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Crédié ! c’est dur de tout lâcher ainsi à mon âge.
Je pars ce soir pour Marseille.
C'est un gros sergent-major de chasseurs à pied qui vient de m’apprendre cette nouvelle, en me remettant une feuille de route, un franc vingt-cinq par jour et le prix de mon passage.
Un franc vingt-cinq par Jour, ce n’est pas le diable, mais avec cela on ne crève pas de faim.
Je suis à Marseille depuis trois jours.
C’est une belle ville, avec un vieux port qui ne sent pas bon et quelques beaux monuments, autant que j'ai pu m'en rendre compte dans mon rapide passage; car, à notre arrivée, nous trouvions à la gare un jeune caporal, plein de cris et d’ardeur, qui rous cueillait au débotté pour nous conduire dans la plus infecte des casernes.
Déc car m bleme
J'y couchai sur trois planches avec des punaises.
Aujourd’hui, je suis au fort Saint-Jean.
C’est une vieille masure décrépite dont les murs suintent l'ennui et l’humidité.
On nous a montré notre dortoir, où gisent des paillasses noires de toutes les crasses cosmopolites, parmi lesquelles se recrute la légion étrangère. |
J'ai choisi un banc. |
Il y a trois Jours, je m'embarquais à la gare de Lyon à Paris.
J'étais réel..nent le seul homme à peu près propre de la bande. Vingt-quatre heures dans un compartiment de trolsième; et sept compagnons qui tonnent la Marseillaise avec intermèdes d’estomacs qui se vident, accompagnements de hoquets odorants, jurons et cris exo- | tiques, autant de démonstrations qui | m'ont un peu refroidi. Lilas ll) Demain nous nous embarquons pour RS || Oran. Trois jours et deux nuits à la belle N il .… étoile sur le pont.
Décidément j'ai hâte d’avoir un fusil, car mon enthousiasme se relâche sensiblement.
NFIN, j y suis. Ouf! ce n'est pas trop tôt.
Une mer affreu-
se, nos ventres vides comme nos # goüssets, delamau-
vaise humeur partout, autant de bonnes raisons qui ne me font pee regretter le bateau.
Au quai, un sergent qui nous masse comme un troupeau, et en route pour le petit dépôt où l’on nous met sous clef.
Les jours suivants, trois étapes jusqu’à Bel-Ahhès.
Le chapeau haute forme, la redingote et les bottines fines, ça ne vaut rien pour marcher.
Nous voilà arrivés,
D TR LL En
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La caserne est magnifique et très pro:
pre. Nous couchons dans de bons lits, Mon enthousiasme monte d’un cran.
Au jour, je suis habillé, numéroté classé, parqué. C’est fini, je suis soldat.
Maintenant, à l’œuvre! Cherchons bien ce bâton de maréchal dans ma giberne.
Je suis élève-caporal.
viennent de me l’apprendre en me disant que j'étais intelligent.
Tant mieux.
Je ne fais plus de faction. Je monte la garde comme chef de poste de trois hommes.
C’est un début qui me fiatte.
mandement.
troupe en désordre, à travers la ville:
un de mes hommes n’était pas aligné.
Mon sergent-major et mon capitaine
Je m'exerce à prendre le ton du com-È
Dernièrement, J'écopai de quatre joursiss de consigne pour avoir conduit mal
a range td
rès pro:
Dns . lits, ran.
méroté, s soldat, Nous avons commencé les marches ons bien militaires.
berne. Je n'aurais jamais cru que marcher fût si pémble. Ce sont surtout les pieds qui trinquent.
| Et puis, l'emploi de la chaussette est apitaine un art utile, dont 1l faut savoir saisir les e disant nuances.
| En arrivant au corps, j'étais possesseur de quelques paires de chaussettes monte la en fil, avantage appréciable sur la plu- Is hom- part de mes camarades.
Les premiers jours, on manœuvrait aux environs de la caserne, et ça n'allait du com-k pas très mal.
| Mais vinrent les marches militaires.
re Jours A la première pause, une douleur luit mal inquiétante se faisait sentir à l'extrémité a ville:@ de ma chaussure; à la deuxième, cette ligné. | douleur avait considérablement aug-
PT PE Le PL PP PP PL PL PL Ph pr
menté ; à la dernière, je jurais comme un charretier.
— Voyons cela, me dis-je, avec appréhension.
J'enlève ma chaussure. Hélas ! des ampoules. des cloches partout.
Mes chaussettes — deux boudins — s'étaient massées au bout de mes souliers.
. Je répare un peu les dégâts, et au retour j'éprouvais les sensations peu commodes d’un condamné qui marche sur des pois, des rasoirs, des paquets d’aiguilles, des charbons ardents.
En entrant dans la chambre, trop fier pour me plaindre, mais assez humain pour souffrir, Je confie discrètement mes peines à un ancien qui me donne d’excellents conseils pratiques :
— La chau.sette ordinaire, dit-il, c’est de la blague, mais la chaussette russe, c'est rupin. Prends une vieille chemise.
Bien. Déchire-la maintenant en carrés de trente centimètres... C’est ca. Ouvre l'œil maintenant.
