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Puis on fourre quelques centaines de kilos de poudre dans les fondations de la mosquée et, deux minutes après, la sainte kouba sautait dans les nuages.
Le colonel fait ensuite placer le cercueil du grand saint sur un chameau richement caparaçonné d’or et de pierreries et lui adjoint une garde d'honneur.
S'adressant alors aux chefs arabes atterrés, 1l leur dit :
— Vous voyez, nous respectons vos saints et vos croyances ; mais cette mosquée était un foyer religieux de révolte contre la France. Je l’ai détruite. Je transporte votre marabout chez nous, à Géryville, où je lui ferai élever un temple digne de lui : vous viendrez l’adorer là.
Très expéditif, notre colonel, et peu commode pour les Arabes.
Et en route donc pour Géryville!
Voilà un saint bien casé.
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Nous sommes arrivés à, Méchéria, après être passés par Chellala, Tiout, Aïn-Sefra, etc.
Marches pénibles sans résultats.
Au Djebel-Smir, une émotion imprévue.
La colonne longeait une ligne de hauteurs escarpées.
Soudain, une fusillade bien nourrie sur les montagnes et une grêle de balles s’abat sur nous, nous tuant un caporal et deux hommes.
Certain désarroi dans la colonne. On hésite un instant, assez offusqués d’une attaque aussi inattendue.
Le colonel, qui marche en tête, se tourne sûr son cheval et s’adressant à la première compagnie :
— Allons, les légionnaires, est-ce qu'on aurait peur maintenant au régiment?
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Puis, tranquillement, mettant pied à terre, 1l commence tout seul à gravir la montagne où n’a pas cessé la fusillade.
Prisüi! il ne fut pas longtemps seul.
Quelques minutes après, les hauteurs étaient couronnées de pantalons rouges, parmi lesquels il y avait beaucoup de zouaves. |
Les Arabes n’ont pas de chance.
J'en trouve pour ma part sept ou huit affaissés sur les crêtes des rochers, avec des trous de baïonnette dans la poitrine ou la tête démolie par une balle.
Du sang partout. Ils paraissent maigres, ces pauvres diables, mais ils saignent beaucoup quand.on les tue.
De notre côté, outre le caporal et les deux hommes de la légion abattus au début, nous perdons un lieutenant de zouaves, écrasé par un fragment de rocher; deux adjudants sont grièvement blessés et cinq hommes sont tués.
C’est trop de sang français gaspillé.
Nous prenons nos quartiers d’hiver à Ben-Khéhi].
De bons puits, une vieille redoute assez bien conservée et un cimetière bien garni qui nous relate le passage de la colonne de Wimpffen en 1870.
À propos de cimetière, j'ai visité celui de Méchéria. | |
Un bataillon du 2° zouaves et un bataillon du 41° de ligne y ont construit
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une redoute en pierres sèches et aménagé les sources.
Beaucoup de miasmes dans ces parages.
Preuve, trente-deux tombes dans le petit cimetière, pieusement entouré d’un mur.
J'ai fait là une promenade bien triste.
Dans les allées, très propres et bien entretenues, je rêvais en lisant les noms de nos pauvres morts, écrits par les mains des camarades, avec de petits cailloux ronds, sur la tombe de chacun.
Dans le trajet d’Aïn-Sefra à Ben- Khélill, nous avons été bloqués par la neige à Mahroun.
La veille, le temps menaçait, le vent était d’un frisquet très vif et de gros nuages commençaient à mouiller nos toiles.
Pendant la nuit, la neige tomba.
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Le matin, je me réveille au son du clairon qui sonne au rapport.
I] fait une nuit complète sous ma tente.
Inquiet, je conclus à une alerte.
Je me lève précipitamment, ma tête heurte la toile et un grand jour se fait, Je comprends.
La neige, amoncelée sur ma tente, glisse au choc.
Nous sommes bloqués.
Je sors. Il neigeait à plein ciel. La plaine est blanche à perte de vue. Il y en | a trente centimètres sur le sol.
Je cours au rapport.
| Le colonel veut marcher quand même.
| Il fallut culbuter le :ntes por arra- Îl cher les hommes, que i'engourdissement clouait dans leurs couvertures.
Les chameaux ne veulent pas se lever. On leur met en vain le feu à la
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queue. Ils crient, se lamentent, mais ne bougent pas.
Force nous fut de rester là vingtquatre heures de plus.
Et moi qui croyais que la neige ne tombait qu’en Europe !
C'est le premier de l’An. Bonne affaire : aucune carte à envoyer.
Et pourtant je devrais le faire, car le colonel m'a nommé adjudant il y a quelques jours.
Mes nouvelles fonctions me font plaiïsir, mais le service de grande semaine, qui m'incombe, ne me donne aucun instant de répit.
C'est pendant une excursion à Kef- Saffa, que le colonel m'a nommé adjudant.
