‹ Au pays des fjordsChapitre 27 sur 47 · ANIMIS · texte numérisé non relu

ANIMIS

FELICIBVS

Le vertibule du rez-de-chauss6e conduit a un gracieux jardin, parallele a la Place, et qui sert de « cour » au Palais : la, au centre, se trouve la statue du chanceiier Oxenstiern, dont le nom revient si souvent dans le nWallenstein », de Schiller (i).

L'Hotel-de-ville, qui confine presqueau Palais Equestre, est moins interessant. II n'a pas 6ti construit pour la destination a laquelle il a e'td affecte' : c'^tait encore, au commencement du sidcle dernier, le palais du comte Bonde, grand tresorier de la couronne. On n'y voit point cependant, sans plaisir, dans la salle du Conseil, une se'rie curieuse des plans et dessins de la ville de Stockholm, a travers les ages : telles, dans un album de famille, les photographies d'un enfant, qu'on retrouve, plus loin, dans I'e'panouissement de son adolescence, et, plus loin encore, dans toute la force de I'age mur.

(i) Immediatement au-dessus de la porte d'entree du Pata's Pquestre, il y a cette troisieme inscription, sur la facade: arte et M^RTE. Elle est apparemment plus recente que les deux autres.

LA STADEN, ET I.ES QUARTIERS DU SUD iQi

Un trSs beau pont, pav^ en bois, avec de larges irottoirs et des canddabres a trois branches piques aux parapets, conduit, du Riddarhustorg, au Riddarholm, c'est-a-dire' ila Place ou s'el^ve Veglise de meme nom, dont la haute tour ajoure'e s'aper^oit de tous les points de Stockholm. Cette ^glise de Riddarholm (Fig. 46) est le « Saint-Denis »' desrois de Suede. La, reposent, entre autres, Gustave- Adolphe, le h6ros de Lutzen, dont les restes mortels y ont dt6 transportes, en i832, a I'occasion du deuxieme centenaire de sa mort glorieuse, sur le champ de bataille ; Charles XII, dans la Chapelle Caroline (Fig. 47) ; Bernadotte (Charles XIV) ; et nombre de membres, Princes et Princesses, de la Famille Royale. Les pierres tombales des hommes illusires s'y succedent, sur le pavg ; et les murs, chamarre's de drapeaux, sont, en outre, couverts d'armoiries

dechevaliers.L'aspectdu Pantheon aa^^^t^^^^^^m suedois est done fort irnposant ; et '^"^- 47- — La Chapelle

, ,.„ I . I '1 , Caroline, dans I'Eelise c

I'^difice, malgre le melange qu'on Riddarholm.

yafaitde I'architecture gothique et du style Renaissance, laisse, en somme, une impression grandiose.

Apres un rapide coup d'oeil jete a la statue de Birger Jarl, que j'avais pris d'abord pour un Croise, je m'achemine aux quartiers du sud de la capitale, au-dela de la Staden. La, comme au nord, Stockholm s'est agrandi de nombreux faubourgs, ou les rues, ouvertes sur un sol trfes accidente, ont I'aspect le plus pittoresque. Ce ne sont point la des quartiers riches, mais plutot des quartiers populeux et... populaires. Au bas de la zone ou commencenttoutes ces rues grimpantes, une animation extreme r^gne sur les quais. C'est de la en effet que partent la plu-

de

part des paquebots, comme c'est lb. qu'atterrissent les vaisseaux marchands. En d'autrestermes; c'est la, proprement, que se trouve le port de Stockholm.

Pour faciliter I'acces des hauts quartiers du sud, on a etabli, sur le quai, un ascenseur, appele Katarina-Hissen (Fig. 48), qui a, en outre, I'avantage d'offrir, de la plateforme, et du pont, auxquels il aboutit, un magnifique point de vue sur toute la capitale. De la, Ton en prend une id^e d'ensemble trfes complete, et Ton se rend exactenient compte de tout ce que I'art humain y a ajoute a la nature. Certes, la nature s'etait mise singulierement en frais pour embellir le site. Mais I'homme y a joint tant d'ingenieuses et monumentales combinaisons, qu'on demeure, la-haut, positivement emerveilld. Aprds avoir admir^ la ville, en detail, on I'admire peut-etre plus encore, prise en bloc ; on songe, comme malgre soi, a Napoli et a Constantinople, ces id^ales cites du pittoresque ; et si, dans la comparaison qui s'6tablit entre elles, la capitale de la Suede n'a pas, en fin de compte, la premifere place, c'est encore fort honorable pour elle de pouvoir leur etre compar^e.

