‹ Au pays des cannibalesChapitre 144 sur 185 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Une famille de zoologistes. — Kangourous carnassiers. — Comment l'échidné se reproduit. Indigènes civilisés. — Armes et ustensiles. — Civilisation et démoralisation.

Un peu plus lard je fis un voyage dans l'ouest. J'allai visiter une station appartenant à M. Barnard, et qui a un nom australien bien étrange : Coomooboolaroo. La famille de ce squatter s'intéressait beaucoup aux sciences naturelles; j'ai rencontré souvent cet intérêt, mais rarement aussi prononcé. Ce squatter était lui-même un entomologiste distingué, et possédait une fort belle collection d'insectes, qu'il augmentait sans cesse. Sa femme l'aidait dans son travail et faisait de jolis dessins des bêles de la collection. Leurs quatre fils, favorisés des mêmes goûts, enrichissaient aussi ce petit musée de famille, y accumulant des raretés; je n'ai jamais vu de plus adroits, de plus habiles collectionneurs.

Ils m'accompagnèrent dans plusieurs de mes excursions à la forêt, où nous campions ensemble : j'étais donc dans la meilleure situation pour admirer leur habileté.

Ils grimpaient aussi bien que les Noirs, sinon mieux. Le tomahawk en main, ils ne trouvaient aucun arbre trop haut et entaillaient I ecorce pour leurs doigts de pied. Ils parvenaient de la sorte à mettre la main sur les insectes qui ne logent qu'au sommet des arbres. Ayant les pieds nus, ils gardaient les mouvements souples, et arpentaient sans ombre de gêne les terrains pierreux ou montueux, but ordinaire de nos promenades. Le pied bien posé sur les

endroits les moins praticables, ils remarquaient tout : rien n'échappait à leur attention toujours en éveil. Même lorsqu'ils avaient épaulé, quand ils étaient prêts à faire feu, on les voyait courir après un insecte qui passait en bourdonnant ; ils étaient capables de prendre les coléoptères au vol avec la main.

Leur finesse d'observation m'étonnait. Ils étudiaient la vie et les mœurs des animaux, m'initiaient à des détails d'un très vif intérêt. Leurs tournées quotidiennes leur avaient appris à connaître la faune du pays; mais ils ne se bornaient pas à étudier les alentours de la station : leur père les envoyait aussi faire d'assez longues expéditions, d'où ils revenaient généralement les mains pleines.

Les talégalles (Talegalla Lathami) ne manquaient pas aux environs. On ne sait pas encore de quelle façon s'y prennent les petits pour sortir du tumulus original où ces oiseaux déposent leurs œufs pour les faire éclore artificiellement, à la façon des mégapodes. M. Barnard cependant croit l'avoir découvert : Un jour ses fils lui apportèrent un œuf retiré d'une tombelle faite de végétaux en décomposition. Il l'enfonça dans un tas de fumier, près de sa maison, et au bout de quelque temps, voulant se rendre compte de l'état auquel était arrivé l'œuf, il loucha doucement le fumier, qui céda sous cette molle pression, et l'on vit un poussin couché sur le dos, les pattes allongées, s'efforçanl de quitter sa prison. Au moment où l'on avait touché au fumier, il ne restait plus rien à enlever.

Les jeunes gens avaient aussi remarqué, en creusant pour trouver des œufs de talégalle, que le poussin sort du tumulus couché sur le dos et jouant des pattes. Les matériaux qui entrent dans la construction de ce monticule paraissent être moins serrés en bas que dans le haut, qui est composé de matières plus grossières. Dans une station voisine, un talégalle mâle et apprivoisé faisait ménage avec des poules, qu'il chassait toujours du côté des buissons, près de la maison. Chez le propriétaire, c'était une intime conviction que le talégalle voulait forcer les poules à construire un tumulus. Si elles s'enfuyaient, par manque d'intelligence, il revenait à la charge et rejetait de nouveau les poules vers les buissons. Il finit par se montrer si ennuyeux, qu'on l'abattit d'un coup de fusil.

Au mois de septembre, mes jeunes compagnons trouvèrent à Fairfield, non loin de la station, des nids du beau perroquet d'Aus-

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