OÙ DÉTROIT 1DETROIT DE BISMARCK
CÉNXPÉEREAOV, Nos premiers débarquements dans l’Antarctique.
Le dimanche 23 janvier, dès les premières heures du jour, le ciel se découvrit lentement. Vers 9 heures, il nous fut même possible d'observer le soleil et de déterminer une droite de hauteur passant par notre position.
La Belgica, endeuillée, naviguait, vers le Sud, glissant, voiles déployées, sur une mer bleue, parsemée de superbes icebergs. Le drapeau belge flottait à la corne d’artimon, le pavillon norvégien au grand mât, tous les deux en berne. Et chaque fois que nos regards rencontraient ces signes de deuil, nos cœurs se serraient en pensant au pauvre Wiencke.
À 5 heures de lPaprès-midi, nous aperçûmes un point noir, au loin, vers le Sud : la Terre de Graham.
En un instant, nous sommes tous sur le pont, où les suppositions se croisent et s’entre-croisent, Comme un petit nuage noir plane au-dessus d’un sommet neigeux, il n'en faut pas davantage pour que l’un d’entre nous soit convaincu qu’il distingue un volcan... en activité! Incontinent, un autre en voit un deuxième, puis un troisième! O puissance de l'imagination!
Pourquoi pas, après tout? N’a-t-on pas découvert, non loin de là, à l'ile Déception, des volcans en activité?
En réalité, pas le plus petit volcan. Nous en acquérons la certitude à mesure que nous approchons de la côte. Au reste, la vue est forcément bornée par la brume : quelques sommets émergent seuls ça et là.
Vers 7 heures du soir, après avoir doublé le cap Neyt (x) (fig. 15),
(x) Les parties de terre et de mer, découvertes par l'expédition, ne furent baptisées que plus tard, lorsque nous étions dans la banquise. Nous les désignons, d'ores ct déjà, par leurs noms, afin que le lecteur puisse suivre plus facilement notre route sur la carte.
nous faisons route vers le Sud-Est, laissant, par bâbord, deux sombres groupes d’ilots : les Christianta.
A 9 heures, nous sommes à proximité de l’ile Auguste, où nous opérons notre premier débarquement en « Terres Antarctiques ».
de Gerlache, Arctowski, Cook, Danco et Racovitza se rendent à terre en canot.
A 10 1/2 heures, tout notre monde revient à bord. J'apprends que le débarquement dans l’île ne s’est pas opéré sans difficulté, à cause de la levée de la mer. Arctowski rapporte des échantillons de roche, tandis que Danco recueille, avec une sollicitude vraiment maternelle, deux jeunes #anchots vivants (1).
Comme nous reprenons,à petite vapeur, la route du Sud, nous croyons distinguer une ouverture dans les terres : un détroit probablement? La brume, de plus en plus opaque, nous dérobe bientôt la côte tout entière. La machine est stoppée et nous cherchons à demeurer sur place.
Le 24 janvier, vers 1 heure du matin, l'officier de quart constate que le navire est si près de la terre, qu’il faut virer de bord et gagner le Nord-Est, afin de n’être pas drossé à la côte (2).
La nuit et une partie de la matinée s’achèvent de cette manicre, jusqu’à ce que nous atteignions l’île Moréuo, où le personnel scientifique opère le second débarquement. Là, nos camarades trouvent des phoques au repos, qui, à leur approche, entr'ouvrent paresseusement leur lourde paupière, puis la referment sans s'inquiéter d’eux, et aussi des manchots, s’indignant de cette visite inopportune.
A 10 1/2 heures, les explorateurs sont de retour et nous cherchons à estimer la position du navire. Évidemment, nous sommes dans la région renseignée sur la carte anglaise sous la dénomination de Golfe
de Hughes, mais impossible de constater autre chose : le navire a
(x) La description de ces oiseaux est donnée à la page 171 de ce récit.
(2) Il est utile de suivre l'itinéraire sur la carte placée en tête de ce chapitre.
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