CHAPITRE XXXVL
L'île des Pins. — Son histoire. — Affreux cadeau. — Les Kuniens. — Le santal. — Les Loyalty. — Main-d'œuvre indigène. — L'immigration néohébridaise. — En rade de Chépénéhé. — L'holoturie. — Conclusion.
Une courte mission que l'aviso de la station locale doit remplir, va nous permettre d'aller visiter, au moins d'une façon sommaire, l'île des Pins, une des dépendances les plus importantes de la grande terre. Après quoi nous voguerons vers les Loyalty.
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A toute vapeur pour Kunié ', le nom canaque de l'Ile découverte, par Cook, le 33 septembre 1774. Est-ce à dire que le grand navigateur anglais Tait de suite baptisée? Non, car il le dit lui-même» il prit d'abord les arbres pour des colonnes de basalte, tant les groupes de pins étaient serrés en certains endroits.
Prévenus, nous ne commettrons pas la même erreur, et aurons en outre la chance de ne pas nous perdre sur les récifs comme Y Aventure, revenant de Taïti avec M. du Bouzet en 1855.
Les indigènes ne se souvenaient alors ni du passage de Cook, ni de celui de d'Entrecasteaux qui les visita en 1792, et jmaintenant à peine quelques-uns ont-ils une idée 'plus ou moins vague des faits antérieurs à la prise de possession.
Parlez-leur des caboteurs chinois venant chercher du santal, Peut-être vous apprendront-ils à ce sujet que dans des temps bien lointains pour eux, il existait à Tile Ouen une colonie de fils du Céleste Empire, tributaire de Tile dee Pins. Mais ils ont disparu depuis longtemps, ayant sans doute servi à satisfaire les appétits cannibales des tribus insulaires.
Les Kuniens ont toujours été des guerriers redoutés de leurs adversaires. Sur leurs flottes de grandes pirogues, ils abordaient en Calédonie, aux-Loyalty même, pour piller, voler des femmes ou des enfants ({u'ils mangeaient ensuite. Leurs expéditions, conduites par leurs chefs de guerre, étaient principalement dirigées contre les Tauaourous.
La sauvagerie des naturels ne devait point arrêter les missionnaires qui tentèrent, aussitôt arrivés, leur conversion.
Vers 1846, le père Goujon, conduit, dit-on, par un caboteur irlandais, et recommandé au chef Ouationé, par Gary, alors chef de File Ouen, fut bien accueilli dans Tile.
Le puissant et farouche Ouationé 8e montra plein de bienveillance pour le marisle, et lui confia l'éducation de son fils Samuel. Vendégou et d'autres notables, après avoir tardé plus longtemps, se laissèrent convaincre el se convertirent comme le chef de Gadji. La fille do Vundégou. Hortense. catholique également, fut instruite par une sœur. Plus tard, en habile politique, le père Goujon maria Samuel ù Hortense, qui fut rt^ine de Kunié.
I L'ik* (Jca l*ins csl siluoc dans le sud-est de la Graiidc-Terrc, à 63 milles de Nouméa «fô do la baie du Prony . Sa «upcrticio est do 1ô,O0Q becUres.
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Le terrain était donc bien prépaie, quand, le 29 septembre 1853, l^ifiural Febvrier-Despoinles arrivait devant Tile des Pins sur le Phoque. Il y trouvait VUeraldy navire anglais, tout disposé, ainsi qu'il l'avait appris à Balade, par le père Monlrouzier, à en prendre possession. Sans grande difficulté, grâce à la patriotique complicité des Pères, l'amiral fit parvenir à Vandégou un pavillon français. Celui ci, comme s'il le possédait depuis longtemps, Tarbora sur sa case, à la grande confusion de l'Anglais évincé.
Ainsi grâce aux missionnaires, ù l'activité de l'amiral, l'île était française, les naturels s'étaient déclarés pour nous.
Il ne faudrait point croire que les enseignements de la religion catholique aient réussi rapidement à modifier le caractère sauvage des Kuniens; longtemps après la prise de possession, il y avait encore chez eux des anthropophages.
Vers 4859, le père d'un des plus anciens colons se rendait pour ses aflaires à l'île des Pins, sur une grande pirogue. L'attention du voyageur fut attirée, pendant la traversée, sur plusieurs colis enveloppés de nattes qui gisaient dans le fond de Fembarcation, et qui paraissaient être l'objet de la plus grande sollicitude de la part des CsMiques. Sans cesse on arrosait les nattes, une odeur singulière s'en élevait, et l'infection augmentait d'heure en heure, avec la longueur de la traversée contrariée par les vents.
