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dérivé sous l'influence du vent et du courant, et le brouillard nous enlève toute espèce de point de repère.
Où retrouver l’île Auguste? au Nord? au Sud? à l'Ouest?
Nous poursuivons notre route vers le Sud-Est et arrivons à une masse rocheuse, sans neige, que nous prenons pour un cap.
Tout à coup, le soleil perce les nuages. Il est midi. Vite, mesurons la hauteur de culmination de l’astre et déduisons-en notre latitude. Ce n’est pas très important comme renseignement, mais cette donnée nous permet de fixer, approximativement, notre position et celle de la masse rocheuse, Un peu plus tard, nous constatons que cette masse est une île de forme ovale, où pointent deux sommets en oreilles d'âne, et séparée du cap von Sterneck par un étroit chenal. Puis, à la faveur d’une nouvelle et fugitive éclaircie, nous découvrons à notre avant la trouée entrevue la nuit précédente. Nous nous y engageons, pensant traverser un détroit. Nullement. Après une heure de route, nous nous trouvons au fond d’une baie : la baie de Brialmont.
Nous virons de bord, longeant la côte de très près, afin que, malgré la brume épaisse, nous ne puissions passer à côté d’un chenal sans l’apercevoir. Nous relevons ainsi, par l’estime, toute la partie de la côte comprise entre le cap Spring et le cap Murray.
A 5 heures du soir, lorsque nous doublons ce dernier cap, nous apercevons deux canaux importants : l’un, dirigé vers le suroît, part du cap même; l’autre, orienté suivant le noroît, commence à l'ile Harry et découpe en île la côte Nord-Ouest du détroit de Gerlache.
Le cap est mis sur le passage du noroît et nous en approchons, vers 10 heures du soir. De la position que nous occupons alors, les différentes terres forment au loin une singulière perspective : l’ile des Deux Hummocks paraît appartenir au cap von Sterneck, tandis que le cap Kaiser (situé au Sud) semble prolonger les îles Mansen et Pelsencer, qui se projettent au loin sur la Terre de Danco, C’est comme si nous nous trouvions au centre d’un vaste golfe, dont l’entrée correspond au
passage Nord-Ouest.
Comme, depuis notre départ de l’ile Low, nous n'avions pu prendre qu'une seule droite de hauteur (près du cap von Sterneck) et que la brume nous avait empêchés de reconnaître l’emplacement de nos derniers débarquements, nous étions très incertains sur la position que nous occupions, D'un autre côté, l’importance des terres que nous côtoyions ne nous avait pas échappé.
Ces circonstances nous engagèrent donc à ne pas quitter cette région sans en avoir fait un lever, — lever rapide, car la saison avancée nous pourchassait, mais lever suffisant pour les besoins de la navigation, très restreinte dans ces parages. Il fut donc décidé que nous passerions la nuit près de l’île Harry et que, dès le lendemain, nous commencerions nos travaux d hydrographie.
Ce soir-là, vers 11 heures, au moment où Arctowski et Racovitza effectuaient un troisième débarquement sur les roches situées au Nord-Ouest de l’île Harry, leur canot rencontra une masse brune flottante, assez étrange d'apparence et qu'après minutieux examen on reconnut être une agglomération de glace, d'argile et de débris de roche.
Sans vouloir détailler nos travaux du lever, il convient de faire connaître les principes généraux qui nous servirent de base, car ils donnent la clef des nombreux circuits de notre route dans le nouveau détroit.
Il était tout d’abord nécessaire de fixer le choix des points importants à utiliser comme repères. La reconnaissance rapide, faite les deux jours précédents, ne nous avait laissé que des idées vagues sur ces îles et ces terres, dont l’aspect varie à Pinfini non seulement d’après le lieu de l’observation, mais encore d’après les phénomènes si changeants de la météorologie australe.
