme c'est aujourd'hui dimanche, je me rends de suite à la Madeleine pour y célébrer la sainte messe. M. Mercier m'y accompagne . . .

XXIP

Cannes, dimanche, 12 juillet 1891.

Vous connaissez le proverbe : « Tous les chemins sont bons qui mènent à Rome. » Pour y aller, j'ai pris celui des écoliers ! Au lieu de passer tout droit par le mont Cenis, j'ai préféré prendre le chemin plus long mais si pittoresque de la Corniche, qui côtoie presque toujours le littoral de la Méditerranée, et nous permet de nous arrêter un instant à Cannes, Nice, Monaco, Menton, Bordighera, etc. On s'y approvisionne d'air frais et pur, avant de pénétrer dans cette fournaise ardente, comme je me représente Rome en plein cœur d'été.

Je me suis d'abord reposé une journée à Marseille, l'antique cité des Phocéens, convertie au christianisme par Lazare, Marthe et Marie-Madeleine ^, Marcelle et Maximin, qui

1 Extrait de la Semaine Religieuse de Québec.

2 Sainte Marie-Madeleine, la patronne et la consolatrice des âmes pécheresses qui veulent sincèrement se convertir, l'amie de cœur de Jésus, dont la pénitence et les larmes ont été immortalisées par les récits évangéli-

y abordèrent, vous le savez, d'une manière si merveilleuse ^ Ces saints personnages veillent encore évidemment sur leur ville : Marseille est une des meilleures cités de la France au point de vue religieux.

La vieille cathédrale est bâtie sur le bord de la mer, à l'endroit même où sainte Marthe, à laquelle elle est dédiée, débarqua, suivant la tradition : et c'est pour cela, sans doute, que l'on a construit au même endroit, bien qu'il soit peu convenable, la nouvelle cathédrale, qui est une merveille de richesse, de grandeur et de proportions.

Le monument m'a paru un peu raide et lourd à l'extérieur ; mais l'intérieur, tout en marbre poli et de différentes couleurs, est vraiment éblouissant, presque à l'égal de Saint- Paul hors des murs, à Rome.

De l'autre côté du port, sur un rocher élevé, de forme conique, complètement aride, dénudé, sans la moindre végétation, de couleur blanchâtre comme toutes les collines qui entourent

ques, et aussi par les pages admirables que lui a consacrées L,acordaire : « Sainte Marie-Madeleine, dit-il, plane sur toute l'Eglise de Provence comme la souveraine de l'apostolat qui l'a fondée.» [Œuvres de Lacordaire, édition de 1872, t. IX, p. 412).

I Voir Bréviaire romain, à la fête de sainte Marthe» 29 juillet.

Marseille, s'élèv^e l'église de Notre-Dame de la Garde. Elle est un peu grêle, et n'a pas bonne mine. Mais c'est l'église de la « bonne Mère », comme disent les Marseillais. C'est elle qui veille sur le port de Marseille.

Il y a, à l'entrée de ce port, des fortifications vraiment dignes de ce nom. Mais la meilleure protection de Marseille, c'est la Vierge qui est honorée sur le haut de la colline : Terribilis lU castroriim actes ordinata ^.

Au pied de la colline, au fond de cette baie entourée de rochers, s'étend cette immense ville, la deuxième de la France en population. Elle est très belle, gaie et bien bâtie, coupée de larges rues, parmi lesquelles le fameux boulevard de la Cannebière, la gloire des Marseillais.

Il n'y a qu'une chose qui assombrit, à certains jours, Marseille, et toute la vallée qui avoisine l'embouchure du Rhône : c'est le « mistral ». Quand il souffle avec violence, il produit quelquefois des dégâts terribles ^.

1 « Terrible comme une armée rangée en bataille. » (Cant., VI, 3.)