On arrive en vue de l'Ile, des guerriers, les chefs en léte, attendent sur le rivage. Ils mettent à terre les colis. surprise, ô horreur I trois corps humains putréfiés déjà, sont sous les yeux de l'Européen, à qui l'on fait comprendre que c'est là le cadeau d'un chef à ses amis de Kiiuié ! L'état de décomposition des corps ne permit point l'horrible fesliu projeté, et au milieu des lamenlations, des regrets, accompagnés de toutes sortes de pratiques bizarres, les indigènes jetèrent k la mer le hideux présent.
Quand en octobre 187^, la Danaé arriva devant l'île amenant le premier convoi de déportés, ceux-ci furent reçus par Samuel et ses guerriers en armes. Leur attitude paraissait hostile. Craignaient-ils pour eux et pour leurs familles cette invasion de blancs avec lesquels il allait falloir partager les terres?
Après avoir possédé seuls, il leur fallait faire accueil à des milliers de personnes.
Nous voici devant Kunié, de formation madréporiquc. comme
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toutes les îles de la Nouvelle-Calédonie, avec ses forêts, ses plages de sable. Tout autour, des tètes de corail, « champignons évasés à leur base, par rélernelle morsure ou Téternelle caresse de la mer ■, a dit Henri Rivière, émergent de Veau en corbeilles d'arbustes et de fleurs *.
Débarqués, nous suivrons la route que traverse Tïle, laissant
à notre gauche les anciens villages au nombre de cinq dont un arabe, occupés avant 1880, par les condamnés de la Commune.
A cette époque, les terrains auraient appartenu aux sujets d'Hortense, tous bons pécheurs et bons marins, si à l'issue de l'insurrection de 1878, on n'avait interné dans l'île 700 indigènes des tribus révoltées '. Ces dernières années enfin, une nouvelle population devait encore venir grossir le chiffre de ses habitants. Il s'agissait cette fois des récidivistes, ces déportés de la police correctionnelle, assimilés ainsi aux transportés de cours d'assises '.
Presque tous catholiques, possédant dans le sud de l'île, à Vao, une mission importante, les. Canaques actuels de cette partie de la Calédonie passent pour être plus avancés que les autres. On rencontre parmi eux un grand nombre de sang-mèlés; la position de la femme y est supérieure à celle de la popinée en général. Sans doute, les relations des indigènes avec les Européens caboteurs qui venaient chercher à Ruiné des bois d'essences diverses, et principalement du santal, en sont la cause.
Aujourd'hui le santal est devenu partout une rareté.
Les Canaques, pour se procurer les objets de toutes sortes que les navigateurs leur offraient en échange du précieux végétal, n'ont point craint de s'attaquer aux racines mêmes de l'arbre; de là, sa prompte disparition.
' Géologiquemenl et géographiquemcot l'île des Pins est divisée eu deux zooes cod« centriques bien distinctes :
1« Au centre un plateau d'origine éruptive et élevé.
^ Une ceinture d'annexion formée de terrains madréporiques plats, émergés en moyenne de 2 ou 3 mètres au-dessus du niveau de la mer, et recouverts de forêts (Nicomcde).
' On leur fixa pour résidence Ouatcbia, entre le plateau et la baie de Oupi.
' L'ile des Pins, comme les Loyalty, fait partie du premier arrondissement. L'administration pénitentiaire y entretient un commandant supérieur, et les fonctionnairos nécessaires à son service. Il y a également dans l'fle une petite garnison d'infanterie de marine, et de gendarmes en nombre suflSsant pour tenir en respect l'intéressante population qui rhabite.
Parti de nuit, et guidé par un clair de lune magnifique, notre
aviso sera demain h Cbépénéché, résidence du représentant de la France à Lifou, la principale des Loyalty ', et mouillera dans la baie du Santal.
Toutefois, la faculté de nous rendre à terre nous sera peut-être refusée faute de temps ; il nous faudra nous contenter, comme en d'autres endroits, d'étudier du bord l'aspect général du pays. Devons-nous le regretter? Oui, sans doute. Les îles renferment des grottes curieuses, mais en somme, à part Lifou, dont l'intérieur offre l'aspect d'un véritable bouquet de verdure, Mare, plus petite, d'une superficie d'environ 100,000 hectares, fertile, boisée, est peu importante. Quant à Ouvéa, dont les habitants sont renommés pour la construction des pirogues, ce n'est plus qu'un étroit ruban de corail, recouvert de cocotiers.