L'île Harry, à proximité de laquelle nous nous trouvions, le 25 janvier au matin, fut d’abord fixée sur la carte. Vinrent ensuite le cap Neyt, qui marque l’entrée Nord du nouveau détroit, et l'île Auguste, dont la position centrale est avantageuse pour effectuer un
tour d'horizon au théodolite,
Le 27 janvier, vers 9 heures du matin, nous apercevons tout à coup un mât qui flotte sur la mer. Nous nous en approchons en canot et constatons, avec étonnement, que c’est un mât tout neuf, un mât de perroquet ayant appartenu à un navire portant des vergues de cacatois. Aucune marque distinctive ne nous permet d’en déduire l’origine. D'où vient cette épave? D'un sinistre maritime ? Mystère! qui nous laisse, un instant, tout rêveurs. Sera-ce aussi le sort de la Belgica de périr corps et biens en ne laissant d’autres vestiges qu’un tronçon de vergue ou de mât?
Ce jour-là, vers 8 heures du soir, le navire dut stopper pour permettre au mécanicien de réparèér une avarie survenue au condenseur.
Ce fut une soirée délicieuse,
Le ciel, d’un bleu indéfinissable, était parsemé de nuages dorés. Le soleil disparaissait à POuest, masqué par les hauteurs de l’île Brabant, dont une des chaînes de montagnes se colorait en gris cendré, tandis que l’autre, formée de sommets plus accidentés, passait par toutes les nuances du rose et du rouge. Les icebergs, de formes variées, jetaient sur la mer sombre une note éblouissante ; ils glissaient sans bruit, pareils à de féeriques apparitions. Et le silence n’était troublé, de temps à autre, que par le craquement sourd de la glace qui se rompait ou par le souffle puissant des balénoptères qui venaient respirer à la surface de l’eau.
A minuit, le paysage enchanteur s'était évanoui, voilé, peu à peu, par un brouillard intense.
Le 28 janvier, la matinée entière fut consacrée au sondage, le seul que nous ayons pu exécuter dans le détroit, ainsi qu’à des mesures de températures sous-marines à diverses profondeurs.
Pendant que nous étions ainsi occupés, des mégaptères évoluaient tout contre la Belgica. Il nous eût été facile de les capturer, mais notre équipage était trop peu nombreux et, de plus, nos petits canons se trouvaient remisés à fond de cale,
Heureusement que nos appareils photographiques fonctionnaient à
souhait. Racovitza recueillit toute une série de photographies et d’observations très intéressantes. C’est alors qu’il eut l’occasion de constater l'odeur nauséabonde qu’exhale le souffle d’une baleine. Penché sur le
bastingage, notre ami examinait les baleines, sans doute, d’une façon
Photographie du Dr Cook.
DOS DE MÉGAPTÈRE.
trop familière, car elles le forcèrent à fuir par la perfidie de leur haleine!
C’est aussi ce même jour que Racovitza m'expliqua que les protubérances étranges qui parsèment le dos des cétacés sont des animaux parasites profondément enfoncés dans la peau de celui qui les porte (1).
(1) Ces parasites se contentent de se faire véhiculer par les baleines; ils se nour-
rissent de petits animaux, qu'ils capturent dans l’eau.
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OU
Lorsque le sondage fut terminé, nous fimes route vers l’ilot Gaston, où s’effectua notre huitième débarquement ; mais la brume interrompit notre travail et nous força de regagner le milieu du détroit.
La nuit du 28 au 29 janvier, nous fûmes en panne. Un seul officier pourtant resta sur le pont, tenant le gouvernail et commandant à la machine, afin que tout l'équipage püt se reposer. La brise et le brouillard n'étaient guère rassurants, et il fallait l’optimisme de de Gerlache pour donner de semblables ordres !
Tout se passa bien ; l'officier de quart n’eut pas le loisir de s’ennuyer : le service l’absorbait et un grand nombre de baleines venaient lui faire visite.
Pendant mon quart, un orque passa, avec une grande rapidité, à une très courte distance de la Belgica (1).
Le 29 janvier, vers 2 heures du soir, nous étions à proximité du cap Anna, où nous effectuions un nouveau débarquement.
