‹ Au pays des étapes [microforme]Chapitre 45 sur 67 · COUP · texte numérisé non relu

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vanité, ce grand levier, joue un rôle dominant.

On s’observe, on s’épie et chaque race veut surpasser l’autre.

C’est une Jjoute intéressante et continue où la France recueille tous les bénéfices.

Et les chefs aussi.

Car la légion a toujours été une arme formidable entre les mains d’un com:

mandant ambitieux.

Rien à craindre, aucune critique, personne ne s'intéressant :à ces parias de toutes races qui viennent se faire crever la peau pour la France.

Et aussi, en route, et aïe donc !

On marche, on sue la vie par tous les pores. La plaine se peuple de cadavres et le chef attrape des galons qu’il mérite grandement.

Et moi, je mérite le décret qui me

nomme Français de France.

Mais mon père, de Saint-Malo, et ma mère, de Dieppe, ne se doutaient guère cependant que leur fils serait forcé d'’at.

tendre trois ans, au service de leur mère patrie, pour oser se dire Français authentique.

Il y a du cornard sur la frontière du Maroc. |

Un certain loustic, marabout de profession, a chanté le saint solo.

Il veut la guerre, comme :l voudrait se marier, simplement, comme ça, parce que la guerre est un délassement qui rompt la monotonie.

Il l'aura donc, sa petite guerre.

Pour ce, nombre de bataillons d’infanterie de ligne nous arrivent de France.

Et ces gais pioupious, futurs acteurs des drames du désert, nous viennent, un peu ahuris au début, gauches à leurs pre-

, et ma t guère cé d’atur mère ais au-

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IMPRESSIONS DE GARNISON. 263 CRT PAL PRIE RTE ÉPERPRPEPEN TPS

miers pas, mais singulièrement faciles à dégourdir.

Quelques jours après, ils nous donnent du fil à retordre.

Tenons-nous bien, la légion, car il nous mangeront la laine sur le dos bientôt, dans les étapes que nous ferons côte à côte.

En attendant, recevons-les dignement.

La cantine a fait un brin de toilette.

Les tables sont propres, la toile cirée ruit, les chaises, les bancs ont été hvés, les verres et les assiettes ausst.

Le grand fourneau fricote un ragoût hstueux où les pommes de terre, les carottes et les navets fraternisent dans la rraisse des grands jours.

Le cantinier exhibe une chemise saine, h cantinière a mis sa jupe des fêtes, le soldat qui sert à table s’est rasé.

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Un fameux coup de balai a été donné partout.

C'est mieux que pour la revue du colonel. |

Après le rapport, tous ceux qui ne sont pas consignés — nous sommes peu malheureusement — s’en vont sur Ja route d'Oran au-devant des camarades de France.

C’est le 17° de ligne qui nous arrive.

A trois kilomètres, nous voyons poindre la tête de colonne.

Pristi ! on ne marche pas mal en | France. Les rangs sont massés, par exemple. Il doit y faire une chaleur !

Tiens ! voilà le premier sous-officier.

C’est un grand diable, avec une moustache à la gauloise et des épaules de chêne.

Qui me disait que les sergents étaient fluets dans la ligne ?

Et ces hommes, barbus pour la pli-

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é donné part, décidés tous, quoique un peu badauds.

» du co- Tiens ! tiens ! mais ce sont des rivaux sérieux ! L'armée d'Afrique n’a qu’à bien se tenir.

QUE He Le voilà, enfin, ce sergent-major que

x à je cherche dans la colonne.

t sur la C’est un joufflu, hirsute et assez déla-

imarades :

bré.

Je lui empoigne les deux mains, que

RASE je presse avec force.

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me regarde dans les yeux, un peu étonné, mais se remet ‘vite et entame de ne ® M suite un dialogue seul, qui m’apprend dès

GE | Jai les premiers mots qu’il est du Midi.

eur ! Cinq minutes après, j'étais fixé sur les

s-Offieler. péripéties de la marche du bataillon.