Les Loyalty ont leur histoire, feuillet détaché de celle de notre colonie océanienne. Découvertes par Butler sur le Walpoole en 1800, ou sur le Britannia en 1803, elles reçurent le nom de Loyalty en souvenir de la loyauté de leurs habitants ; les principaux îlots du groupe furent appelés Britannia (Mare), Chabrol (Lifou), Algan (Ouvéa).
Ce n'était point la première fois qu'un navire européen fréquentait ces parages. Le 14 avril 1793, D'Entrecasteaux au nord d'Ouvéa, avait failli se perdre de nuit avec sa frégate sur les récifs de l'îlot Beaupré, quand des cris d'oiseaux se faisant entendre indiquèrent à temps le danger. Le navire vira cap pour cap, et fut sauvé.
Il n'est point douteux que les Loyalty, bien avant la conquête, n'aient été souvent fréquentées par les navigateurs. La présence des missionnaires anglais fixés dans le pays avant 1854 en est la preuve. Ceux-ci s'y croyaient chez eux. Aussi, bien qu'officiellement, ces îles fussent occupées par la France qui y entretenait, comme h l'île des Pins, un commandant particulier *, bien que les maristes y eussent fondé, en 18S7, un établissement; en réalité, avant 1864, nous n'étions les maîtres ni à Lifou, ni à Mare, ni à Ouvé^.
Aussi à cette époque, le gouverneur Guillain, devant l'attitude
* Les Ues Loyalty, beaucoup plus fastes que l'île des Pios, s'étendent parallHleoient à la cAte orientale, dont elles sont séparées par un canal d'une largeur moyenne de 50 milles.
* M. de Soye, enseigne de vaisseau.
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hostile des pasteurs anglicans, et après s'être assuré Tapprobation du gouvernement, envoya-t-il à Lifou le Fulton qui avait à bord le lieutenant Bourgey, accompagné de 30 hommes déterminés.
Celui-ci devait prendre pied entre les missions catholiques et protestantes, non loin de Chépénéhé, observer, puis défendre aux Anglais renseignement dans les écoles.
GrAce à la mauvaise volonté des indigènes excités par nos adversaires, la situation devint bientôt critique et dangereuse pour les Français, auxquelles vivres allaient manquer; quand, fort à propos pour le lieutenant Bourgey, le gouverneur arriva avec le Futton et le Coëtlogon, qui amenaient les troupes du corps expéditionnaire V Le village de Chépénéhé fut enlevé par 40 soldats de Tinfanterie de marine et 40 fusiliers disciplinaires, sons les ordres des lieutenants Bourgey et Angles.
li Français furent blessés. Les Canaques eurent 23 tués, 60 blessés, et Ton fit plus de 200 prisonniers. Pendant ce temps, une autre colonne débarquait dans le sud, prenait l'ennemi à revers ; elle ne tardait pas, en marchant sur Chénépéhé, h rencontrer les fuyards du premier combat, qu'elle mettait de nouveau en déroute.
Après ces deux affaires, une colonne de 150 hommes, battit pendant quelques jours la campagne, semant partout, par sa seule présence, la terreur et Teffroi. L'ordre fut rétabli, et un poste créé h Chépénéhé fut occupé pendant tout le temps que dura l'administration du gouverneur Guillain.
Lel5aoûll864,la fêle du Souverain étaitcélébréek Lifou avec une pompe et un entrain qui dénotaient assez Tabsence de toute préoccupation sérieuse chez les militaires de la colonne d'occupation, qui dès son arrivée s'était mise sérieusement à l'œuvre. En octobre de la même année, son installation était assez complète, pour qu^^elle eût à sa disposition un magniflque jardin, contenant non seulement les plantations les plus variées en légumes de toute nature, mais encore des plants de vigne, de café, de vanille. Sous l'habile direction de M. Vieillard, chirurgien de 3« classe, qui faisait ressortir dans ses rapports la beauté de l'île, la fertilité de ses pâturages,
' Les troupes, placées sous le commandement du chef de bataillen Test«rd, comprenaient 147 hommes d'infanterie, 9 artilleurs et 20 Dnari is de Vfphigénit. Le capitaine Trêves, ordonnance du gourerneur, aidait le chef de l'expédition^ qui avait atissi sous SCS ordres le PulUm, capitaine Lojcr, lieutenant de tnfsseau.
