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XIV. — n’gaoundéré

Après une victoire comme celle qu’il avait remportée, Sir Garnett n’avait plus rien à redouter en rase campagne du sultan du Sokoto, ni de celui de l’Adamoua ; il s’apprêta donc à traverser les deux empires par le chemin le plus court etle plus commode.

L’armée se mit en marche.

Elle était précédée par la terreur.

Les villes fermaient leurs portes, mais elles envoyaient des députations, offrant vivres et rançon, si l’on passait sans les attaquer.

Sir Garnett discutait, imposait ses conditions, les appuyait au besoin de quelques volées d’obus, et il obtenait tout ce qu’il voulait.

On arriva ainsi dans le royaume que le prince Birmani s’était taillé entre l’empire de son père, sultan du Sokoto, et l’Adamoua.

Le prince fit a ses alliés une réception splendide et il fut fort joyeux, car Sir Garnett lui donna, sur les fusils pris aux Haoussas, deux cents tirs rapides et des munitious.

Le jeune prince s'en trouva très renforcé.

Après s’être reposée, l’armée alliée entra dans l’Adamoua où le sultan Zoubir n’osa courir la chance d’une nouvelle bataille.

Sir Garnett mit successivement à la rançon toutes les villes de l’empire, y compris Yola, la capitale elle-même.

Zoubir l’avait quittée pour s’enfermer dans N’Gaoundéré, capitale militaire de l’empire.

Elle est située au sud, dans les montagnes, à plusieurs jours de marche de la mine d'émeraudes.

La Bénoué, cet immense affluent du Niger, prend sa source dans ces massifs qui sont habités par des tribus sauvages et cannibales.

L’armée arriva au pied de la chaîne le 3o décembre, en plein hiver.

Le 3 i , elle franchit un petit torrent, c’était la Bénoué réduite à n’être qu’un filet d’eau.

Le lendemain, l’ascension du massif, que commande N’Gaoundéré, commença péniblement; on trouvait des fermes partout aux abords de la grande ville.

On campa sur les rives de la Yerna qui fut trouvée gelée légèrement au réveil.

On sait que les bassins du Niger et du Congo sont séparés par un massif immense qui court de l’ouest à l’est; il forme du côté sud une grande muraille presque à pic.

Du haut du plateau, l’armée aperçut la ville au loin.

On descendit la grande muraille par un chemin en lacet et elle n'atteignit la capitale entrevue que le 3o janvier.

Trente mille âmes, une situation militaire très importante et très forte, de hautes murailles, le palais du vice sultan formant citadelle, avec un ravin profond et torrentueux comme fossé presque tout autour, une position commerciale, merveilleuse pour recueillir la poudre d’or, les gommes, les caoutchoucs et l’ivoire que lui apportent les tribus sauvages de la frontière, une campagne extraordinairement fertile, telle est N’Gaoundéré.

Autour d’elles des monts volcaniques, sur l’un d’eux un cratère devenu un lac poissonneux.

La ville est commandée par un sultan; on l’appelle ainsi, quoiqu'en réalité il ne soit que lieutenant de Zoubir.

Mohammed-ben-Abao est l’homme le plus riche de l’Amadoua.

Dans sa casbah (forteresse et palais) il a douze cents femmes et trois mille serviteurs ou esclaves, presque tous mariés.

Le palais est une ville dans la ville.

Il a des fermes partout, des gérants partout, des esclaves partout.

Il est fastueux et généreux.

C’est ainsi que le représente le lieutenant Mizon.

Tous les jours il envoyait à celui-ci soixante-douze femmes portant des mets tout préparés dans d’immenses calebasses, plus deux bœufs et cinquante poules.

Une seule calebasse aurait suffi à l’ordinaire des gens de Mizon.

Mizon resta vingt-cinq jours auprès de Ben-Abao qui ne pouvait se résigner à le voir partir.

Un jour, Mizon résolut de l’éclairer sur la valeur réelle de ses chevaliers ët il lui proposa une petite guerre.

Les Sénégalais se formèrent en tirailleurs à rangs serrés, avec groupe d’appui en ligne; ils tiraient à blanc lentement pour amorcer les chevaliers; mais quand ceux-ci furent à bonne portée, le feu rapide commença et le sultan en fut stupéiait ; il reçonnut que son escadron aurait été foudroyé (Lieutenant-colonel Salmon).

Le sultan Mohammed, gouverneur de N'Gaoundéré, se souvenait de cette petite guerre.

Zoubir avait vu, de ses yeux, les terribles effets du tir rapide, il n'avait garde de sortir de la place pour offrir une bataille.

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