De Katarina-Hissen, j'avais pris plaisir a voir glisser, rapides comme des filches, les chaloupes a vapeur qui, sans cesse, transportent, de Stockholm aux rives voisines, les innombrables promeneurs. En redescendant par I'ascenseur, j'en pris une qui allait au Djurgarden, I'un des buts favoris d' excursion des habitants de la capitale et des dtran-, gers. Abstraction faitedel'agr^ment du site, ce qui rend la visite de ce « Bois de Boulogne » interessante pour un Fran^ais, c'est qu'il a ii6 cr6e' en partie par Bernadotte.Au si^cle dernier, le magnifique Bois d'aujourd'hui e'tait une simple garenne. Charles XIV en fit un pare, et un jardin anglais. A cot^ d'immenses pelouses, croissent des chenes et des sapins geants, De ravissantes ^chappees sur le lac Malar; de pittoresques entassements de rochers naturels;

LA STADEN, ET LES QUARTIERS DU SUD i6t

le beau Palais de Rosendal; le grand e'tablissement de Manilla, fond^ pour les sourds-muets et les aveugles ; la statue de Ch.-M. Bellmann, le Beranger sue'dois, mais un Beranger tout ensemble musicien et poete : voila, pour les e'numerer au hasard des souvenirs, quelques-unes des principales « curiosite's » qui font, du Djurgarden, un pare unique. Puis, notre siecle utilitaire a mis la sa note, a son tour : aux promeneurs a qui ne saurait suffire la vue

Fig. 48. — L'ascenseur Katarina-Hissen.

de la belle nature, il a menage' quelques-unes des mille distractions qu'on designe sous le nom generique de « lieux de divertissement » ; en sorte que, aujourd'hui, les (, Tivoli» e"t les « Maneges », les salles de concert et les theatres, pullulent au Djurgarden. L'apres-midi, tous ces etablissements restent portes closes : mais, le soir, ils rivalisent entre eux par le luxe de I'eclairage, comme par la variete de leurs programmes, et ils attirent, m'a-t-on dit, une foule enorme. Fidele a I'audition de mes artistes des Stromparterren, je n'ai pu verifier I'exactitude de la chose : elle parait toutefois tres vraisemblable.

^^rr-J

II y a done, on I'a constat^, bien des « attractions », i Stockholm. Mais le coeur du catholique s'y serre a voir certaines entraves apportees, par la loi sue'doise, au libre exercice de notre religion sainte. Le culte evangdique de la Confession d'Augsburg, propage surtout grace a la protection de Gustave Wasa, est devenu, en Su^de, depuis lexvi« siecle, la « religion d'Etat », Le Roi et ses ministres doivent appartenir a la « religion e'tablie »; et Ton se souvient que Bernadotte ne fut reconnu, comme Prince Royal, qu'apres avoir abjure le catholicisme (1810). La nation elle-meme est presque toute enti^re lutherienne. Or, non content d'etre le culte officiel et national, le lutheranisme se prevaut encore de son droit, pour enserrer, dans les plus etroites limites, les inoffensives manifestations religieuses des catholiques. Pretres et fiddles sont done parque's dans leurs eglises, en dehors desquelles aucune cere'monie publique ne peut se faire, sans tomber imme'diatement sous le coup de la loi. Les catholiques possSdent, a Stockholm, deux chapelles. L'une, dans les quartiers du sud, pr^s de Mosebake, se nomme « Eglise Sainte-Marie » ; I'autre, enchasse'e dans un pate de maisons de la Klara N, Kyrkogatan, est 1' « Eglise Sainte-Claire». On accede, par la rue, dans cette derni^re; mais sa veritable entree se trouve, comme la chapelle elle-meme, tout a fait k I'inte'rieur des batiments. A voir tant de pre'cautions pour abriter les saints mystSres, on sent manifestement que le courant de I'opinion n'y est guSre sympathique, et que la religion catholique est, en fait, moins « reconnue)) que « toUrie ». Une chose console toutefois, quand on a pen^r6 dans ce discret sanctuaire : c'est d'y voir I'admirable piete, la touchante ferveur, des fiddles. Ce ne sent pas des catholiques de la fin du xix« si^cIe qui se reunissent la, pour prier ensemble et pour entendre la vraie parole de Dieu, celle dont les dogmas immuables sont

LA STADEN, ET LES QUARTIERS DU SUD i65

toujours pre'sente's et interpr^tes de la mSme mani^re, et non point expliqu^s de cent fagons differentes, comma le font, suivant la nuance confessionnelle k laquelle ils appartiennent, les ministres du lutheranisme : ce sont plutot des Chretiens des ages apostoliques, des croyants de la primitive eglise ; les voir a I'osuvre est une e'loquente predication, et un spectacle consolant.

ffi^H-.rCi

Page 1