2 « L,e mistral, écrit nn voyageur, n'a pas la même intensité sur tous les points de la côte. Il est redoutable dans la vallée du Rhône. Il y déracine parfois les arbres et y renverse les cheminées. C'est un véritable fléau

Lorsque je montai faire mon pèlerinage à Notre-Dame de la Garde, ce fils enragé d'Eole, sans être dans toute sa fureur, se montrait très désagréable. Il fallait se bien tenir pour ne pas être renversé ; les portes de l'église étaient clouées par le vent ; je voyais tout autour de moi, sur les toits des maisons, d'énormes cailloux qu'on y avait placés pour empêcher les tuiles de voler partout ; et je me demandais comment la grande statue de la Vierge, plantée sur la tour de l'église, pouvait résister aux attaques de ce mistral lorsqu'il devient furibond.

Bien diJEférentes sont les brises qui viennent caresser les rivages et les collines de Cannes. Ici tout est délicieux, tout est enchanteur.

L'on jouit à Cannes de ce printemps éternel rêvé par les poètes. J'ai vu cet endroit l'hiver \ et la température y était douce et charmante :

pour Avignon, Arles, Aix, Marseille et même Toulon. » [Revue des Deux-Mondes, 1895, t. IV, p. 139) .

I J'étais à Cannes au mois de janvier 1884. J'écrivais le 12 janvier dans mon journal : « Le temps est magnifique. J'écris dans ma chambre, à deux heures aprèsmidi, la fenêtre toute grande ouverte, et il fait chaud. Quel beau climat!» Le lendemain, j'étais aux îles de Lérins, et j'écrivais : « Le climat est ici splendide. Aujourd'hui, 13 janvier, les petits pois sont en fleurs, dans les jardins, ainsi que beaucoup de plantes sauvages. Je lis mon bréviaire, assis sur l'herbe, à l'ombre des pins parasols. »

les hôtels et les villas regorgeaient de touristes. Je le revois l'été ; et je ne puis comprendre le préjugé qui fait que cette plage magnifique est presque déserte en cette saison de l'année.

Du mont Chevalier, d'où je vous écris ces lignes,quel panorama superbe se déroule devant moi : le boulevard de la Croisette, sur le bord de la mer, belle promenade bordée de palmiers et de plantes tropicales ; une infinité de villas échelonnées sur le versant des collines, au milieu de jardins, de vignes et de bosquets ; à deux ou trois lieues en arrière, la petite ville de Grasse \ si renommée par ses fleurs et ses parfums ; les rives de la Méditerranée gracieusement découpées et le golfe de Juan, aux formes arrondies ; la baie de Cannes et la baie de Napoule ; puis cette vaste nappe d'azur qui s'étend à perte de vue !

La pointe de la Croisette s'avance très loin dans la mer, comme pour rejoindre deux îles charmantes qui se dressent en face de Cannes, les îles de Lérins, si intéressantes au point de vue historique et religieux.

I Siège épiscopal de l'évêque Godeau, dont le nom apparaît dans les premières négociations qui eurent lieu à Paris, en 1645, pour obtenir la nomination d'un évêque pour le Canada. Godeau était membre de l'Académie française.

L'une d'elles s'appelle l'île Sainte-Marguerite. C'est là, dans ces vastes bâtiments, dont les fondations semblent plongées dans l'eau comme celles du palais de Westminster, à Londres, que vécut longtemps dans le mystère le plus profond, — mystère qui n'a pas encore été éclairci — le fameux «Masque de fer». C'est là aussi que de nos jours fut enfermé cet autre « masque » qui s'appelait le maréchal Bazaine. Grâce à des intelligences dignes de lui, il réussit à s'échapper de cette prison, mais pour aller trouver ailleurs le sort effacé qu'il méritait ^

La seconde île de Lérins, tout-à-fait sœur de

I. Ce n'est pas le talent qui faisait défaut à Bazaine, c'est le caractère. Quelle conduite louche, mystérieuse, inexplicable, au ^Mexique, à l'égard du pauvre Maximilien ! Quelle honteuse désertion de son devoir, à Metz, en 1870 ! Faut-il avoir si peu de souci de sa réputation dans l'histoire !

