Act,, IV, 32. «Uu seul cœur, une seule âme
Demain, je prendrai le chemin de Montigny... \
I. Le bon P. Jutteau, que je ne devais plus revoir, prit la peine de se rendre à la gare pour me donner une poignée de mains, à mon départ de Chartres.
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Montigny-sur-Avre, 6 mai 1891.
On ne pourrait rêver pour le berceau de Mgr de Laval situation plus gaie et plus gracieuse.
Le village de Montigny-sur-Avre repose à l'ombre de riants bosquets dans une petite vallée arrosée par l'Avre et entourée de riches collines. Il n'est animé que par la bonne humeur de ses habitants et le bruit de quelques filatures de cuivre, industrie particulière au pays et qui lui donne quelque aisance.
Une quinzaine de hameaux, avec chacun leur nom particulier, disséminés un peu çà et là, complètent la commune, et servent d'avantgardes au château où est né Mgr de Laval et à l'église où il a été baptisé ; puis, tout autour, à des distances peu considérables, plusieurs autres communes ou villages, ayant, comme Montigny, leur église, et, pour la plupart, leur curé résidant : Bérou, Tillières, Courteilles, Rueil-la-Gadelière, Fessanvilliers, Revercourt, BrezoUes, etc.
En venant ici de Verneuil, lundi dans la matinée, par la grande voie communale qui traverse Baslines et Courteilles, j'étais enchanté de cette promenade en diligence et de l'aspect des paysages de cette petite Suisse normande^ comme on appelle cette région.
Pourtant, je suis venu ici trop tôt. Les arbres n'ont pas encore fait leur toilette printanière, les bourgeons s'ouvrent à peine, la végétation languit ; il fait froid, il pleut sans cesse, on nage dans la boue, tout le monde estenrhumé ; tout est en arrière d'un mois, non seulement ici, mais généralement en France :
(f II y a longtemps qu'on n'a vu cela «, me disait hier soir, au mois de Marie, le père Hippolite Lefebvre, vieux chantre de la paroisse, qui me rappelle tout-à-fait nos bons chantres canadiens d'autrefois, j'errtends ceux du lutrin, qui avaient bien aussi leurs petites prétentions, mais que n'avait pas encore atteints la maladie de monter à l'orgue, «f Ce pays naguère si riche, ajoute-t-il, est en train de s'appauvrir, parce que « le climat se détériore. « Il y a quelques années, au mois d'avril, les grenouilles faisaient tant de tapage que les châtelains étaient obligés de payer des gardiens pour les empêcher de coasser, afin de pouvoir
dormir. Ce printemps, on ne les a pas encore entendues. »
Montigny-sur-Avre n'appartient nullement à la Beauce. En venant de Chartres à La Loupe, j'ai traversé une partie de la vraie Beauce, si poétiquement décrite par Malte- Brun M elle s'étend jusque vers Châteauneuf. Mais au delà, et jusqu'à l'Avre, au nord, c'est le Thimerais^ ou les Terres Déchaussées ou Démembrées^ « ainsi nommées, dit M. Merlet, depuis qu'elles furent séparées de la Couronne par Henri II, en faveur d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme ^. » Cette séparation eut lieu au seizième siècle (1525). Auparavant, le Thimerais faisait partie du Perche.
Montigny est donc dans le Thimerais. Ce pays tient pour ainsi dire le milieu entre le Perche et la Beauce. Sans être aussi montagneux que le Perche, il n'a pas non plus l'uniformité monotone des plaines de la Beauce ; son sol est ondulé, gracieusement accidenté.
De La Loupe à Verneuil, le chemin de fer passe par Senonches et la Ferté-Vidame, lais-