‹ Au pays de Mgr de LavalChapitre 5 sur 33 · Richelieu à Luçon, par l'abbé L,. Lacroix, p · texte numérisé non relu

Richelieu à Luçon, par l'abbé L,. Lacroix, p

2. Le clergé de Québec se rappellera longtemps la belle retraite pastorale que lui prêcha le P. Ange Le Doré en

J'y cours ; et rencontrant un Père à la porte du monastère : « Le P. Le Doré est-il ici? » lui demandai-je. — C'est moi-même. — Alors, l'auteur de la Vî'e de Mgr de Laval a l'honneur de présenter son respect au supérieur de la Congrégation du Vén. Jean Eudes. »

Je renonce à vous décrire la joie de ce bon Père et la mienne. Après avoir correspondu, plusieurs fois ensemble, nous pouvons nous entretenir de vive voix de deux hommes qui, après avoir été très unis durant leur vie, seront peut-être un jour honorés sur les autels, et que l'Eglise a déjà déclarés vénérables \

« Notre Père Eudes était ami de Mgr de Laval, me dit le P. Le Doré ; ils étaient tous deux en parfaite communauté d'idées et de sentiments. Leur théologie, comme celle de M. de Bernières, me rappelle la théologie des Pères grecs des premiers siècles de l'Eglise, Après la mort de M. de Bernières, on abusa du mysticisme, à l'Ermitage de Caen. Mais n'abuse-t-on pas souvent des meilleures choses ? »

Le bon Père a mis à ma disposition les i\.nnales de sa Congrégation et plusieurs autres

I. Le V?n. Jean Eudes a été béatifié par Pie X, cette année même (1909) , en même temps que Jeanne d'Arc.

ouvrages. Je reviendrai ici pour consulter ces sources précieuses.

En quittant le P. Le Doré, je descends au boulevard Saint-Germain, pour me rendre à l'endroit oii se trouvait l'abbaye de vSaint- "Germain-des-Prés, qui a donné son nom au boulevard.

De cette abbaye bénédictine, si fameuse par la science de ses moines, par ses richesses, son influence, sa renommée littéraire, et dont les iDâtiments et les dépendances occupaient une si vaste étendue de terrain, il ne reste plus que l'église, cette église gothique si belle et si pieuse que vous connaissez.

C'est à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés que Mgr de Laval a été consacré évêque. Mais dans quelle chapelle? et à quel endroit précis ? Le curé de Saint-Germain, que je rencontre, me renvoie à l'un de ses vicaires, l'abbé Vanel, « parfaitement renseigné, me dit-il, sur tout ce qui regarde l'histoire de l'abbaye ».

En effet, l'abbé Vanel, homme aussi instruit qu'aimable et obligeant, me montre plusieurs -dessins et gravures qui représentent l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés à diverses périodes de son histoire, et donnent une idée parfaite •des transformations, agrandissements et améliorations qu'elle a subis avec le temps. A

l'époque du sacre de Mgr de Laval, il y avait dans l'enclos de l'abbaye, en dehors de l'église,, mais y attenant, une grande chapelle de la Vierge. « C'est probablement là, me dit M. Vanel, qu'a été consacré votre évêque. »

Il ouvre la grande Histoire de P abbaye de Saint-Germain-des-Prez^ par Dom Jacques- Bouillart, religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, 1724, et après l'avoir feuilletée un peu, il me montre à la page 256, le passage suivant :

« Le vingtième octobre (1658), Ferdinand de Villeroy, évêque de Chartres, assisté de ceux de Poitiers et de Saint-Papoul, sacra évêque de Fréjus, Zongo Ondelay, dans la grande chapelle de la sainte Vierge. Le nonce du pape^ Piccolomini, évêque de Césarée, fit la même fonction, à l'égard de M. de Montigni, nommé à l'évêché de Pétrée ; les évêques de Rhodes et de Toul servirent d'assistants. . . »

Il ne peut donc plus y avoir de doute : Mgr de Laval a été sacré évêque dans la chapelle de la sainte Vierge, attenante à l'abbaye.

