LE JARDIN DES PAMPLEMOUSSES
Le naturaliste Poivre. — Le paradis do l'île Maurice, — ■ Un moaumenl. — Le Iroisicme jardin botanique du monde. — M, Scott. — Le coco de mer. —Le général Gordon. — Le fruit défeudu du paradis terrestre.
H Le naluralistePoivre, qui ititroduisïtà l'île ds "Fraace les arbres à épices et une foule de plantes utiles, n'a pas moins contribué i^uo Bernardin do Saint-Pierre à faire la céléLrité des Pamplemousses, en y fondant, en 1768, l'année même où l'auteur des Eludes de In nature \int h l'île de France, le fameux jardin botani(|ue, qui passe aujourd'liui pour occuper la troisième place parmi tous ceux qu'on peut admirer sur la surface du globe. Ce Jardin n'a pas moins de quarante acres d'étendue et se déploie autour de Monlplaisir, la vieille résidence des gouverneurs ^e l'île de France.
Si l'île Maurice est le paradis de l'Iiémisptière plustral — à part la fièvre et les cyclones — oa neut dire que le jardin des Pamplemousses est
AU PAYS DK PAUL ET VIBGIXIE
le par&diii de l'Ile Maurice, avec ses frais ombrag(;it (]U'atliniAi)t Ae» milliers de tourterelles, ses po/tticjueii avenue» de multiplianis et de paliiirurH, K08 eaux courantes et ses bassÎDs. Dans tn Maison cliaude, les habitants de Port-Louis y viennent déjeuner al fresco sous les nombreux pnvillonit en clianme érigée dans les lieux les plilii romiintii|uos. Celi^dcnest comme une parcnlln (lu ciel tombée sur la terre, et l'ceil y adlliirn pluH de beuntf^ti réeltoH que l'imagination la jilus riclioii'on pourrait rôver.
lliio (les mervcillos do ce jardin, c'est un prund liir, Hemi') d'une multitude de petits tlots, iidoi'ublcs lubyrintlioB de végiitation terrestre et n(|Uiitiipie, furniiint comme un abrégé des tro- ]ii(|uim, dtjut on ne peut se faire aucune idée dans nuHclininlH d'l<'.urope. Bordés de calediums giguntONipum, lie roseaux et autres plantes aquatiqnoH, ces Ilots son! comme autant de petites forfils vierges, où le bananier et l'arbre du voyageur HO inûlunt aux palmiers, aux bouquets de banibouH, aux grotosquos vaquois chargés de leurs fniilH monstrueux, lies oiseaux au merveilleux pluinagu peuplent ces flots et mêlent leurs cri» bi/arros au bruit étrange que produisent on s'ontrechoiiuanl les branches des arbres » par lovent.
ÎD!N DESPAMPLEMODSBES
» Au milieu du jardin surfît
t un monumeol
nple,
: obélisque
il d'un marbre
I gracieux (
blanc, sur le socle duquel se lit cette pensée de Bernardin de Saint-Pierre : « Le don d'une plante utile me paraît plus précieux que la découverte d'une mine d'or, et un monument plus durable qu'une pyramide. » Sur les quatre parois de l'obélisque sont gravés les noms des principaux bioufaiteurs de l'île, parmi lesquels figure en tète Mahé do Labourdonnais, le véritable fondateur de la colonie.
De cet obélisque, qui marque le centre du jardin, piirtcnt dans toutes les directions des allées tracées en ligne droite et bordées de palmiers, dont presque toutes les espèces sont ici représentées. L'avenue principale, qui s'étend h perte de vue, est ombragée par le magnifique palmier indigène, le Laiania glaucnphijlla. Une autre avenue est plantée de ces nobles palmiers de Cayenne, bien nommés Oreodoxia Hegia, car ils sont les rois de la végétation tropicale : elle surpasse de beaucoup en beauté la célèbre avenue de palmiers de même espèce qu'on admire à Rio de Janeiro ; mais le cyclone du 29 avril les a découronnés, et l'on dirait d'une colonnade sans chapiteaux; l'un d'eux pourtant a résisté à l'ouragan, et porte librement sa tète superbe
à quarante mètres de hauteur : c'est le géaot du jardia des Pamplemousses. Plus rares, quoique moias g;rands, sont les palmiers de Rodrîgues, les Latania aurea, qui ombragent une autre avenue : c'est avec l'écorce, les branches et les feuilles de ce palmier que les habitants de cette île, une des vassales de Maurice, construisent leurs maisons, leurs meubles, leurs radeaux.
Les palmiers sont la gloire du jardin des Pamplemousses; on y voit réunies toutes les espèces réparties dans les diflérentes parties du monde : le palmier à bétel, dont les Indiens mâchent le fruit jaune, qui stimule les glandes salivaires et active la digestion, le raffia, avec les feuilles duquel les Malgaches fabriquent des nattes, des chapeaux, et dont ils utilisent les tiges et les troncs dans la construction de leurs huttes; le palmiste, dont la cime porte, caché au milieu des feuilles, un cliou qui offrit un fort bon manger à Paul et Virginie égarés dans la forêt; et puis encore le palmier des Seyclielles, le latanier de Bourbon, et bien d'autres qui tous ont leur aspect particulier et leur utilité spéciale. Il y a toute une avenue plantée du palmier Sago (Cij~ cas circinaiis), dont les indigènes des Moluques mangent le fruit, et dont les noyaux brovés dans un mortier constituent une farine cornes-