‹ Au pays de Mgr de LavalChapitre 4 sur 33 · Le Correspondant du 10 septembre 1870, p · texte numérisé non relu

Le Correspondant du 10 septembre 1870, p

2. Il n'en a eu que deux, depuis, celui par lequel Henri IV s'en empara, en 1594, et eelui de 1870.

vons la livrer sans manquer à notre serment. »

Réponse vraiment digne de celle que fit un jour notre immortel Frontenac aux Anglais, lorsqu'ils voulurent s'emparer de Québec en 1690 !

Les évêques ont souvent été les soutiens les plus efficaces de leur pays ; et le courage patriotique de l'évêque Gozlin à Paris, en 885, ne nous rappelle-t-il pas celui de Mgr de Laval à Québec, en 1690? Vous savez les accents émus qu'il fit alors entendre, et le concours énergique qu'il donna à Frontenac par son attitude courageuse, par sa parole et par ses prières ^

C'est ainsi que l'idée de Mgr de Laval me suit partout. Rien ne donne de la vie et de l'intérêt à un voyage comme de le faire avec un but précis. Les souvenirs historiques, surtout, embellissent alors toutes choses.

Voyez, par exemple, le Palais-Royal. Vous vous rappelez sa situation délicieuse sur la rue de Rivoli, tout près du Théâtre-Français, son architecture sévère, ses pavillons et ses arcades où s'étalent les plus beaux bazars du monde, ses fontaines et ses jardins magnifiques. Tout

I. Vie de M^r de Laval, t. II, p. 416. — Histoire de V Hôtel Dieu de Québec, par Sœur Juchereau, p. 326.

cela est ravissant, sans doute. Mais quel intérêt vient s'y ajouter, lorsqu'on se représente ce palais habité par Anne d'Autriche et sa cour, par Mazarin, Colbert, hanté par les principaux personnages de notre histoire, qui y sont venus à maintes reprises discuter avec les ministres du grand Roi les questions les plus vitales pour l'avenir de notre pays, Mgr de Laval, par exemple, et aussi M. Dudouyt, qui eut là, avec Colbert, l'un de ses fameux entretiens sur la Traite de l'eau-de-vie ^ !

Et le Louvre, en face du Palais-Royal, entre la rue de Rivoli et la Seine, avec ses cours spacieuses, et son admirable colonnade de Perreault qui fait face à Saint-Germain-l'Auxerrois, combien souvent Mgr de Laval a dû s'arrêter devant ce merveilleux édifice ! Commencé sous Philippe-Auguste, on y a travaillé jusque dans ce siècle. C'était, du temps de Louis XIV, une des résidences royales ; et il est probable que le premier évêque de Québec eut occasion d'y aller maintes fois dans les nombreux voyages qu'il fit en France pour les affaires de son Eglise.

En continuant plus loin, au delà de Saint-

I. Vie de Mgr de Laval, t. II, p. 177. — Rapport sur les Archives du Canada, Ottawa, 1885.

Germain l'Auxerrois, on arrive à la tour Saint- Jacques, splendide monument gothique, qui a plus de deux cents pieds de hauteur et faisait autrefois partie de l'église de Saint-Jacques-dela-Boucherie.

Il y avait dans ce quartier sept ou huit petites paroisses, Saint-Merry \ Sainte-Opportune ^, Saint-Bon, Saint-Josse, Saint-Jacquesde-la-Boucherie, Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, etc, que le souffle de la Révolution a fait disparaître, à l'exception de Saint-Merry.

J'avais hâte de refaire dans mon esprit lapetite paroisse de Saint-Josse, qui eut longtemps pour curé M. Poitevin, l'ami intime de Mgr de Laval, et son vicaire général à Paris, celui-là même auquel il annonçait en 1668 la fondation de son Petit Séminaire de Québec.

J'entre à Saint-Merry, vieille église ogivale très bien conservée, et rencontrant un des vicaires, l'excellent abbé Pinet : « N'y avait-il pas autrefois dans ce quartier, lui dis-je, une

1. C'est sur cette paroisse, nie Saint-Avoye, que naquit en 1577 le Père Joseph (François le Clerc du Tremblay), l'illustre capucin, qui fut le grand ami et le bras droit de Richelieii. {Le P. Joseph et Richelieu, par Gustave Fagniez, t. I. p. 41).