Il était alors urgent d’observer la position, afin de relier nos premiers travaux dans le détroit à ceux que nous espérions bientôt commencer; de plus, nous ignorions totalement où la dérive nous avait entraînés pendant les dernières vingt-quatre heures de brume.
A 11 heures du soir, comme nous étions peu éloignés de l’île Louise, j’aperçus une étoile. Je me rendis aussitôt à terre avec l’horizon artificiel, mais les difficultés de l’accostage me firent perdre du temps et lorsque enfin tout fut préparé pour l'observation... l'étoile avait disparu! J'en attendis vainement le retour jusqu'à 1 heure du matin.
Heureusement que le 30 janvier, à 8 heures du matin, le soleil me permit d'obtenir une droite de hauteur passant par l'ile Louise. La détermination des coordonnées approximatives de l’île Louise ne nous suffisant pas, il était nécessaire de relier cette position à celle que
nous avions déterminée antérieurement dans la partie Nord du détroit
(x) L’orque ou épaulard est un grand cétacé à dents, très carnassier, qui s'attaque
même aux baleines.
de Gerlache. I1 fut alors décidé que plusieurs d’entre nous tenteraient l'ascension des monts Solvay et appliqueraient la méthode de l'amiral Mouchez (1), dans le but d'opérer plus rapidement le lever de la carte
et de découvrir, éventuellement, un passage vers le Sud.
(1) D'après cette méthode, on s'élève sur une montagne dont on détermine très exactement la hauteur au-dessus du niveau de la mer; puis, à l’aide d’un théodolite, on mesure l’azimut et la dépression des points importants de la côte. Une simple résolution de triangle donne les éléments nécessaires à l'établissement
de la carte.
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En reconnaissance dans le détroit de Gerlache.
Le 31 janvier, nous nous dirigeons donc vers la baie de Buls et, à 4 heures du soir, de Gerlache, Danco, Arctowski, Cook et Amundsen quittent le navire pour gagner les hauteurs. Pendant cette ascension, je dois rester à bord avec Racovitza, ainsi que Mélaerts. Il est convenu que nous irons en reconnaissance vers le Sud et serons de retour, dans la baie de Buls, le 6 ou le 7 février.
Nous trouvons près du cap d'Ursel un endroit favorable au débarquement des excursionnistes. Ceux-ci emportent tout un matériel : traîneaux, tente, réchauds, skis, raquettes à neige, alcool pour la fabrication de l’eau douce, instruments d'observation, appareils photographiques, vivres en abondance, car, lorsqu'on descend sur une terre antarctique, on n’est pas toujours certain du jour où l’on viendra vous y rechercher!
Comme l’ascension n’est pas facile avec un tel chargement, il est convenu que Tollefsen et moi nous donnerons un coup de main aux camarades avant de regagner la Belgica, stoppée dans la baie de Buls.
Nous voici donc attelés aux traîneaux comme les haleurs aux bateaux, avec cette différence que, pour nous, le chemin est loin d’être de niveau! Heureusement que nous sommes tous d’une humeur charmante et que les deux équipes rivalisent de vitesse.
Vers 8 1/2 heures du soir, nous atteignons la première crête des monts Solvay. Tollefsen et moi souhaitons bonne chance aux camarades et commençons notre descente, Ce n’est pas chose aisée, nous n'avons pas de raquettes à neige ni de cordes pour nous lier l’un à l’autre : gare aux ponts de neige masquant de mystérieuses crevasses!
Bientôt nous remarquons que le seul moyen de ne pas enfoncer, c'est de mettre une plus grande partie de notre corps en contact
avec la neige. Alors, aussitôt fait que dit, nous nous asseyons sur le
ST
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sol et, allongeant les jambes, nous sommes emportés par la pente aussi rapidement qu’une schlitte. Quelle délicieuse glissade ; pas une déchirure, pas une égratignure! Le cœur tout guilleret, la tête grisée d'air pur, nous regagnons gaiment le bord,
L’état-major n’est pas nombreux : Mélaerts est à la fois comman-
Photographie du Dr Cook.