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bonne gamelle, débordante d’un bouil- Jon de la cruche, où Ss’entassent généreusement une feuille de chou vert, trois haricots rebondis, deux épaisses tranches de pain, quatre pommes de terre ridées et trouées de germes, le tout couronné d’une savoureuse tranche du cartilage d’un vieux bœuf.
Et puis dans les villes, on se couche sans appréhension, on dort sur ses deux oreilles, étranger aux émotions d’une ronde d’avant-postes. Chez nous, à l’instant, le factionnaire me prévient que c’est le bon moment pour la mienne.
Ça dure une heure. Des ravins à franchir, des rochers à escalader, des ruisseaux à traverser, de la boue parfois jusqu'aux chevilles, et une nuit de nègre.
Je rentre au petit poste à cinq heures.
Tout va bien, le service est assuré.
Peu après nous revenions au Camp, moulus, humides de rosée, les yeux rouges, boueux des pieds à la tête, cour-
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baturés de partout. Notre tour de ser.
vice était passé.
Les agréments Jde la vie militaire en temps de paix sont décidément incompris, même des initiés.
Aujourd’hui, j'ai pa prendre un bain, J'en avais besoin.
Les sources du Marabout sont à quelques pas d'ici. L'eau est chaude et Je bassin est assez profond.
Nous parlons plusieurs ensemble,
Trois palmkrs, dont les branches fluettes, régulières et allongées, retombent en panache gracieux, ombragent et indiquent l'endroit. De jolis petits cailloux ronds, bien blancs, faits exprès, tapissent le fond du réservoir. Les eaux sont calmes et transparentes; les rives, à pentes douces, toutes gazonnées de vert, sont parsemées de fleurs mignonnes et tardives.
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MANŒUVRES, 197 Evo RREREEEIRRERRRPRERIRERRPRRRRAIPERTES
Déposant nos habits sous un palmier, nous plongeons voluptueusement dans la source.
C'est le paradis. Nos sens s’engourdissent, une molle volupté s'empare de tout notre être. Nous nageons, hbéats, à travers un.fluide bienfaisant, qui nous réchauffe, nous caresse, nous endort, nous anéantit dans une ivresse lasse, où il ferait bon rester toujours.
Longtemps, longtemps, nous balancons nos corps fatigués dans la tiédeur d'une eau limpide qui nous fait oublier les heures.
Enfin, le maudit clairon du rassemblement nous rappelle à la dure réalité.
Nous sortons vivement du bain, et, courant au camp, nous prenons place dans le rang, criant après les hommes, rectifiant les mouvements, grincheux comme des scies.
Si j'avais un droit d’ainesse à vendre, je le troquerais volontiers contre un bam
dans les sources du Marabout de ge Sidi-Abdelli. m à av RE re
Les manœuvres sont finies, et un long jour nous sera accordé demain pour nous reposer.
Que faire ? Aller à la cantine des
zouaves ? Peut-être. Dîner aux Quatre- qu Drapeaux ? Kncore. | En attendant, dormons, demain nous et
verrons...
La nuit, a été calme, le ciel favorable, le sommeil assez tranquille, mais le réveil éclatait ce matin dans un joyeux flafla. La musique du régiment faisait des frais de bémols et de dièzes.
Tous les barytons, trombones, basses et pistons sonnaïent en mesure, faisant frémir les toiles de tente, d’où émer-
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geaient des têtes gonflées de sommeil, mais toutes heureuses de se réveiller avec la pensée d’une journée entière de repos.
Cette nuit, J'ai été témoin d’une scène.
Ma tente n’est pas loin de la musique. |
Le premier trombone, lesté d’absinthe et de cognac, est venu chercher son logement dans mes parages.
Il jurait comme tout homme doit le faire dignement quand il ne trouve pas ce qu'il cherche.
Les piquets et les cordeaux de tente sont des entraves gênantes dans les explorations nocturnes à travers un camp.