I\Ietz fut assiégée par Charles-Ouint, au seizième siècle (1552-53) : (c Charles-Quint avait su intéresser à sa querelle la vanité germanique : comment laisser entre les mains des Français le duché de Lorraine et les trois évêchés : ^letz, Toul et Verdun ? N'était-ce pas terre allemande ? »

I\Iais IMetz fut alors défendue par un homme de cœur, le duc de Guise : « Guise avait 4500 hommes de pied et 620 hommes de cavalerie. Il savait que cette petite armée était composée de gens de bien, et il se résolut à s'enfermer dans la place et à la défendre jusqu'à la mort. » [Histoire anecdotique de la hraiice, par Ch. d'HéricauU, p. 318 et 319).

Quelle différence avec Bazaine !

la première comme forme et comme étendue, — elles sont toutes deux presque rondes et ont chacune un mille environ de superficie — s'appelle Saint-Honorat, du nom du célèbre moine qui y fonda un grand monastère au commencement du cinquième siècle (410).

Elle était infestée de serpents, lorsque le saint y mit les pieds pour la première fois. Mais il n'eut qu'à lever les mains au ciel, puis à les abaisser vers la terre et y faire le signe de la croix, pour conjurer ces reptiles et en délivrer le domaine que Dieu lui avait légué.

Plus tard, d'autres ennemis redoutables, les Sarrazins, vinrent s'acharner contre l'île Saint- Honorat, et infester aussi les lieux avoisinants. Cette fois, la Providence voulut que les moines se servissent des moyens naturels pour triompher de ces ennemis.

Voyez cette énorme tour, un peu délabrée, mais capable de résister encore aux injures du temps, qui s'élève à l'extrémité nord de l'île. Elle est l'œuvre des moines de Lérins. Elle correspond avec celle du mont Chevalier, d'où je vous écris, et avec cette autre que vous voyez là-bas à l'extrémité de la baie de Napoule.

Les moines de Lérins avaient toujours des gardiens au guet dans ces fortifications ; et lorsque quelque descente subite des Sarrazins

était annoncée, les secours venaient de toutes parts, on n'était jamais pris au dépourvu, et l'on faisait victorieusement face à l'ennemi.

Le monastère de Lérins était donc comme une sentinelle avancée qui sauva maintes fois de la ruine cette partie de la chrétienté.

C'était aussi pour l'Eglise un phare lumineux, une grande école de science et de vertu. Quel immense laboratoire d'études de toutes sortes, que ce monastère de Lérins ! que de grands hommes, que de saints illustres, que d'immortels pontifes cette île Saint-Honorat a donnés à l'Eglise !

C'est à un moine de l'île Saint-Honorat, saint Vincent de Lérins, que nous devons la formule classique de la tradition catholique : Id teneamus^ quod semper^ quod uhique^ quod ab 07nnibus cr édition est ^.

Aujourd'hui, ce sont des moines Cisterciens, des fils de saint Bernard, qui habitent l'île Saint-Honorat. Ils ont un grand monastère, que j'eus le plaisir de visiter il y a sept ans.

Ce monastère est entouré de jardins, qui procurent aux bons religieux la plus grande partie de leur subsistance.

I « Tenons comme vérité ce qui a été cru de tout temps, en tout lieu, et par tous. »

A la tête du couvent est un abbé mitre, qui se montra plein de bienveillance à mon égard et me fit même entrer dans une association de prières dont il est le chef.

J'ai le regret de ne pouvoir cette fois traverser à son île pour aller lui présenter mon respect. Il n'y a pas, l'été, de communication régulière entre Cannes et les îles de Lérins,

Je dois me contenter de saluer de loin cette belle île Saint-Honorat, toute couverte de sapins, de chênes et de platanes, au-dessus desquels s'élève à une grande hauteur la tour de l'église du monastère, et plus loin le Fort majestueux dont j'ai parlé tantôt.

