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Ces charmantes filles chuchotent entre elles, se poussent du coude, éclatent de rire en se moquant de nos têtes émaclées. | Allons! allons! belles demoiselles nous avouons que nous sommes pour Je moment de bien tristes sires. Mais attendez une heure; attendez le nettoyage complet de l'étape, le coup de rasoir des beaux jours, et vous verrez alors de pimpants mirlifiores qui ne le cèderont en rien à vos charretiers grossiers, à vos alfatiers crasseux, cavaliers de vos ré.
ves ! Vous verrez les prouesses que peut accomplir un légionnaire quand il en trouve l’occasion, même avec vingt éta- | pes dans les jambes. Son sourire sera d'autant plus doux qu’il ne s’en est pas servi depuis longtemps. Vous aurez h primeur d’une gaieté vierge que la misère a tarie, mais qu’un peu de bonté de votre part fera renaître comme une douce rosée ravive la fleur flétrie. Allons! soyez compatissantes pour des
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guerriers malheureux qui sauront vous récompenser par une reconnaissance d'un jour et la fidélité d’un moment !
Le camp est dressé, la soupe chante sa note joyeuse dans les marmites, le rapport est communiqué, le service est commandé, c’est le moment d’aller nous promener un peu.
Accompagné d’un camarade, je mets le cap sur une buvette où trône, dit-on, uné brune aux yeux bleus. Il n’y a que ls Espagnols pour exhiber de pareils phénomènes. |
J'ai arboré ma meilleure tunique. Le savon, le rasoir nous ont donné du refet. Un petit air de conquête règne sur nous.
Nous voilà attablés.
— Deux bocks, s’il vous plaît !
Les yeux bleus de la Jolie brune s’arrêtent sur nous; ses doigts délicats pous-
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sent les deux verres devant nos soifs de feu et nous plongeons délicieusement nos lèvres dans le mousseux breuvage, Rendons justice à la bière : c’est très bon quand la gorge est saturée de sable et asséchée par une température de quarante degrés.
J'engage une conversation galante avec notre hôtesse ; je la foudroie de regards brülants, de paroles chaudes, de tout l'arsenal amoureux accumulé chez nous par un long mois d’une vie de sauvage.
C’est en vain.
Tous mes coups portent à vide; la douceur de mes yeux, le miel de ma voix sont perdus pour ma victime. Elle semble plutôt effrayée par la barbe fé roce qui croît à mon menton.
Non, là! vraiment, je commence à désespérer de mes charmes ; les étapes
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ne me réussissent pas auprès du beau sexe, le fer à cheval non plus. Les étapes gâtent le teint et la barbe donne un air dur et vieux qui éloigne la jeunesse.
Je recommande aux jeunes pommadés, aux teints frais des villes, de fuir le soleil, la faim, la fatigue. Ils conserveront ainsi plus longtemps cet air mièvre et pâlot qui plait tant aux femmes.
Il faut croire en ma vieille expérience.
Le soldat d'Afrique, malgré la réputation que les romans lui ont faite, réussit très mal auprès des belles. Un beau petit jeune homme, blanc comme un lis, frais comme la rose, aura toujours l'avantage sur lui. Nous faisons peur, nous inspirons la crainte et peut-être l'admiration, ce qui est maigre parfois ; mais l’amour, jamais.
Tant pis, les belles ne sauront jamais ce qu'elles perdent au change.
Impregéiong de Garnison
‘EPUIS quelques jours, je | Jouissais des délices sommolentes d’une garnison insipide. Un événement grave est venu me tirer de ma léthargie : on à fusillé dernièrement un légion-
" naire.
C'était le premier soldat que je voyais mourir légalement sous les balles des camarades. Il était peu digne d'intérêt, mais il est mort en brave, comme tout militaire doit le faire.
Mauvaise tête et Belge de nationalité, l avait fait partie de la Commune en 1870, comme capitaine. Après l’apaisement, ne trouvant pas assez de désordre à Paris pour y gagner son pain, il s'était engagé à la légion.
