CHAPITRE I
Ce qu'est l'Australie. — Le monde renversé. — Départ de Christiania. — Senteurs de terre. — Adélaïde. — Le Jardin Botanique. — Vins d'Australie. — Melbourne, la Reine du Sud. — The working men. — Les arbres les plus hauts du monde. — Les deux mammifères les plus communs en Australie.
La population de l'Australie ne serait, dit-on, qu'un ramassis de eonvicts. On se représente ce pays comme un immense désert aux chaleurs torrides qui brûlent la peau au point de la rendre tout à fait noire, et l'on raconte qu'une Allemande, à la vue d'un de ses parents revenu aussi blanc qu'il était parti, en manifesta hautement sa surprise. Ne m'a-t-on pas demandé, à moi, si l'usage des couteaux, des fourchettes, etc., était connu là-bas?
La vérité, la voici : L'Australie est un pays des plus séduisants, dont les mines d'or ont attiré des milliers d'individus de toutes les parties du monde, et ses innombrables troupeaux de moulons fournissent les marchés du monde entier d'une laine sans rivale pour la flnesse. Ce continent se recommande tout particulièrement à l'attention du naturaliste, qui y rencontrera les deux mammifères les plus intéressants du globe, V ornithorynque et Yéchidné, et pourra y étudier des êtres bizarres : mammifères à bec d'oiseau, cacatois et cygnes noirs, abeilles dépourvues d'aiguillon, toutes choses diamétralement opposées à ce que nous avons l'habitude de voir. Quelques exemples : la queue de la bergeronnette australienne ne se meut pas
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de haut, en bas, comme celle de notre hoche-queue; par contre, (tiiiiins arbres tournent la tranche de leurs feuilles vers le ciel, au lieu de la présenter de côté; d'autres perdent leur écorce, non leurs feuilles, et Ton trouve des cerises dont le noyau recouvre la chair. Tout nous semble donc à contresens, et paraît justifier le vieux proverbe : « En Australie la beauté manque aux femmes, le chant aux oiseaux et l'odeur aux fleurs ».
Peu de beautés naturelles, excepté les métaux et les pâturages; point de gibier délicat dans les bois; dans les rivières et les lacs, il m poisson de qualité médiocre, sentant la vase, et, pour achever le lablea.il, des racines et des fruits à peine mangeables.
Mais le pays possède des avantages qui compensent largement ces regrettables lacunes. Ce qui y est importé réussit admirablement, cl presque toutes les plantes cultivées semblent s'être donné rendezvous ea4ïe Adélaïde et le cap York. Dans la partie sud, la première place <sL faite aux pommiers, aux pommes de terre, etc.; puis croît la vigne; et tout au nord, la canne à sucre, ainsi que d'autres plantes tropicales.
Lors de l'arrivée des Européens, nos animaux domestiques y étaient inconnus, mais depuis quelques années les riches herbages dû l'Australie nourrissent des millions de bestiaux. Le cheval est si bien acclimaté, que sur plusieurs points on le rencontre revenu à l'état sauvage ; même observation pour les bestiaux. L'Australie en est arrivée à exporter des chevaux dans l'Inde, dans les possessions françaises, et, à l'occasion, à fournir l'Angleterre de chevaux de course.
Moineaux gris et lapins ont tellement pullulé qu'on cherche à s'en débarrasser par tous les moyens possibles. Pour la destruction de ces derniers, de fortes primes sont proposées.
Quelques personnes s'imaginent que l'Australie est une île de petites dimensions. Erreur grossière, car par la grandeur elle se rapproche de l'Europe. Ce qui la caractérise au point de vue physicogéographique, c'est la rangée de montagnes qui la traverse du nord au sud, longeant la côte orientale, et porte le nom de the Great Divi- (liiitj Itauge. Cette chaîne de hauteurs, qui attire la pluie et donne naissance à de nombreux cours d'eau, rend ce côté du continent beaucoup plus fertile que la partie occidentale. La région du sud est