La neige m'avait été contraire en novembre dernier. Quelques jours après, mes genoux prenaient du ventre et un
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ventre d’un rouge violacé et poli comme du marbre. Et des douleurs à faire hurler. |
Je ne dormais plus la nuit, et le jour je me traînais en glissant soigneusement les pieds sur le sol entre les touffes d’alfa. Impossible de me servir de mes rotules. Rien ne fonctionnait.
J'étais ‘en hypothéqué.
Et monter sur un cacolet, fallait pas y songer. Un sergent-major de la :‘yion, en colonne et proposé pour officier, monter sur un bourriquot ! Allons donc, jamais de la vie!
Je marchais, mais je n’en menais pas large.
Pendant les haltes, je rattrapais le temps perdu en prenant un peu d'avance sur la colonne, qui me laissait en arrière à la halte suivante.
Le colonel, qui naviguait partout,
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m'avise un jour et m’ordonne de monter sur un mulet d'ambulance.
Je ne réponds rien, mais je continue à me traîner.
Le lendemain, le colonel, qui y tenait, m'interpelle de nouveau :
— Je vous avais dit de monter sur un
| cacolet, sergent-major ?
— Oui, mon colonel, mais ça va mieux, maintenant.
— Oh! très bien, alors, répond-il.
Le soir, j'étais nommé adjudant, et à ma compagnie même, où il y avait une
'racance par organisation.
Je l’aurais embrassé, notre colonel.
Je fus guéri moralement, mais mes genoux se rebiffèrent encore pendant quelques jours.
Et aussi, quelles étapes! Quarante-
adeux kilomètres par jour en moyenne.
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Du matin à la nuit jusqu’au soir à la nuit. Et huit jours de vivres sur le sac, C’est vrai que je ne portais pas le sac, mais, à l’arrivée, je me payais trois ou quatre kilomètres de plus que les camarades pour aller communiquer les ordres aux avant-postes ou ailleurs.
Le colonel était dur en route:
— Les coups de fusil sont rares ici, mettait-1l au rapport, nous nous battons à coups de kilomètres. Il s’agit donc de marcher. Le médecin ne reconnaïîtra malades que les hommes qui le sont réellement. La fatigue et les maux de pieds ne sont pas considérés comme maladies. Les hommes qui persisteraient à se faire porter malades sans cause seront dépouillés de leurs vivres, fusils et cartouches, et abandonnés dans la plaine.
I n'y a pas à dire, il fallait marcher et nous marchions.
Pendant cette excursion, qui dura vingt jours, nous laissâmes ainsi une
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quinzaine d'hommes en arrière, mais tous rejoignirent, plus tard, sains et saufs. |
Le colonel, sous cette apparence rigide, cachait son jeu.
Aussitôt qu’on lui signalaït un homme laissé en arrière, il détachait un ou deux goumiers qui nous le ramenaient le soir à l'étape.
Et chaque homme, paraît-il, rapportait à l’Arabe un louis, que le colonel payait de sa poche.
Mais c'était là un secret qui ne transpirait pas.
Notre chef ne se ménageait guère non plus.
Tout le service reposait sur lui. Il faisait sonner le réveil lui-même, afin que personne ne fût préoccupé pendant le sommeil.
Il avait trois chevaux qu’il montait
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à tour de rôle pendant la journée. Galopant à droite, à gauche, en avant, en arrière, 1l était partout à la fois.
Le soir, il rentrait sous la tente deux heures après les autres, quand tout le monde était installé.
Après un repas rapide, 1l écrivait des lettres aux diverses colonnes qui agissaient de concert avec lui et chaque lettre, en triple expédition. Tous les soirs ainsi jusqu'à une ou deux heures du matin.
Puis tout habillé et botté, il s’étendait pour dormir un peu.
À trois heures et demie, il était debout et réveillait le clairon de garde qui campait à côté de sa tente, pour lui faire sonner le réveil d’un seul coup de langue prolongé.
Et cette vie-là durait des quinzaines entières.
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hommes tout le repos possible, il avait simplifié le système des avant-postes.
Chaque compagnie envoyait seuiement une escouade à deux cents mètres en avant de son front. En cas d’alerte, — ce qui arrivait souvent, — la section seule, à laquelle appartenait l’escouade, se portait aux faisceaux et attendait des ordres et les trois autres continuaient à reposer.
L'ordre de marche également avait été amélioré. |
Au lieu de marcher en carré, en compagnies entières déployées, 1l faisait marcher par section et par le flanc.
Une fraction de la colonne gardait le convoi et avait ordre de le tenir toujours groupé, et l’autre fraction, avec l’artillerie, formait un échelon de combat cheminant sur le flanc menacé.
La cavalerie, le goum et une compagnie franche, organisée par lui et compo- .
sée de cent hommes d'élite sans sac et à dos de mulet, précédaient la colonne à
une journée d'avance.