Et il étale soigneusement les chiffons sur un banc, pose son pied dessus, dans le sens de la diagonale, en ramène un angle sur les orteils, puis le côté droit et le côté gauche, en évitant avec soin tout repli dans l’opération.
Il fourre ensuite le tout dans son godillot.
— Maintenant, donne tes pieds et ne bougeons plus.
Il prend une aiguille et du fil, perce - sans sourciller toutes les cloches et laisse le fil dans la plaie qu’il graisse d’un peu de suif de chandelle.
Me voilà soldat pour tout de bon.
Qui m'aurait dit cependant qu'il me faudrait un jour déchirer une vieille chemise pour marcher à l'aise?
PA
Je suis secrétaire de la place depuis une quinzaine.
Mes nouvelles fonctions consistent à écrire deux lignes par Jour sur un grand registre, à plier en triangle et à adresser les billets de service aux officiers et sousofficiers de ronde et de visite de jour, à tracer des rapports pour les chefs de poste et à ouvrir les boîtes aux marrons.
L’officier de place est très satisfait de moi. Il veut à tout prix me faire passer caporal pour mes étrennes. La preuve, c’est qu'il a dit l’autre jour à mon capitaine que j'étais très intelligent.
Encore !
lain
Gaporal
ERIES, ce n’est pas un rêve. Ils
sont réellement sur ma manche.
Depuis deux jours, ils me font loucher à chaque pas.
Et le soir, en me couchant, j’accroche ma veste bien en vue et, jusqu'à l'extinction des feux, j'en repais mon œil sans le rassasier.
Je les ai donc enfin, ces
af: deux fameux galons de laine rouge. Ça fait rudement plaisir.
J’ai été nommé dans un bataillon détaché. En attendant mon départ, je suis chef de chambrée des subsistants.
Ici, au régiment, les engagements étant illimités, les libérations le sont de même.
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Et le bataillon du dépôt reçoit tous les libérables pour les déshabiller et les mettre en route, chaque compagnie opérant pour les compagnies correspondantes des bataillons détachés.
L'autre jour, je recevais une vieille pratique, un Belge qu s’est engagé pour la guerre du Mexique et n’a jamais pu finir son premier congé. Quatorze ans de prison en huit condamnations différentes.
Enfin, il est libérable.
Il arrive au dépôt et, naturellement, 1l
se soûle.
Le soir, c'était un chambard à tout casser dans la chambrée. Mon vieil ivrogne se prend de querelle avec un ancien copain de bagne et, sans mon intervention, il aurait joué du couteau.
Je n'hésite pas; J'attrape mon bonhomme, je le colle sur un châlit, le ficelle comme un boudin, lui fourre un piquet de tente entouré d’un mouchoir dans la bouche, et le laisse cuver là son ivresse dans des hurlements étouftés.
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Le lendemain, je démaillotte mon loustic, qui me remercie cordialement de l'avoir sauvé de sa neuvième condamnaion.
Pour un début, ça promet. Je vois que le métier de gradé n'est pas trop commode à la légion.
Dans tous les cas, mon vieux Belge est parti pour la Belgique.
Je lui souhaite de ne pas s’y faire pendre. |
£ viens d’être témoin dans un duelentre un caporal français, originaire de la Louisiane, et un Allemand.
Perrier, le Louisianais, avait été nommé caporal dans une compagnie où
les Prussiens, comme partout, étaient en assez grand nombre.
Il fut placé dans une chambrée où cou-
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chaient une trentaine d'hommes, ayant pour chef le caporal Morsépius, soi-disant ancien /eld-webel allemand déserteur, d’une taille colossale, tout en dedans.
Jamais un sourire sur cette figure morose, rayée d'énormes moustaches rousses.
Très attaché à son service, il était exact partout, correct envers ses hommes, impartial dans la distribution des corvées, un serviteur d'élite.
On le craignait beaucoup, car sa voix rude ne badinaït jamais.
Après l’appel du soir, ne sortant pas de la caserne, il allumait une bougie dans son coin et, prenant un livre allemand, il s’y enfonçait jusqu'à l'extinction des feux, ne se laissant distraire par aucun bruit.
Quand Perrier fut nommé caporal, Morsépius le reçut froidement sans lui
tend coin
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… a Se PS SSL SE ot Et ot RÉ ur —
tendre la main, lui indiquant d’un geste le coin de la chambre où il devait s'installer.
Perrier, frappé des manières de son nouveau camarade, ne put se défendre d'un certain sentiment subit de crainte mêlé de haine.
Pendant plusieurs semaines, les deux hommes s’observent sans se parler en dehors du service.
Ils se détestaient chaque jour davantage, et cela sans cause, instinctivement, antipathie mutuelle de deux physionomies.
Un soir, Morsépius entre vivement, bouleverse son lit avec rage, jette son paquetage à bas avec des jurons allemands, où perçent cependant, nets et clairs, les
D mots : « Cochons de Français ».
Perrier, assis sur son lit, bondit à cette insulte grossière et se présente, blême, devant Morsépius pour lui demander raison,