‹ Au pays de Mgr. de Laval, lettres de voyageChapitre 30 sur 35 · I :M. Icard est décédé il y a quelques années · texte numérisé non relu

I :M. Icard est décédé il y a quelques années

Etats-Unis d'Amérique. Plusieurs prêtres du clergé de Paris et des environs sont aussi venus grossir les rangs de ce jeune auditoire.

Une petite estrade se dresse au bout de la salle. M. Mercier y monte. Puis M. Bieil récite le J/eni sancte. C'est comme le prélude d'un exercice spirituel.

Spirituelle et vraiment religieuse, en effet, a été d'un bout à l'autre la conférence du premier ministre de Québec. Elle sera publiée ;sans doute dans le Paris-Canada^ où vous la lirez avec plaisir ^

C'est en quelques mots le résumé de l'œuvre des sulpiciens à Montréal. J'en cite seulement deux ou trois petits passages :

(c La joie que j'éprouve aujourd'hui, dit en commençant M. Mercier, en me trouvant dans cette vénérable maison de Saint-Sulpice, est celle du fils de famille dans la maison paternelle. Les sulpiciens ne sont pas, en effet, des étrangers pour nous, Canadiens : ce sont nos pères dans la foi ; et votre Congrégation peut avec raison nous adresser ces paroles du grand Apôtre : « Je vous ai engendrés par l'évangile » ^.

1 Voir le Paris-Canada du ii juillet 1891.

2 I. Cor., IV, 15.

Il rend ensuite nn juste liommage aux travaux apostoliques de M. Olier \ de ]\I. de Queylus et de ses compagnons, au zèle de Marguerite Bourgeois et de Jeanne ]\Iance, qui fut si bien secondé par les messieurs de Saint- Sulpice, au dévouement de M. Soiiard, de M. de Fénelon ^, de ^[. Rémy pour l'instruction de la jeunesse canadienne. Il raconte la fondation de la ville de Montréal, et celle du Col. lège, qui eut lieu plus tard. Il fait allusion aux riches propriétés qui furent données aux sulpiciens pour l'accomplis.sement de leur œuvre ; puis il ajoute :

« Grâce à leur sagesse et à leur prudence,

1 Voici, d'après un auteur, ce que saint François de Sales aurait dit à la mère de ISI. Olier, encore enfant : « Dieu prépare en la personne de ce bon enfant un grand serviteur en son Eglise. » {/■-/■ Olier, par G. -M. de Fruges, p. 9.) Les évêques de France écrivaient un jour au sujet de M. Olier au pape Benoit XIII : « Cet excellent prêtre, la gloire et l'ornement de notre clergé. ... Le séminaire de Saint-Sulpice lui doit son origine. . . . C'est de ce séminaire, comme d'une citadelle de la religion, que sort une multitude innombrable de prélats et d'ecclésiastiques de tout rang, puissants en paroles et en œuvres, fermes dans la foi, fondés et enracinés dans la charité, et préparés à toutes sortes de bonnes œuvres. » (Cité par M. Icard, dans ses Observations sur quelques

pages d'une Histoire de V Eglise relatives à la Cie de Saint-Sulpice. Paris, 1S86) .

2 Frère consanguin de l'illustre archevêque de Cambrai. Ses démêlés avec Frontenac sont un des épisodes les plus curieux de l'histoire de l'Eglise du Canada. {Henri de Bernières, p. 213.)

vos messieurs ont traversé heureusement les époques les plus orageuses de notre histoire ; et tandis que bien des fortunes ont sombré au milieu des écueils, eux ont pu conserver la possession, d'ailleurs si légitime, de leurs biens, possession dans laquelle, je l'espère, ils ne seront jamais troublés.

« Le clergé a besoin de ressources abondantes pour faire honneur à sa position et pour accomplir les œuvres nombreuses que réclame tous les jours son saint ministère. Notre clergé canadien, grâce à Dieu, et les messieurs de Saint-Sulpice, en particulier, ont toujours employé pour le plus grand bien du pays les ressources dont ils ont pu disposer.

« Quelle reconnaissance le pays ne doit-il pas aux sulpiciens, qui, plus que personne, ont appris aux Canadiens à rester Catholiques et Français ! Quelle reconnaissance ne doit-il pas aux sulpiciens, qui, depuis plus de deux siècles, se dévouent avec tant de zèle à procurer le bien des âmes M II y a des années que je les

I Dans une brochure in-4'' de 39 pages en style lapidaire, publiée à Rome à l'occasion des fêtes de Mgr de Laval, Fasti Canadiensiiim, 1 535-1908, G esta Dei per Francos iti Nova Galliâ, on donne un juste tribut d'éloges aux travaux des Récollets et des Jésuites. J'aurais aimé y trouver mention de l'œuvre des Sulpiciens, qui ont bien fait leur part dans l'établissement de la Vigne du Seigneur au Canada.

vois à l'œuvre dans cette grande ville de Montréal où réside ma famille et où j'aime à aller me reposer aussi souvent (]ue possible des labeurs de la politique ; et toujours j'ai admiré leur grand zèle pour la prédication, pour la visite des malades, pour tout ce qui intéresse le culte religieux.

