‹ Au pays des étapes [microforme]Chapitre 4 sur 67 · PP PL D PT PP · texte numérisé non relu

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canon, de fusillades, de charges à la baïonnette, de fumée épaisse, où flottait, triomphant, le drapeau de la France.

Sitôt levé, j’accourais auprès de mon

vieil ami, qui recommençait ses récits l héroïques. 1 i \ S)

Plus tard, à l’école, je recus en prix un livre illustré, où Je voyais des batailles, des soldats francais en marche et au

bivouac. | Une des gravures me faisait pleurer de ‘ L :

rage. Elle représentait un malheureux lé grenadier qu’un cavalier arabe traînait US !

attaché à ja queue de son cheval. É Un jour, pris de fureur je sauvai la |

vie au grenadier, en déchirant l'image, jetant l’Arabe au feu. Ainsi délivré, j'étais certain que mon fantassin pouvait s’en retourner rejoindre ses camarades.

à la ttait,

Donc, en arrivant au Havre, à deux mon ! heures du matin, j'attendais avec impa- Écits É D tience le moment où le soleil me perraet-

MT trait de mettre pied à terre pour voir un # soldat français.

Enfin l'horizon se colore peu à peu, le U jour arrive et je débarque.

x un : | Sans renseignements, guidé par mon lles, (instinct, je flâne dans les rues, louvoyant t au ! de e1 de là, cherchant à reconnaître par “7 leurs dehors les grands bâtiments qui r de # abritaient les héros de mes rêves.

reux À Jusqu'à huit heures du matin, mes nait L recherches furent vaines et je commen- ‘ çais à croire que le Havre n'avait pas de FA A garnison, quand, soudain, au détour age, | d’une rue étroite, je me trouve nez à nez Par avec un tourlourou pur-sang.

ue Dieu ! quel désenchantement !

Il paraissait fatigué, vanné, en proie à un malaise général qui le faisait z1gzaguer.

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Un shako monumental écrasait sa petite tête imberbe ; sa capote se tordait en plis nombreux sur son torse maigre; ses bras, comme des antennes, se balançaient avec des mouvements lents, le long de ses cuisses ; ses pieds, immenses, pris dans d’incommensurables souliers, émergeaient d’un pantalon — deux fourreaux informes — qui s’arrêtait à la cheville.

Son pas lourd, sans cadence, faisait résonner le pavé d’un bruit mat, comme les coups de battoir d’une blanchisseuse fat'guée.

Le regard terne, la figure pâle, la bouche molle, tout l’ensemble banal et ahuri.

J'avais là devant moi un troupier fran- çais, mon rêve de quinze ans, le héros de mes épopées, le descendant de ces preux herculéens dont la légende avait soigneusement grandi chez moi les proportions homériques.

Comme un éclair surgissent dans mon

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it sa à esprit des visions sublimes : les chevardait MS liers sans peur et sans reproche, les igre ; vigoureux hommes d'armes, les dragons alan-- de sinistre mémoire, les fringunts et S, le M braves mousquetaires, les vieux grenases, M diers de la garde impériale, les terribles iers, © soldats d'Afrique, les gais et insouciants eux M ouaves de l’Alma, les fiers vaincus de à la 1870... pour s’enfuir et s’éleindre,

1 me laissant seul face à face avec mon iSait pauvre petit fantassin.

me Contraste ironique !

4 Q ° h euse Je venais de quitter le soldat anglais,

"7 raide, bien sanglé dans sa veste rouge, , la 4 une badine de dix-huit pouces à l'et © la main, une étroite jugulaire pinçant sa lèvre inférieure, fier, NN grave, ne riant jamais en dehors ros . de la caserne, marchant toujours ces MN à la promenade comme à l’exerait Æ cice, dédaigneux du passant, con- TO- à fit en sa vaniteuse morgue de Ja

ruc.

Le petit troupier marchait vers

moi. Je le croise en le dévisageant. Il se range timidement me laissant tout le trottoir.

Le misérable! pas même hardi, pas même insolent !

Attristé, je me dirige vers la gare pour prendre le train de Paris.

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Comme tout ce pays est beau! un jardin continuel, pas une parcelle de terre inculte !

Partout des bois, des bosquets, des champs cultivés, d’élégantes maisons noyées dans la verdure, des fleurs, de jolis cours d’eau, encore des fleurs, toujours des fleurs.

Le train court à travers un paradis terrestre.

Mais comme tout me paraît mignon, petit, mièvre !

Les voitures du train sont minuscules, la locomotive est grèle, avec un sifflet qui crie comme un jouet d'enfant. La Seine, un fleuve, ressemble à une petite rivière d'Amérique; les bateaux qui la parcourent sont autant de chaloupes.