Demain, je reprendrai tranquillement le chemin de Rome, mais non sans aller auparavant dire de nouveau la sainte messe dans l'église de Notre-Dame du Bon Voyage, où j'ai eu le bonheur de célébrer ce matin.

Il y a plusieurs églises et chapelles à Cannes; il y a surtout la vieille église paroissiale, qui couronne le mont Chevalier. Mais de toutes ces églises, la plus belle, la plus riche et la plus pieuse, c'est Notre-Dame du Bon Voyage. Elle est bâtie sur la plage même de Cannes.

Quelle heureuse idée l'on a eue d'élever ici un sanctuaire en l'honneur de Celle qui veille

sur tous ses enfants, sans doute, mais particulièrement sur ceux qui, dans les périls du voyage, ont besoin d'une protection toute spéciale ! . . .

Rome, i6 juillet 1891, Fête de N. D. du IMont-Carmel.

Eminence \ ma première visite, en arrivant hier dans la ville éternelle, a été pour la basilique de Saint-Pierre, la seconde, pour l'église de Votre Eminence.

Je n'ai pas besoin de vous dire avec quelle joie et quels sentiments d'admiration j'ai revu la colonnade et la grande place de Saint-Pierre, cette immense basilique, la gloire de la chrétienté ^, et le palais du Vatican ^, demeure vénérée du chef de l'Eglise.

Après avoir prié quelque temps devant l'autel de la Confession, j'ai fait plusieurs fois le tour de l'église, pour en contempler les merveilles ;

1 Son Eminence le card. Taschereau, archev. de Québec. Il avait été fait cardinal dans le consistoire du 7 juin

2 « Quand on a vu Saint-Pierre de Rome, écrit Lamartine, il ne faut plus rien voir. Que pourrait-on admirer après ce chef d'œuvre du génie et de la puissance de l'homme? » (Le Correspondant du 25 juillet 1908, p. 271) .

3 Nom de la colline où il est bâti, laquelle n'est pas une des sept collines, fameuses dans l'histoire, de l'ancienne Rome de Servius-TuUius. Ces sept collines sont : le Capitole, le mont Palatin, l'Aventin, le montCœlius, l'Esquilin, le Quirinal, le Viminal.

mais je n'ai pu me rassasier : je reviendrai ici souvent durant mon séjour à Rome, quelque court qu'il soit.

Il vaut mieux en effet y venir souvent que d'y rester longtemps. L'été surtout, il fait un froid mortel dans ces grandes basiliques de Rome, relativement à la chaleur extérieure.

L'église de Votre Eminence est tout près du séminaire Canadien, où je suis descendu. Votre nom et votre souvenir planent au-dessus de cette partie de Rome, fréquentée désormais et habitée par tant de jeunes ecclésiastiques canadiens 1.

I La première pierre du séminaire Canadien, fondé à Rome par les messieurs de Saint-Sulpice, fut posée le 24 février 1887. La cérémonie fut présidée par le cardinal Howard, protecteur de Saint-Sulpice : le cardinal Taschereau était présent. Voici l'inscription lapidaire qui rappelle ce mémorable événement :

Anno Chr. M D C C C L XXXVII

Die XXIV Februarii

Leone XIII pontifice Maximo

Victoria Britanniae Majoris Reginâ

Canadiensis Regionis Domina

Indiarum Impératrice

Eduardus Howard

Card. Episcopus Tusculanus

Sodalitatis Presbyterorum a S. Sulpitio Patronus

Seminario Canadiensi

Sub prsesidio et tutelâ

B. Patriarchse Joseph

Aedificando

Lapidem sacrum auspicalem

Rite posuit.

Un prêtre n'est jamais un étranger à Rome. Mais nous, prêtres canadiens, nous nous y trouvons encore bien plus «chez nous», maintenant que nous y avons le « Séminaire du Canada », où nous sommes accueillis avec tant de bienveillance, et, à quelque distance seulement, l'église du premier cardinal canadien.