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Il ne tardait guère à montrer ici comme ailleurs son caractère indiscipliné son esprit de mutinerie, et il eut bien(ôt l’occasion de faire valoir ces funestes défauts d’une manière ostensible.
Etant de garde un jour à la place, sixième d’un poste commandé par un ceporal de vingt ans, il sut se procurer de l’absint} ° et enivrer ses camarades,
Plus âgé que tous, 1l dominait ces jeunes gens par l'audace de ses praros, les éclats de sa voix et sa faconde bruyante d’ancien orateur populaire. Le caporal surtout, très impressionnable, l’écoutait ahuri et bouche bée.
Toutes les têtes, en feu, avaient complètement oublié le service ; on chantait et criait dans le corps de garde.
L’adjudant de place, un lieutenant de
tirailleurs, averti de ce tapage, vient Î faire sa ronde. Il entre au poste et fai :
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une semonce sévère au chef de poste et aux hommes.
Le Belge interpelle l'officier, excite le caporal et les soldats, et tous, transportés de fureur et d'ivresse, se ruent sur le lieutenant, le maltraitent, le frappent et le jettent, grièvement blessé, dans le violon du poste.
Puis on continua à boire, à chanter.
Le corps de garde était éloigné de toute habitation, et le malheureux offcer aurait eu à souffrir jusqu'à la relève suivante sans la présence d’un sergentmajor de ronde.
Celui-ci entre au corps de garde à quatre heures du matin. Pas de factionnaires, et tout le monde dormait sur le ht de camp. Il entend des plaintes au violon, y accourt et délivre le lieutenant.
Se rendre au quartier, commander une nouvelle garde et venir relever les facteux fut l'affaire de quelques minutes.
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Ils passèrent au conseil de guerre,
Le caporal eut vingt ans de travaux forcés, les hommes chacun cinq ans, sauf le communard, qui fut condamné à mort comme plus ancien et meneur de la bande.
La dégradation militaire, suite inévitable de la condamnation, fut prononcée contre tous.
Toute la garnison était sur pied.
À quatre heures du matin,une voiture d’ambulance escortée par la gendarme rie était venue prendre le prisonnier à la prison militaire pour le conduire au champ de tir, lieu de l'exécution.
Le malheureux légionnaire, très calme, décidé à mourir bravement, s'était habillé à la hâte.
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Au champ de tir, les trois mille hommes de la garnison forment le carré qui souvre pour donner passage au cortège funèbre.
Le condamné descend de voiture et se dirige seul, d'un pas ferme, vers le poteau. On présente les armes à celui qui va mourir, les tambours et clairons battent et sonnent aux champs. Un sergent l'attache et lui bande les veux.
Douze hommes, — quatre sergents, quatre caporaux et quatre soldats, — pris parmi les plus anciens, s’avancent silencieusement à huit pas du condamné ; un adjudant les commande.
Le sergent s'éloigne du poteau, l’adjudant étend le bras armé du sabre, jette un regard sur le piquet qui épaule le fusil, et crie : Feu !
Douze détonations éclatent, le légionnaire vacille un instant et s'écrase comme une masse.
Le plus ancien sergent s'approche, lui met son fusil à l'oreille et lui donne le
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coup de grâce. Le crâne éclate comme un vase qui se brise, la cervelle jaillit au loin et ses débris éclaboussent le poteau d'exécution. Le gazon, les habits du mort sont couverts de sang, un petit ruisseau rouge suinte lentement dans Je sentier du champ de tir.
Le drame est fini.
Les troupes défilent devant le cadavre. Une lourde tristesse plane dans l'air, une émotion intense serre toutes les gorges. Silencieusement, au pas accéléré, le défilé continue. Les hommes tournent les yeux du côté du paquet informe qui, l'instant d'avant, était un de leurs camarades plein de vie.
Je me sentais suffoquer et un détail mesquin m'est resté à la mémoire. Dans l'émotion du moment suprême, dans la précipitalion de la dernière toilette, le
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