LA MAISON DE
Le propriétaire nous autorise à entrer dans la cour. L'ensemble de la construction est du xyii* siècle. Cependant, les murs de soutènement semblent porter la marque de la Renaissance; les figures données par Le Duchat dans son édition s'accordent assez bien avec l'ancien plan; de plus, de récentes recherches tendraient à prouver que c'est bien là l'emplacement occupé au xvi« siècle par l'hôtel de famille.
Négligeant la fameuse cave peinte près de laquelle « Innocent le pâtissier » ouvrait l'auvent de sa boutique, — elle ne renferme aucun vestige particulier, — nous gravissons la rampe conduisant au château de Charles VIL
Longuement nous nous attardons dans une promenade extrêmement pittoresque à travers les ruines émergeant des lilas fleuris. Tous, enthousiastes, gravissent la tour de Boissy, dominant à pic la vallée qui s'étend avec ampleur jusqu'à Saumur, dont les maisons blanches et le château forment une tache claire à l'extrême horizon. C'est une matinée de printemps fraîche et limpide ; à nos pieds, les cloches matinales chantent en cadence. A gauche, nous voyons la Vienne paisible et la campagne souriante qu'envahit jadis Picrochole. Déjà l'on nous indique la Roche- Clermault, la Devinière... La tour du Coudray domine les vignes de Quinquenays où la famille Rabelais possédait une petite maison de campagne.
A regret nous quittons le château, ses pierres et ses fleurs, et nous repassons sous la tour de l'Horloge où, dit-on, les heures sonnent sans discontinuer depuis des siècles. Chinon s'étage en panorama jusqu'à la rivière : voici le quartier et l'église Saint-Maurice; là-bas, la col-
légiale de Saint-Mesme, Saint-Étienne ; sur l'autre rive, le faubourg de Saint -Jacques -les -Ponts, et plus loin encore, à gauche, le confluent de la Vende.
L'église Saint-Mesme est rapidement visitée. Revenant sur nos pas, nous jetons un coup d'œil au Musée récemment organisé par les Amis du Vieux-Chinon. Cette Société, constituée depuis deux ans, poursuit heureusement Futile but de conserver à la ville ses richesses et son aspect des anciens temps. Ce sont partout, à profusion, des maisons du xv« et du xvi« siècle ayant gardé leur antique caractère, particulièrement dans la rue Voltaire.
Nous gagnons ensuite le quai Charles VII, où nous attend Taffabilité de M. Tourlet, un aimable érudit qui consacre tous ses soins à l'histoire locale. M. Tourlet est aussi un collectionneur heureux. Il veut bien, en notre honneur, exhiber une série très complète — unique — de portraits gravés de Rabelais dérivant, pour la plupart, de ces deux types : le portrait primordial de la Chronologie Collée et celui de Sarrabat. Tout en feuilletant les épreuves, nous apprenons que le faciès rabelaisien, consacré par la tradition, se remarque encore chez certains Chinonais. Puis M. Tourlet nous montre une précieuse bibliothèque consacrée à l'unique Alcpfribas; elle renferme quelques pièces de grand prix : l'édition de Fr. Juste (1542), le Tiers Livre de 1546, V Œuvre de 1 553, etc.
Le déjeuner nous appelle, et l'hôtel de l'Union est assez éloigné. M. Benjamin Fournier, membre du Vieux- Chinon, et M. le D' Dubreuil-Chambardel, de Tours, assistent au repas, vivement expédié dans l'attente du départ.
A midi, les chars à bancs qui stationnent devant la porte sont promptement envahis, et chacun tire de sa poche un Gargantua^ le bréviaire de l'après-midi. Nous adoptons le trajet même que suivit Gargantua pour rejoindre son père Grandgousier et lui porter secours. La Vienne franchie, le faubourg Saint-Jacques dépassé, on remarque à droite de la route actuelle les débris de l'ancien pont de la
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rage du chemin de fer et gravissons les pentes que surplombe le château.
Un manoir du xvii« siècle, modeste et paisible, remplace