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grâce à la munificence du gouverneur qui multipliait les envois, la création du jardin de Lifou inaugurait pour les Loyally une ère nouvelle de richesse et de production.
En 1881, à la suite d'une lutte fratricide entre protestants et catholiques, laquelle coûta la vie h 24 personnes, nous dûmes intervenir dans les affaires de ces tribus jusque-là si tranquilles. Le chef de Mare, Lali, d'autres chefs et beaucoup de Marens furent envoyés à Poulo-Condor (Cochinchine), où ils trouvèrent la mort en grand nombre.
Nous avons h bord quelques indigènes des Loyalty, etvous en avez vu souvent sur la terre ferme, car plus intelligents, plus laborieux que les Canaques, très bons marins, aimant la propriété, Targent, ils ne dédaignent nullement d'y venir travailler pour amasser un pécule >.
Sans eux et les Néo-Hébridais que les colons emploient pour leur service h des conditions déterminées à l'avance par l'administration, la culture, Texploitation des mines seraient impossibles ; on manquerait en Calédonie de domestiques indigènes, et par cela même de vrais travailleurs.
En effet, le Canaque proprement dit n'aime pas le travail régulier et sédentaire; susceptible d'un effort, à la pêche, lorsqu'il s'agit de ses plantations ou d'une occupation momentanée quelconque, il refuse d'agir, ses premiers besoins une fois assurés. Que lui manquci-il? Il a ses tares et ses ignames, sa case rustique; sa garde-robe est bien sommaire; pourvu qu'à l'aide de quelques dix sous, prix de menues marchandises vendues aux Européens, il puisse se procurer du tabac, du pain, du tafia en cachette, un vêtement, un mouchoir à l'occasion, il se moque du reste!
Demandez-lui un service au prix d'une certaine somme", peutêtre acceptera-t-il avec plaisir; mais le travail journalier, suivi, 'ennuie, répugne à sa nature capricieuse et indolente, à ses habitudes de flânerie, à son goût prononcé pour les promenades. On a
* La eonlamo qui Teut que le mari se sépare de sa femme tout le temps que dure l'allaitement, est plus rigonreusement obserrée aux Loyally que partout ailleurs. De 1^, pour certains, In facilité arec laquelle les indigènes de Lifou, Mare, Ouvéa, consentent h Tenir passer en Calédonie deux ou trois années. "
* La trarail des Canaques se paye de f k 3 francs par jour. Les L&jfaHjf s'engagent pour six mois, un an, au prix de 15, ^ et 25 francs par mois, nourriture non comprise.
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donc recours aux naturels des Loyalty, aux Néo-Hébridais surtout.
.... Que n'a-t-on pas ditau sujetde Timmigration néo-hébridaise'? Au moins savez-vous maintenant comment elle se pratique. De petits navires voiliers ou autres vont, de temps en temps» faire une tournée dans les îles pour recueillir les engagés.
Dire que le système de recrutement ait toujours été à Tabri de tout reproche, que le choix des sujets ait été excellent, la jibcrté des contractants toujours respectée, serait certainement exagéré. Outre que les chefs tenaient à se débarrasser des mauvais sujets, des chétifs, souvent les parents eux-mêmes faisaient engager leurs enfants trop jeunes.
Il n'en est plus ainsi depuis que, par ordre du sous-secrétaire d'État anx Colonies, un officier du corps de santé est embarqué à bord des navires recruteurs comme commissaire du gouvernement. Les conditions dans lesquelles se font les engagements, et les voyages ensuite, sont réglées, les recruteurs étroitement surveillés-
Tous les engagistes calédoniens n'ont eu qu'à gagner à Texécution de semblables mesures. Il n'est pa$ douteux que, par suite d'un vice dans le recrutement, les colons n'aient subi jusqu'ici de grandes pertes, par le fait du décès d'un grand nombre de leurs engagés, dont chacun leur coûte pour trois années de travail, plus de 300 fr. *.
Les Néo-Hébridais sont d'ordinaire bien traités et bien nourris chez nous ; leur sort de ce côté ne laisserait que peu à désirer s'ils n'étaient parfois rudoyés par les libérés, à côté desquels et sous les ordres desquels ils travaillent sur les mines.
