AVANT-PROPOS DE L'AUTEUR
Chargé d'une mission par l'Université de Christiania, j'entrepris de 1880 à 1884 un voyage en Australie, dans le but de faire des recherches pour les musées zoologiques et zoolomiques de l'Université et d'étudier les mœurs et l'anthropologie des tribus peu connues qui habitent.ee continent.
Je visitai d'abord les trois colonies du sud-est : l'Australie du Sud, Victoria et la Nouvelle-Galles du Sud, et me mis en rapport avec les musées des capitales, Adélaïde, Melbourne et Sydney. Partout je reçus un accueil charmant et je dois des remercîmenls particuliers à M. le baron Ferdinand von Mueller, botaniste distingué de Melbourne, à M. Fred. M'Coy, professeur de zoologie et de minéralogie à l'université de cette ville, ainsi qu'à M. le docteur E. P. Ramsay, directeur du musée de Sydney, pour l'aide qu'ils m'ont donnée dans l'accomplissement de la mission qui m'était confiée.
Je vécus, depuis le mois de novembre 1880 jusqu'au mois
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d'août 1881, à Gracemere, station charmante du Queensland Central et appartenant à MM. Archer frères, qui toujours ont fait preuve à mon égard d'une hospitalité amicale, et cela m'a beaucoup facilité mjn travail, dans bien des circonstances. I*e même accueil m'a été réservé par M. Walter J. Scott, propriétaire de la station Valley of Lagoims, dans le Queensland Septentrional. Je prie ces messieurs de vouloir bien agréer ici l'expression de ma sincère gratitude.
Ce ne fut qu'en août 1881 que je commençai réellement mon premier voyage d'exploration ; je pénétrai dans le Queensland Occidental et fis 800 milles anglais vers l'ouest sans escorte ; mais je n'obtins pas un résultat répondant à mes efforts.
Je choisis pour champ d'explorations le Queensland Septentrional, où je passai en tout quatorze mois, voyageant et étudiant sans cesse. Je vécus près d'un an, depuis août 1882 jusqu'à juillet 1883, seul avec les sauvages dans la région arrosée par Herbert river, lleuve relativement large et profond qui se jette dans l'océan Pacifique à 18 degrés de latitude sud. Ces sauvages appartiennent à une race d'hommes placés sur le dernier échelon de la civilisation — si vraiment il peut être ici question de civilisation, — car l'aborigène d'Australie est non seulement anthropophage, mais plusieurs tribus même sont encore aux débuts de l'âge de pierre. Les particularités ethnographiques de cette race ont déjà fait l'objet d'études approfondies, mais qui ont porté surtout sur les indigènes habitant le plus ail sud, et ces Noirs ont, sous plusieurs rapports, une supériorité évidente sur leurs parents du nord. C'est de ma vie chez ces aborigènes, et du résultat de l'expérience que j'ai acquise pendant ce séjour/ que traite principalement cet ouvrage, qui a pour but de donner Une image fidèle de la manière de vivre des indigènes australiens, de leurs us et coutumes, depuis leur naissance jusqu'à leur
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mort, et par là (rapporter un appoint à la science ethnographique, en donnant des détails sur des tribus qui n'ont jamais eu aucun rapport avec des Blancs et sur une race d'hommes qui, avant peu, aura sans doute complètement disparu de la terre.
Tout en poursuivant ces études anthropologiques, j'ai réussi à me procurer une assez grande collection d'objets et d'animaux jusqu'ici inconnus et qui sont maintenant déposés dans les musées de l'Université de Christiania. Cette collection se compose, pour la majeure partie, de vertébrés, parmi lesquels beaucoup de mammifères sur lesquels M. le professeur R. Collctt a donné des délails très complets dans les Zoolo- (jische Jahrbïïcher, Iéna, 1887, d'environ 700 oiseaux différents, d'un grand nombre de reptiles et de batraciens, de quelques poissons, ainsi que d'insectes et d'animaux d'ordre inférieur. J'ai découvert quatre mammifères nouveaux pour la science, déterminés par le professeur R. Collelt, qui en a fixé les noms dans the Proceedings of the Zoological Society of Londm, 1884; ces mammifères sont le Dendrolagus Lnmholtzii (kangourou des arbres) et trois espèces d'opossums : le Trichosurus Ârcheri, le Trichosurns herbertensis et le Tnchmirus lemuroides.
En terminant cet ouvrage, je tiens à exprimer mes remercîments à MM. Robert Collelt et Ossian Sars, professeurs de zoologie à TUniversité de Christiania, qui, les premiers, m'ont poussé à cette entreprise et qui jamais ne m'ont abandonné lorsque je faisais appel à leur aide et à leurs conseils.
Pour mon aperçu sur la géologie de l'Australie, j'ai eu recours aux lumières de M. le docteur H. Reusch, de Christiania; et pour l'aperçu sur l'histoire de ce continent j'ai fait appel aux conseils éclairés de M. A. M. Hansen, secrétaire de la bibliothèque de l'Université de Christiania.
in AVANT-PROPOS DE L'AUTEUR.
Une partie des illustrations contenues dans ce livre ont été dessinées par le peintre A. Bloch, de Christiania, d'après les esquisses, photographies, objets et animaux que j'ai rapportés d'Australie et que l'artiste a su rendre avec une grande fidélité.
La présente édition a été de plus enrichie par les artistes français de belles et nombreuses gravures exécutées à l'aide des meilleurs duniments que j'ai pu me procurer.
J'ai eu la bonne fortune de voir mon ouvrage traduit par MM, Y* cl W. Molard. M. Victor Molard s'est fait avantageusement connaître dans le monde littéraire Scandinave par ses excellents travaux sur Holberg et ses traductions d'Asbjornsen et autres auteurs norvégiens. Je ne pouvais souhaiter un meilleur introducteur devant le public français, et je profite de l'occasion pour remercier sincèrement M. Y. Molard des soins incessa nls grâce auxquels non seulement cette édition parait dans une forme 1res élégante, mais encore correspond entièrement à [original, dont elJe est en français la minutieuse et fidèle reproduction.
Parb, aoùl 1899.
CARL LlJMliOLTZ.