‹ Au pays des étapes [microforme]Chapitre 8 sur 67 · ER R. À · texte numérisé non relu

ER R. À

Celui-ci continue :

— Oui, cochons de Français, et je le répète; ce n'est pas toi qui m'en empècheras. On vient de me punir injustement et je saurai bien me venger.

Perrier, mis hors de lui par cette nouvelle injure, les dents serrées, les poings crispés, se précipite sur l'Allemand et lui crie à la figure :

— Toi, tu es un sale Prussien !

Il n'avait pas achevé sa phrase que Morsépius lui lançait sa main en pleine face.

Perrier pare le coup et riposte vivement.

L’Allemand roule par terre et se relève aussitôt pour se jeter sur son adversaire.

Celui-ci, quoique moins grand, est leste et habile. Il attend l’attaque sans broncher.

Mais les hommes de ia chambrée interviennent de suite et séparent les deux caporaux.

Morsépius, le visage ensanglanté, pro-

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fère des menaces de mort contre Perrier

e le et jure par l'enfer de le tuer.

apé- Le Louisianais, très calme maintenent nant, se contente de répondre :

— Nous verrons.

nou- Ils allaient se mettre au lit, quand le Ings sergent de semaine, attiré par le bruit de 6 lui la rixe, entre dans la chambre.

Mis au courant de l'affaire, il conduit les deux caporaux à la salle de police.

que eine ive- Assis sur le lit de camp de sa prison, | Perrier repasse dans son esprit les évélève nements rapides qui viennent de se dérouaire. ler, et une certaine inquiétude s'empare est de lui en songeant qu'il lui faudra se batsans tre avec Morsépius, un des plus forts à l'épée du régiment. Quoique sachant ter- convenablement tenir un fleuret, il ne se deux sent pas de taille à lutter contre un tel

adversaire.

Cette inquiétude se change peu à peu

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en une espèce de peur, car, connaissant le caractère haineux de son camarade, il sait bien que l'affaire sera grave.

Et puis, c’est la première fois qu’il se battra.

La nuit se passe dans une insomnie fiévreuse.

Le matin, sortant d’une lourde torpeur, Perrier avait présent à l'esprit le souvenir d’un cauchemar où l'Allemand se dressait, colossal, la figure pleine de sang, penché sur lui, les deux mains vissées à son cou, cherchant à l’étrangler.

Alors une autre crainte le prend. Il a peur d’être lâche, de trembler au dernier moment.

Sautant à bas du lit de camp, il court

à la cruche d’eau, se rafraîchit les mains | et le visage, et, se promenant dans sa |

prison, 1l essaie de se raisonner.

Toute appréhension d’une issue fatale disparaissait peu à peu, mais il craignait par dessus tout dé perdre coùrage sur le terrain.

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Le caporal de garde le trouve dans cet état et, souriant, le plus naturellement du monde, après lui avoir dit quelques mots indifférents, 1l allait sortir, quand se ravisan :

— Tu sais, c’est pour une heure avec Morsépius. |

A ces mots, Perrier se sent défaillir.

Sa respiration s'arrête brusquement, avec un heurt violent à la poitrine.

Il reste ainsi quelques instants en proie à une émotion intense avec des envies vagues de se sauver n'importe où. Puis une brusque réaction se produit.

Tous sentiments d’anxiété disparaissent dans une soudaine résolution pour faire place à un grand calme, à une joie réelle d’en finir.

— Enfin, c'est pour une heure, nous allons bien voir !

Et 1l attend avec impatience le moment de la rencontre.

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