On ne peut dire, s'ils succombent en grand nombre, que ce soit par suite des mauvais traitements, dont ils sont l'objet. Il est vrai que, malades, ils manquent souvent de soins* La faute n'en retombe qu'en partie sur l'engagiste, car le travailleur ne fait connaître son triste état de santé que trop tard. Puis, le médecin est loin, la visite coûte cher 1 Le naturel n'aime pas à voir venir le takata blanc, son propriétaire pas davantage. Ce dernier appellera bien
* Sous prétexte qu*elle était une traite déguisée» elle fut supprimée le 30 juio 4882. Rétablie le 25 noTembre 4883, elle fut supprimée de nouTeau eu 4885, parce qu'elle était, disail-OD, uu obstacle à l'emploi des libérés. Elle fut eufia rétablie eu 4889, et, i l'heure actuelle, des ChiDois et des Tonkinois sont également recrutés pour Tenir en Nouvelle-Calédonie.
1 Ces 300 francs sont déânitiTement acquis à radministraUon, )«jour où l'engagé me les pieds chez son engagiste.
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une fois le docteur, pour se mettre en règle, beaucoup avec Tadministration, un peu avec sa conscience, pour ne pas se voir refuser un certificat d'origine de décès ; et c'est tout * !
Il est évidemment difficile d^exiger de tous les engagistes des abonnements médicaux coûteux, leur assurant, à grandes distances des centres, des visites fréquentes et régulières; mais de même que l'administration a le devoir de veiller avec un soin jaloux sur le recrutement des Néo-Hébridais, pourquoi n'étendrait-elle point efficacement sa protection sur les engagés, ces véritables mineurs qui ont droit à la sauvegarde, à la tutelle de la loi?
Pourquoi ne pas mettre, par exemple, les engagistes en demeure d'avoir à présenter, une fois par mois k l'administrateur^ assisté d'un médecin, tous les travailleurs ?
Ce dernier désignerait les malades, les impotents, indiquerait le traitement, exempterait momentanément de travail, provoquerait une demande d'hospitalisation, de rapatriement s1I y savait lieu.
L'autorité administrative, de son côté, ferait les observations nécessaires, et se chargerait de faire exécuter les prescriptions médicales. En môme temps, on pourrait de la sorte recevoir les réclamations qui s'élèveraient de la part des Néo-Hébridais, s'assurer qu'ils ont été payés en argent ou en nature, d*après les conditions du livret, et que, dans ce dernier cas, la valeur des marchandises fournies n'était pas inférieure à la somme due.
N'assure-ton pas en effet qu'en échange de mois de travail, des engagés n'ont reçu parfois de leurs patrons peu scrupuleux, qu'un simple mouchoir de poche, ou quelques figues de tabac *?
Nous nous sommes étendu assez longuement sur cette ques-
* La maladie qui fait le plus de rarages parmi les Néo-Hébridais est la phtisie. Puis vient la dysseuterie, fréquente du reste chez tous les habitants de la Nouvel le-Calédonie. Elle est, en général, chez les Européens bien soignés, d'une bénégnité remarquable, et guérit rapidement. Elle reconnaît pour causes les écarts de régime, et le refroidissement. Chez les indigènes au contraire, peu habitués à notre genre de vie, toujours prêts à quitter, à n'importe quel moment, les vêtements que nous leur imposons, elle acquiert, faute de soins, et vu la sensibilité de la race, une gravité redoutable.
* Sans parler des questions de justice, d'humanité et d'intérêt, qui font un devoir à radministraUon de surveiller lei» engagés et les engagistes, n'oublions pas, qu'au point de vue de la santé publique, au moment où la lèpre fait dans Tîle les ravages que l'on sait chez les indigènes, et n'épargne pas toujours les blancs, il est indispensable de séparer et d'éloigner de ses camarades tout individu suspect, capable d'engendrer autour do lui un foyer de contagion.
2o2 LA NOnVRrj.E-nyVLftDONTR KN IftftO.
tion. En attendant que nous nous soyons installés sérieusement aux Nouvelles-Hébrides, si jamais nous les occupons, son importance est capitale. De la façon dont seront recrutés et traités en Calédonie les Néo-Hébrîdais, dépend en grande partie la sécurité des Français établis dans leur pays *.
Le Loyalty a mouillé dans la baie de Chépénéhé, h côté de
quelques autres navires qui viennent demander aux îles le coprah, les champignons, la biche de mer, objets d'un important commerce.