Cette chapelle n'existe plus. A l'endroit où elle s'élevait passe maintenant la rue dite de r Abbaye ^.

I. C'est sur cette rue que furent assez longtemps les bureaux du Correspondant. Je les visitai en 1883.

C'était, me dit l'abbé Vanel, un vrai bijou d'architecture. Elle avait été construite par Hugues de Montreau sur les mêmes plans et avec les mêmes dimensions que la Sainte- Chapelle. L'ornementation et les fresques étaient admirables ^.

Du reste, la seigneurie de l'abbaye de Saint- Germain était immense ; elle s'étendait, sur la rive gauche de la Seine, jusqu'à Sèvres. Ce sont probablement les magnifiques prés qu'elle possédait à l'origine qui lui valurent son nom.

L'endroit où se trouve le séminaire des Missions-Etrangères appartenait autrefois à cette abbaye. J'aurais voulu visiter de suite ce séminaire, qui durant si longtemps ne faisait qu'un avec le séminaire de Québec ; mais la journée était trop avancée. Je m'y rendis le lendemain, jeudi de la semaine dernière ^

Il est situé au coin des rues du Bac et de Babylone. Voilà des noms qui nous reportent à un âge bien reculé. Où est le temps où l'on traversait la Seine en bac ? Le bac a fait place

1. Mabillon et la Société de Saint-Germain-des-Prés, par E. de Broglie, t. I, p. i8.

2. Je l'avais déjà visité, dans l'automne de 1883, en compagnie de Mgr Eiigène Roy, alors élève de l'école des Carmes ; et j'assistai, dans la tribune, à la cérémonie si touchante du « départ des missionnaires ».

au magnifique Pont-Royal : c'est sans doute plus commode, mais moins poétique.

Quant à la rue de Babylone, elle doit son nom à Mgr Bernard de Sainte-Thérèse, évêque de Babylone, qui vendit aux Missions-Etrangères une maison qu'il possédait sur cette rue, laquelle maison devint le berceau du séminaire.

La mémoire de Mgr de Laval est en grande vénération aux Missions-Etrangères, dont la plupart des fondateurs furent ses amis intimes. J'ai vu son portrait dans la grande salle du réfectoire, à côté de ceux de Mgr Fallu, de Mgr de Lamothe-Lambert et de quelques autres.

Historien de Mgr de Laval, j'ai été accueilli par M. Delpech et ses confrères avec une bienveillance que je n'oublierai jamais.

Mon livre paraît avoir été lu avec intérêt ; et l'on m'a promis de me donner quelques notes pour rectifier, dans une deuxième édition, certains passages relatifs à l'origine du séminaire des Missions-Etrangères.

Le jour oii il nous sera permis d'honorer Mgr de Laval sur les autels sera célébré avec autant d'enthousiasme à Paris qu'à Québec.

Et ce n'est pas seulement aux Missions Etrangères que la mémoire du premier évêque

— iode la Nouvelle-France est en vénération, c'est aussi dans plusieurs nobles familles de la grande capitale. Permettez-moi de vous donner ici quelques détails.

La branche cadette de Montmorency, celle de Laval, ne s'est éteinte, pour le nom, qu'en 1851, par le décès d'Eugène-Alexandre de Montmorency-Laval, qui s'était marié deux fois, mais n'avait pas eu d'enfants.

Il avait pris le titre de duc de Laval en 1837, à la mort de son frère aîné Adrien de Montmorency, prince-duc de Laval, qui, sous la Restauration, fut ambassadeur de France en Espagne, à Rome, à Vienne et à Londres.

