‹ Au pays de Paul et VirginieChapitre 3 sur 24 · SUR L'OCÉAN INDIEN. — MADAGASCAR · texte numérisé non relu

SUR L'OCÉAN INDIEN. — MADAGASCAR

La barre de Port-Natal : — Un embarquement original. — Le Doane Castle. — Le capitaine Harris. — La rade de Port-Natal. — Un coucher de soleil. — Une rencontre en mer. — Les passagers. — Les montagnes de la lune. — Le cap Sainte-Marie. — La côte de Madagascar. — Un naufragé. — Les causes du naufrage. — Un croiseur français. — Tamatave. — Un gouverneur malgache. — Un œuf gigantesque.

Le steamer Donne Castle, venant du cap de Bonne-Espérance, en route pour Maurice, est signalé le 27 juillet. Attendu depuis le 22 juillet, il est en retard de cinq jours, et c'est beaucoup quand il faut achever le tour de l'Afrique avant le l^'^ octobre, date fatale à laquelle mes devoirs me rappellent au poste.

Je me dirige vers le port, oii j'apprends que le paquebot est en rade, mais qu'il ne peut partir à cause du mauvais état de la barre qui s'oppose au chargement des marchandises. Plutôt que de passer encore une nuit à terre, je me risque à franchir labarre avecdeux autres passagers. Nous

AU PAYS DE l'AUL ET VIRGINIE

l'avoDs fpanchiedans un polît remorqueur, mais non sans peine : la barre formait comme une cataracte d'écume au milieu de laquelle se jouaient des centaines de dauphins ; pendant plusieurs miaules, nous avons embarqué de gros paquets de mer, nous avons dansé au milieu des dauphins ; mais, grâce à l'habileté du pilolej nous n'avons point chaviré, et nous avons pu accoster le Donne Cas/le. On nous y a hissés, à l'aide d'une poulie, dans une cage en osier, et je me rappellerai toujours les cris affreux que ce genre de locomotion, donnant l'illusion d'une ascension en ballon, faisait pousser à une grosse dame effarée, aéronaute malgré elle. Au transport suivant j'ai vu monter dans le même panier un gros clergyman portant lunettes, très maigre, très sec, un Chinois très ventru, un nègre et un singe. Touchant cosmopolitisme!

Encore deux jours en panne ! Mais mo voici enfin sur un grand bateau qui me conduira à Maurice. Le Doune Castle est un des paquebots de la Castle Line qui, une fois par mois, font lo voyage de Port-Natal à Port-Louis. II est commandé par le capitaine Harris, le plus gros marin que j'aie jamais rencontré sur mer ou sur terre. Comme presque tous les capitaines anglais, passioniié joueur de whist, sauf le dimanche, par

SUR L-OCEAN INDIEN tspectpourierepos dominical. M. Donald Currie, ^recteurde la Compagnie, lui aconCé la mission

léciale de reconnaître, au cours du voyage, la ' É^tuation de l'épave du Conwat/ Castle, un des paquebots de la ligne de Maurice, qui a fail naufrage, il y a quelques semaines, sur la côte de Madagascar.

Pendant deux jours, donc, j'ai pu conleropler à loisir le magnifique panorama de la baio de Port-Natal, dont le nom évoque le souvenir de Vasco deGama.Làoùlegrandnavigateur trouva une plage déserte s'élève aujourd'hui une grande ville dominée par un beffroi; sur Je Bluff" se dresse un phare , mais, à part le phare et le beffroi, le tableau est resté le même, et, soit que les feux rouges du soleil couchant rilluminent de chaudes teintes incendiaires, soit que la luno l'éclaîre de ses vagues lueurs argentées, cette rade de Port-Natal est d'une saisissante beauté. Au sud, le fi/M/Tlimite la vue ; mais on face, l'œil s'égare sur les plateaux de la Natalie qui forment une succession de terrasses étagées depuis la mer jusqu'au Drakensberg, et, au nord, à perte de vue, la côte d'Afrique se poursuit jusqu'aux monts lointains du Zoulouland,

Enfin, le ^0 juillet, le Doune Castle a pu se mettre en roule. Nous ne tardons pas à perdre

de vue la terre d'Afrique,.., recedentia longe liltora. C'est dans la spleodeur d'un indescriptible coucher de soleil qu'elle disparaît à l'hori* zon, et ce qui caractérise bien la scène, c'est que le globe de feu descend majestueusement derrière une de ces classiques inoulagnes tabulaires qui n'ont cessé de me poursuivre depuis le cap Je lîonne-Espérance jusqu'au pays desZouIous; la table se découpe à angle droit, avec une prodigieuse netteté, sur le globe d'or en fusion baigné dans un lîmbo où brillent, à l'exception du vert, toutes les couleurs du prisme. Il est cinq beures et quart. Avec le soleil disparaît Ict côte africaine, et quoique je ne voie plus que le ciel et l'eau, la dernière vision de la terre persiste longtemps encore sur ma réline.

Je me crois bien parti cette fois, quand, à six heures, par une nuit déjà complète, nous distinguons les feux d'un navire : c'est lo Warwick Cast/e, de la même compagnie. En cinq minutes les deux navires se sont rejoints, et ils sont si près l'un de l'autre que le capitaine Harris peut interpeller de la voix le WariricA-. « Que savozvous au sujet du Conivat/? Veuillez stopper, j'ai à vous parler. » Et les deux navires stoppent à deux eacùblurcs de distance. On appareille un canot, qui eu trois minutes est mis à flots, et

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