« Les prêtres du Séminaire de Montréal sont l'honneur de l'Église du Canada. Leur grand mérite est reconnu, je le sais, par les protestants eux-mêmes, au milieu desquels nous sommes obligés de vivre, et avec lesquels ils ont toujours été dans les meilleurs rapports.

« J'aime aussi à rendre témoignage aux bonnes relations qu'ils ont toujours su entrenir avec les autorités civiles et politiques de la colonie. C'est une chose remarquable, que n'importe à quelle époque de notre histoire, fût-ce la plus troublée et la plus orageuse, les sulpiciens ne se sont jamais trouvés en conflit avec qui que ce soit. Ils ont toujours été fidèles aux traditions de sagesse et de prudence que leur a léguées leur saint fondateur. »

Il termine sa conférence par ces paroles sympathiques:

:< Soyez convaincus, messieurs, que la visite que j'ai le bonheur de faire aujourd'hui au Séminaire d'Issy et la réception cordiale qui

m'y est faite seront un des plus précieux souvenirs que je remporterai de tout mon voyage en France. Ce souvenir m'attachera encore davantage à votre belle et sainte Congrégation, pour laquelle j'ai toujours professé le plus grand respect, et que j'ai toujours associée dans mon esprit aux meilleures et aux plus pures gloires du Canada. »

Le discours de M. Mercier, rempli de faits et d'éloges bien mérités, avait cependant été si court, que tout le monde désirait entendre encore l'orateur. ]\I. Bieil l'invita alors à parler des ressources et de l'avenir du Canada : ce qu'il fît durant près d'une heure avec une verve et un entrain qui soulevèrent à maintes reprises des tonnerres d'applaudissements.

La séance, commencée par le Vent sancte^ se termine par le Sut tiinni.

A onze heures et demie précises, tout le monde est rendu au réfectoire, et l'on se met à table,

M. Icard préside, et récite le grand Bénédicité.

A sa droite est placé M. Mercier, et à sa gauche AL Fabre. Vis-à-vis M. Icard se trouve M. Bieil : M. Rameau est à sa droite ; je suis à sa gauche.

Rien ne sera changé aux antiques traditions

de Saint-Sulpice : le repas commencera par la lecture d'un passage de l'ancien Testament. On reprendra ensuite, au lieu où elle a été interrompue la veille, la lecture du livre qu'on lit habituellement au réfectoire ; et, après ce juste hommage rendu à un usage séculaire, M. Icard donne Deo gratias.

Le repas terminé, le silence est de nouveau requis, par le traditionnel coup de marteau ; et ce n'est qu'après la lecture du ^Martyrologe du jour que M. Mercier peut se lever, et demander à M. le Supérieur la permission d'adresser quelques paroles pour le remercier encore de la cordiale réception qui lui est faite, et exprimer la reconnaissance dont son cœur est rempli pour la vénérable maison de Saint-Sulpice.

Il offre ensuite une médaille d'or à l'élève le plus méritant du Séminaire, au jugement des supérieurs.

tf La personne la plus méritante et la plus vénérée de notre maison, s'écrie M. Bieil, c'est notre supérieur 1 «

Et tout le monde de ratifier ce jugement si spontané, et d'acclamer M. Icard. La médaille d'or lui est adjugée.

On récite alors la grande "pr'ihrç. post prandmm ; puis, à la suite de M. le Supérieur,

tout le monde se rend à l'Oratoire, qui s'élève dans le jardin, pour y faire quelques minutes d'adoration devant le saint Sacrement.

Le temps est délicieux, la chaleur très supportable, à l'ombre des grands arbres et au milieu des bosquets du jardin. Tout nous invite à nous y promener un peu.

Mais les jeunes gens ne perdent pas de vue M. Mercier; ils ne s'éloignent pas ; ils se pressent autour de lui et de "M. Icard. Le premier ministre est en verve. Mille souvenirs de collège se présentent à son esprit, et il demande la permission d'en raconter quelquesuns.

Jamais je n'ai vu élèves de grand séminaire rire de meilleur coeur et laisser déborder une joie plus exubérante. La gaieté est communicative ; et, dans ce milieu où ne régnent d'ordinaire que des plaisirs sévères, j'ai vu l'hilarité devenir générale, et la gravité ellemême de plusieurs vénérables sulpiciens succomber.

N'oublions pas cependant le café qui nous attend là-bas, au parloir, dans la petite futaille traditionnelle: nous aurions bien tort, car il est aussi bon à Issy qu'à Montréal.

L'après-midi était déjà avancée, lorsqu'il

nous fallut, bien à regret, prendre congé des MM. de Saint-Sulpice, et nous éloigner de leur beau domaine d'Issv. . .

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