2. Sainte-Opportune était « une église royale. » {Table méthodique des Mémoires de Trévoux, par le P. Sommervogel, t. I, p. 4).

paroisse appelée Saint-Josse ? — Parfaitement, à quelques pas d'ici, sur la rue Aubry-le-Boucher. C'était une très petite paroisse, qui ne contenait que quelques familles. — Alors, le curé avait tout le temps de s'occuper des affaires de l'Eglise du Canada, pour Mgr de Laval, dont il était le grand vicaire. Mais n'auriez-vous pas quelque gravure représentant cette petite église ? — Je n'en ai jamais vu. Mais tenez, voici Lebœuf ; regardez ce qu'il peut dire de Saint-Josse, »

Et il me passe V Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris^ par Lebœuf.

D'après cet auteur, la paroisse Saint-Josse fut le premier démembrement d'une autre appelée Saint-Laurent :

« Saint Fiacre y avait logé, dit-il, à son arrivée d'Irlande, au septième siècle, ainsi que saint Josse. fils d'un roi de la Petite-Bretagne, dans l'une des occasions qu'il eut de passer par Paris vers le même temps. . .

(( L'édifice de l'église de Saint-Josse, ajoutet-il, est fort petit, et mal orienté ; c'est une espèce de chapelle de forme carrée.

« Son territoire comprend un quarré où il y a en tout vingt-neuf maisons. Il n'y a aucune communauté sur ce territoire. »

Comme j'allais prendre congé de l'abbé

Pinet, après l'avoir remercié de sa bienveillance : (( Voici, me dit-il, tout ce qui reste de cette ancienne église. . . »

Et il va me chercher un magnifique reliquaire en cuivre doré, renfermant une relique insigne de saint Josse, patron de l'église de M. Poitevin :

« Cette relique, ajoute-t-il, a été authentiquée par Mgr Belloy, premier évêque de Paris, après la Révolution, et porte son cachet. Saint- Merry en a hérité, comme il a hérité des paroissiens de Saint-Josse. »

Je la vénère avec dévotion, et me retire, tout heureux de ma visite à Saint-Merry.

Je traverse alors la Seine et l'île de la Cité; puis je gagne le quartier Latin pour y visiter l'ancien collège de Clermont, où le jeune de Laval fit ses études théologiques, après avoir fait son cours littéraire et philosophique à La Flèche. C'est aujourd'hui, vous le savez, le Lycée Louis-le-Grand. On est en train de le rebâtir à neuf, ainsi que la Sorbonne. Je me hâte de contempler ce qui reste de ses vieux murs et de visiter l'intérieur du bâtiment, avant que le démolisseur achève son œuvre.

Ce quartier de Paris s'appelait déjà le quartier Latin, du temps de Mgr de Laval, et même dès le commencement du dix-septième siècle.

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Quarante collèges, paraît-il, s'étageaient à cette époque sur la colline Sainte-Geneviève, et le latin y était de rigueur :

« Toute autre langue était interdite aux maîtres et aux élèves, aussi bien pendant les récréations qu'en classe. Les domestiques, les cuisiniers, les fournisseurs eux-mêmes étaient astreints à cette règle, et il va sans dire qu'ils s'en vengeaient cruellement ^ »

De là, sans doute, l'origine de l'expression latin de cuisine.

L'auteur d'où j'extrais cette citation dit en parlant de Richelieu : « Comme à la plupart des hommes de son temps, la langue latine lui était très familière, et il s'en servait au besoin dans ses lettres d'ami. « C'était bien le cas, on le sait, pour Mgr de Laval.

La congrégation du P. Bagot ne devait pas être loin du collège de Clermont, alors sons la direction des Pères Jésuites. Mais à quel endroit précis, et qui peut me le dire ?

Les Eudistes ont une maison dans le quartier Latin, rue Saint-Jacques. Si le P. Le Doré 2 était là !

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