La biche de mer! Singulier nom donné à ces masses gélatineuses que Von pêche à marée basse. Ce sont des holoturies dont on trouve plusieurs variétés sur nos côtes. L'on mange VHoloturie edulis; les Malais et les Chinois en sont très friands. Ils attribuent à la chair de cet animal toutes sortes de propriétés merveilleuses. Aussi, en Chine, la biche de mer se vend-eile jusqu'à 2,000 francs la tonne.
Cuite à Veau bouillante, avec diverses viandes, épices, ingrédients, c'est, paraît-il, pour les faces jaunes, un mets de roi.
Mais n'allez jamais le proposer h des Canaques; ils ont la biche de mer en horreur.
Dans les premières années de notre occupation, avant même, on en faisait un grand trafic. En 1862, le commerce calédonien en exportait pour 100.000 francs, et les quelques négociants de l'île en envoyaient à Sydney jusqu'à cinq espèces différentes, au prix de 300 h 750 francs la tonne *.
Rien de plus simple que la préparation de cet aliment bizarre. Après avoir laissé sécher les holoturies, dont la masse atteignait la dureté du bois, ou bien après les avoir fait bouillir pendant vingt minutes pour leur faire rendre Teau, on les fendait dans toute leur
1 Les relaUons de la Nourelle-Caléilonie arec les Kourelles-IIébrides se sont peu étendues jusqulci, et on ne peut dire que les échanges commerciaux «oient en Toie de progrès, si on consulte le mourement des navires pendant ces dernières années.
I/occupation de ces îles ne serait pourtant point imposi^ible.
Certes, le paludisme j règne, terrible dans ses effets. Mais en utilisant dans ces contrées, des YolonlairfS bien rr-tribués, souvent renouvelés, peut-on désesjiérer d*y créer un puissant établissement commercial, lorsque nous j anrons accompli les travaux d'assainissement, les constructions hygiéniques nécessaires? Pour ces dernières besognes, les indigènes, les forçats calédoniens, les libérés, semblent tout indiqués comme devant être les ouvriers choisis par l'adminislralion française.
* Rn 1887, la Calédonie n'expédinit plus que pour noe somme de 60,000 franes dlioloturies. En résumé, c'est une industrie qui tend è disparaître.
LK NOUVEt^LR-nALftDONlE F.N 1R90.
ton
longueur. Puis, les pécheurs procédaient à la dessiccation des Iripangs, sur trois étages de claies disposées sous un hangar, et sous lesquelles ils allumaient un grand feu destiné à tenir l'holoturie bien sèche, jusqu'à son envoi à Port-de-France, où tous les produits de cette nature étaient expédiés par les pécheurs des côtes.
Arrivés au terme de notre course, nous avons h remercier les
personnes qui nous ont suivis aux antipodes.
Nos lecteurs connaissent maintenant la Nouvelle-Calédonie, les épreuves de son passé, les vicissitudes du temps présent, et les espérances qu'elle fonde sur l'avenir. Ils ont pu suivre la transformation lente mais progressive de notre colonie, juger de ce qui a été fait, de tout ce qui reste à faire, et voir par quels moyens on peut favoriser son essor.
Puissent-ils, comme nous le disions dans notre préface, tirer la conclusion de ces pages, écrites avec conviction, par amour du pays qui nous les a inspirées, mais sans prétention d'aucune sorte.
Non, la Calédonie n'est point un sol voué aux forçats! Le
bagne, son rôle terminé, est appelé à disparaître. Non, la Calédonie n'est pas une île d'anthropophages! Le cannibalisme a vécu. La place y est large au soleil pour le colon honnête; elle y est bonne pour Tor du capitaliste; la moisson la plus fructueuse sera la récompense des travailleurs et des audacieux.
A nous de les encourager, de les diriger vers Nouméa; nous servirons ainsi la France, en suscitant chez tous, en faveur d'une terre justement réhabilitée, un généreux : Sursutn corda^ I
* C'est là surtout le réie de tous les Français, qui ont librement habité la colonie. Ils sont nombreux déjà ; mais, isolés, leurs efforts demeureraient peut-être stériles.
Que ne demandent-ils, comme tant d'autres, à Tassociation leur force? Le litre de la Société c^l tout trouvé, en attendant ses statuts; et la « Calédonienne » est sûre d'avance iJe réunir de nombreux adhérents.