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de chène.

nts étaient Le bataillon s’arrète. Nous sommes arrivés à la porte de la ville.

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266 AU PAYS DES ÉTAPES, RÉ ES ne

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On se reforme, les clairons ajustent leurs instruments, les tambours tapotent sur leurs caisses, puis la musique de la légion arrive vivement, prend place en tête, et nous entrons en ville, au milieu d’une population sympathique, avec les honneurs du triomphe.

Un casernement avait été préparé pour nos hôtes.

En quélques instants tout le monde est installé,

Puis nous cherchons nos camarades pour aller déjeüner. Nous les trouvons aux prises avec les officiers qui crient ferme.

Oh ! Il paraît que les officiers de France se mêlent un peu beaucoup des détails d'installation. Ça étonne un brin les troupiers d'Afrique habitués à se débrouiller eux-mêmes.

Enfin nos camarades sont libres et nous allons à la salle des fêtes, notre cantine. |

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Crotte, notre gargotier, nous accueille royalement et nous conduit à nos tables.

Sa femme, les bras nus, un blanc tablier sur le ventre, semble prête à tout faire pour nous.

Nous nous attablons.

Quel coup de fourchette ! Aussitôt un plat sur la table, aussitôt il disparaît.

Merveilleux appétit, ces sacrés lignards !

Enfin, nous sommes au dessert et chacun fait valoir ses talents.

Réjour, un Parisien pur sang, d’origine exotique, nous raconte une histoire antique.

C'est Bigorneau, ex-maréchal des lo-

O , gis au 33° cuirassiers de la garde, qui en est le héros,

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Paraît que Bigorneau est allé à Constantinople. Il n’y a pas réussi.

Habitué aux conquêtes faciles, il s’attaque au harem ; mais, au moment de jouir du succès, il se trouve en contact désagréable avec un pal dont Bigorneau raconte les faits et gestes avec une bonhomie toute philosophique.

Bigorneau, ex-maréchal des logis au 33° cuirassiers de la garde, n’a pas de veine.

Sa complainte, monologuée, dure trente-cinq couplets, dont le refrain poé.

tique revient après chaque stroplie :

« Et le vent soufflait à travers les orangers en fleurs, et 1l sentait bon! »

Mais le pal ne sentait ie bon pour Bigorneau.

C'est Réjour qui le dit en s s'assoyant

Un autre Parisien — il en pleut, des Parisiens, à la légion — se lève ensuite

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pour nous dire la mauvaise conduite de Polyte, invité par son ami Gugusse à diner dans sa famille.

Ce gueux de Polyte dit et fait des choses inconvenantes.

Des allusions peu voilées sur les effets des haricots ; 1l trouve des cheveux dans la soupe, des cheveux de la mère à Gugusse; 11 manque de resp" à la sœur, latine la mère et fait rougir le grandpère par ses propos cyniques.

Gugusse s’en plaint amèrement à Pote en lui disant deux douzaines de fois :

— Tu sais, Polvte, c’est pas chic ce que t'as fait à! Ce n’est pas pour moi.

Moi, je m'en f..., mais c’est pour ma famille.

A ce moment, plusieurs litres sont

| descendus dans les gosiers et les têtes

sont un peu chaudes.

C’est l'instant des chansons patriotiques.

Ça foisonne : chacun a la sienne.

Il y en a de triviales, de belles, de Joyeuses, de tristes à faire pleurer.

C’est un torrent bruyant qui remue Je sang, avec des éclats de voix mâle. (es accents agressifs tonitruants, de grands gestes pleins de feu.

Nous sommes tous très émus, mais un peu fatigués.

L’attention s’est émoussée.

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CRT À

Alors Petitpierre, un Lorrain, se lève pour nous raconter une histoire person:

nelle, un épisode de son enfance.

Petitpierre a pris, dans les réunions, l'emploi de monteur de scies, autre.

ment dit de « colonnes ».

On est prévenu el on ne se gène pas È pour l'interrompre.

C’est dans le programme.

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