Le trombone, mâchonnant de gros
mots, prenait un plongeon dans ma toile,
rebondissait en pirouettant sur lui-même, s'abattait sur un cordage, se relevait de
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nouveau, faisait encore quelques pas, pour s’écrouler une dernière fois, paquet inerte de chair humaine. Cessant tout effort, il se contente de protester avec de sourds grognements. Vautré, flairant la boue, humant le sol, il reprend un peu du poil de la bête; manœuvrant des pieds et des mains avec son ventre comme pivot, il réussit enfin à se relever avec dignité. Reprenant un peu ses esprits, 1 se consolide sur ses jambes, cherche à s'orienter et repart de nouveau avec décision à travers l'inconnu des piquets et cordages, pour arriver enfin à sa tente après avoir subi de bien cuisantes humiliations.
L’absinthe est un mauvais compagnon de voyage, la nuit, en pays accidenté. Le trombone boueux, moulu, écorché, n'a pas dû creuser longtemps cette reflexion.
Aussitôt sous sa toile, aussitôt 1l ronfilait en mesure. |
Le sommeil est par contre un réconfortant supérieur, car, ce matin, en
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voyant mon musicien souffler avec éclat dans son arme, Je ne découvrais aucune trace d'émotion sur son visage réparé.
Après le réveil, en route pour le bonheur. Un long jour à flâner, à étudier les hommes et les choses.
Aller à la cantine, c’est le premier pas convenable que fait tout militaire honnête en campagne. La cantine est une force, un atout à la guerre.
Dans le trajet, je trouve un lavoir.
Un grand diable de tirailleur kabyle tape sur sa chemise, un artilleur brosse un pantalon, un spahi étire son turbän, un légionnaire roule soigneusement son couvre-nuque, un zouave tord un caleçon, un chasseur d'Afrique nettoie ses basanes, un tringlot, sa veste, un ouvrier d'administration et quelques commis d’intendance lavent leurs faux-cols et leurs manchettes ; c’est une salade d'hommes
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de toutes tailles, d'effets de toutes sortes, gel et des cris, des rires, des conversations s'e de tous les crus. | pal
* “x sOT mA La scène me retient un peu. pot
Je prête l'oreille et je suis bientôt fixé, On critique la dernière manœuvre ; on se moqre les uns des autres ; on passe au crible la conduite des chefs ; tout était J mauvais, mal commandé, mal exécuté.
Ça réconforte pour l'avenir de voir que le moindre soldat est capable de tout diriger. J'ai ici une vingtaine de gaillards qui causent avec compétence de la tactique de leur arme. Avec de pareils soldats, les officiers n’ont rien à faire Aussi je me retire avec la conviction que tous ces stratégistes gouaiïlleurs ont l'aigrette du commandement quelque part.
Méfions-nous des déboires cependant, Beaucoup trop de jeunes gens qui s’enga-
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gent croient de suite que c'est arrivé et s’en vont Gros-Jean comme devant.
La parole est facile, mais l'action parfois difficile. Les critiques, les blagues sont vite lancées, mais la poire du commandement est généralement trop verte pour être cueillie.
Je m'approche de la cantine en traversant le camp.
Les faisceaux sont formés, les sacs, tout préparés, s’entassent en pyramides régulières. On est prêt pour le départ du lendemain.
Les sergents et caporaux de semaine crient après les hommes de corvée, distrbuent le campement de la. route, partagent le sucre et le café, pendant que le factionnaire au drapeau, tout pénétré de ses fonctions, se promène lentement sur le front de bandière, sans se préoccuper de ceux qui l'entourent.
Les couvertures, roulées en ballots per sont entassées près des faisceaux, atten- fon dant les mulets du train qui doivent les bot transporter. ass
On a abattu les grandes tentes. Les sup fourriers, gesticulant, se démènent avec bal
4 importance, comptant les piquets, les pât supports d’auvent, les maillets, classant, bou empaquetant le tout dans de grands glis SACS. | les
Partout la mine réjouie, l'allure tèle
affairée de la veille d’un dér art longtemps désiré. Car, dans son inconstance enfantine, le soldat rêve sans cesse de changement. En route, il aspire au repos ; au camp, il désire partir.
Me voilà à la cantine des Quatre-Drapeaux.
Une majestueuse matrone à trois chevrons, le menton garm de la toison vigoureuse d’une barbe mâle, les yeux