Adrien de Montmorency-Laval eut un fîls et deux filles. Mais son fils, Henri, qui aurait continué le nom de Laval, mourut, jeune encore, à Naples, en 1819. De ses filles, l'aînée, Charlotte, épousa en 181 7 Gustave de Lévis, duc de Mirepoix, et mourut en 1872. Elle était la grand'mère du marquis actuel Gaston de Lévis. L'autre, Marguerite-Pauline-Emmanuelle, épousa le marquis de Couronnel, dont elle eut deux|fils et une fille, laquelle épousa en 1855, George de Rarécourt de la Vallée, marquis de Pimodan, le héros de Castelfidardo, père de Gabriel, duc et marquis de Pimodan.

Les deux fils du marquis de Couronnel vivent encore \

I. Depuis que ceci a été écrit, l'aîné des deux frères est mort en 1901 ; l'autre, le comte de Couronnel, en 1907. Sa fille, la comtesse ^larguerite de Couronnel, me faisait l'honneur de m'écrire, il y a quelque temps ; sa lettre est datée du Château ]\Iagnac-L,aval, Haute- Vienne :

" Monsieur l'abbé, Vous avez été jadis en relations avec mon père, au sujet de votre saint évêque, notre glorieux ancêtre, ^Igr François de Montmorency-Laval. Mon père nous a quittés pour une vie meilleure, il y aura bientôt trois ans. allais il n'est pas parti tout entier: outre ses souvenirs et ses exemples, il nous a laissé des notes intimes, écrites au jour le jour, dans le secret de son âme avec Dieu. J'ai eu la bonne fortune de les trouver dans son bureau, et je n'ai pu résister au désir de les faire éditer pour l'édification de ses amis. Permettez-moi de vous en envoyer un exemplaire.

«Le Vén. François de IMontmorency-Laval n'habitait pas ici ; mais ses proches parents y vivaient, et ont donné leur nom à notre petite cité : Magnac-Laval. Je voudrais donc y faire un peu connaître l'Apôtre du Canada. . . »

La comtesse de Couronnel me priait ensuite de lui envoyer quelques biographies et des images de Mgr de Laval ; puis elle ajoutait :

«Je souhaite que Jeanne d'Arc, maintenant bienheureuse, hâte la cause de son compatriote. Ce serait un beau jour pour le Canada, pour sa sœur aînée la vieille France, et aussi pour nous. Les fêtes de l'année dernière au Canada ont dû aider à la réalisation de nos désirs.

« Laissez-moi vous dire, longtemps après, ^I. l'abbé, combien la lecture de la Vie de Mgr de Laval m'a intéressée et attachée à sa personne. Veuillez agréer en même temps l'expression de mon profond respect. »

L'ouvrage dont la comtesse de Couronnel a bien voulu m'envoyer un exemplaire est intitulé Notes intimes d' un gentilhomme, recueillies par sa fille. Il faut lire cet ouvrage, où respire la plus solide piété, l'amour passionné du devoir, l'attachement inébranlable aux principes de l'honneur et de la vertu, pour se faire une idée de ce que sont les bons Français.

La branche cadette des Montmorency-Laval est donc représentée aujourd'hui par la Maison de Lévis-Mirepoix, celle de Couronnel, et celle de Rarécourt-la Vallée-Pimodan.

La famille même de Mgr de Laval, éteinte au siècle dernier, n'était qu'une subdivision de cette branche. Le comte de Couronnel, le marquis de Lévis, le marquis de Pimodan sont, à n'en pouvoir douter, parents du premier évêque de Québec.

Je leur devais une visite. Je commençai par le marquis de Pimodan \ avec lequel j'avais déjà eu l'honneur de correspondre^. Je visitai ensuite le marquis de Lévis. Tous deux me firent le plus bienveillant accueil.

La Vie de Mgr de Laval^ richement reliée, est dans leur bibliothèque. Il l'ont lue avec intérêt et professent la plus grande vénération pour leur parent, le premier évêque du Canada.

Le marquis de Lévis, en me voyant, est allé de suite me chercher un paquet de cheveux de Mgr de Laval, avec des linges trempés dans son sang, le tout authentiqué par le Frère

1. Aujourd'hui duc de Rarécourt-Pimodan, Conseiller général de la Haute-Marne, Président de l'Association des Chevaliers Pontificaux.

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