J'ai été émerveillé de la beauté et de la richesse de votre église de Notre-Dame de la Victoire ^ Ses marbres sont d'un éclat éblouissant. Ses tableaux et ses œuvres de sculpture sont pour la plupart des chefs-d'œuvre.

Mais ce qui m'a causé le plus de plaisir, ça été de trouver cette église remplie de fidèles, qui y priaient avec une grande dévotion. On y terminait une neuvaine préparatoire à la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, qui secélèbre aujourd'hui ; et la piété italienne,, toujours si expansive, s'y déployait avec un abandon admirable.

D'immenses banderolles de toutes couleur^ descendaient de la voûte et se repliaient avec grâce sur les murs de la grande nef. Les lustres étincelaient de lumières.

I Cette église, bâtie en 1605 par le pape Paul V, fut agrandie et nommée Notre-Dame de la Victoire à l'occasion d'une grande victoire remportée à Prague, en 1620, par l'Autriche sur les princes protestants de l'Allemagne'

Je me présentai aux bons Pères Carmélites, qui sont chargés de la desserte de l'église, et me fis connaître comme un ecclésiastique de Québec. Ils parurent enchantés de voir un prêtre de « leur Cardinal Canadien », pour lequel ils professent la plus grande vénération ; et je pris avec eux des arrangements pour dire la messe dans leur église à l'occasion de la fête du Mont-Carmel, fête principale de leur Ordre.

Ce matin, en effet, j'ai eu le bonheur de célébrer le saint sacrifice, à l'autel de sainte Thérèse, là où se trouve ce magnifique groupe sculptural que vous connaissez, chef-d'œuvre •de Bernin.

Je n'ai pas manqué de prier, avec toute la ferveur dont je suis capable, pour Votre Eminence, afin que Dieu lui accorde la santé, le courage et les forces nécessaires pour gouverner encore longtemps son immense diocèse, et la conserver encore de nombreuses années à notre estime et à notre affection \

I Je n'oublierai jamais le contentement que le Cardinal avait paru éprouver, lorsque j'allai lui apprendre que j'avais terminé la Vie de iMgr de Laval, et lui demander la permission de la publier : «Je vais immédiatement, ditil, vous préparer une lettre d'introduction. » Et le bon vieillard m'écrivit en effet de sa propre main la jolie petite lettre qui est eii tête de mon édition de 1890. Puis, me rencontrant plus tard, après la publication de mon livre : « Tout le monde, me dit-il, en est content. Jusqu'à

J'ai l'espoir bien fondé d'obtenir la faveur de voir le saint-père. Mgr Persico, le nouveau secrétaire de la Propagande, que j'avais été voir à Xaples, dans mon premier voyage, et qui a paru content de me revoir, vient de me donner une lettre pour I\Igr délia Volpe, afin de faciliter mon admission au \'atican. Yoir Rome et ses monuments, qu'on ne se lasse jamais d'admirer, c'est déjà un grand bonheur pour un prêtre : voir le pape, le chef immortel de l'Eglise, c'est le couronnement de ce bonheur.

Veuillez agréer, Eminence, l'expression de mon dévouement et de mon respect filial . , .

Mgr Langevin, de Rimouski, qui est pourtant assez difficile, ajouta-t-il avec son fin sourire, qui m"a déclaré en être parfaitement satisfait. . . »

» On me pardonnera, je l'espère, de citer ici l'opinion de l'illustre archevêque de Saint-Paul, r^Igr Ireland, sur mon édition abrégée, celle de 1906. Un ami la lui ayant envoyée, il l'en remercia et lui écrivit : «. . .It was very good of you to put such an interesting book in my hands. I am verv busy and when I opened its first pages I did not think I should it read through, but having once began I could not but finish it. It is really a very interesting work and gives much light on the early days of Canada. It is also written in excellent french style. »

Page 1