Les prés, les champs, les jardins, les bois sont grands comme des mouchoirs de poche.

Quelle différence avec nos rivières, nos lacs, nos forêts, nos prairies immenses!

Et les gigantesques palais à vapeur du

Saint-Laurent, du Mississipi, de l’Hudson |

Ei les viaducs hardis, les pilotis titanesques de nos chemins de fer, les ponts grandioses, perchés sur des échasses pyramidales à travers nos larges et profonds cours d’eau.

J'arrive à Paris. Ici, autre désenchantement.

On m'avait tant vanté cette immense capitale que je fus tout naïvement étonné d'y voir des maisons comme partout ailleurs.

Il me fallut un bon mois pour me rendre compte de la beauté de la ville.

Ensuite quel enthousiasme toujours croissant !

Les Tuileries, le Louvre, les vieux monuments, les grands palais, les musées, l'Opéra, les théâtres, les hôtels de maître, les places publiques, les parcs,

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les Champs-Elysées, panorama merveilleux sans cesse renouvelé !

Et puis, au théâtre, quelles représentations, quels concerts, quels artistes en tous genres !

Exhibitions continuelles, musées, bals publics, fêtes de toutes sortes. Et ces boulevards, ces coquettes avenues, magasins somptueux, cafés et restaurants, vie intense et continuelle de jour et de nuit !

Jamais une minute de trève, toujours la fièvre de vivre, la rage du mouvement, | à peine le temps de dormir un peu sur vingt-quatre heures.

Dans les journaux, les mieux rédigés | du monde entier, chaque matin, chaque soir, les annonces de réjouissances tou- Jours nouvelles, où les plus grands artistes en tous genres travaillent de concert.

Chez les éditeurs, chez les libraires, tous les jours, les nouveautés piquantes du roman, de l’histoire, de la poésie, des arts et des sciences.

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Pendant des mois, ce fut pour moi un rêve, un enchantement continu.

J'oubliais tout, me laissant aller à la dérive d’un bonheur longtemps désiré et complètement satisfait; et j'étais pourtant venu en France pour être soldat !

Un matin, par hasard, lisant un journal, mon regard s'arrête sur l’annonce d’une grande revue à Longchamps.

Un remords me prend. Allons voir ça, me dis-je, avec une légère arrière-pensée.

| | Le petit troupier du Havre traînait 1! à toujours dans mes souvenirs. Aussi, ses D l': grandes antennes endolories, ses quilles paresseuses, sa figure imberbe, son re- 4 d; gard terne, ses gros souliers et son ls immenes shako m’avaient laissé une trop et pénible impression. D Je me dirige sans enthousiasme vers à 4 l'immense champ où le ministre de la 5 ;

guerre devait passer sa revue. à Arrivé des premiers, j'avais pris place SE },

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en avant, et je pouvais tout à mon aise voir manœuvrer l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie et toutes les armes.

Changement à vue!

Le fantassin pris individuellement fait assez maigre figure devant un étranger, mais en masse 1l est superbe. Pantalon dans les guêtres, jugulaire sous le menton, marchant allègrement à la cadence d’une musique animée, ce n’est plus le même homme.

Un air crâne règne sur chaque rang, les jarrets sont tendus, les yeux sont brillants, les armes sont bien placées, l'alignement est parfait.

C'était un spectacle émouvant pour un dilettante militaire.

Mes poumons se dilataient de plaisir, et le fantassin du Havre s’évanouissait peu à peu pour ne plus laisser bientôt dans mon esprit que la trace lointaine d’un mauvais rêve.

Quelle élasticité dans ce défilé ! Quelle helle attitude des soldats et des officiers !

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Quelle marche lesie et nerveuse ! Quelle correction dans les alignements !

J'étais absolument ravi.

Mais ce fut bien autre chose quand vint la cavalerie,

Grands gaillards, gonflés de muscles et de sang, carrément assis sur des bêtes superbes, tenant immobiles à la main des lattes éblouissantes au soleil, coiffés de casques métalliques aux mille reflets, dont les crinières flottantes fouettaient les reins robustes, j'avais là, devant moi, défilant au trot, la garde républicaine, cette troupe d'élite qui fait l'admiration de tout étranger.

Ils étaient suivis de près par les cuiassiers, les chasseurs, les hussards, les dragons.

C'était du délire partout.

Puis vint l'artillerie.

Chaque ligne de batterie passait devant moi avec la rectitude d’un cordeau tendu, essieu contre essieu, roulant avec un fra-

} cas de tonnerre, conversant aux angles

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