‹ Au pays des manchotsChapitre 28 sur 90 · VILLAGE DE MANCHOTS ANTARCTIQUES · texte numérisé non relu

VILLAGE DE MANCHOTS ANTARCTIQUES

opérer rapidement, et notre personnel, peu nombreux, n'était que suffisant pour le service du bord.

Les difficultés se multipliaient encore lorsqu'il s'agissait de fixer le lieu de débarquement,

La côte dans l'Antarctique est presque toujours abrupte. Ou bien nous nous trouvions au pied de vastes glaciers dont les murailles verticales s’élevaient plus haut que la mâture du navire, comme au cap Lancaster; ou bien la roche apparaissait à nu et absolument

droite, telles les roches Sophie. Parfois, la terre semblait d’un accès

plus facile; mais, en approchant, nous constations qu’elle ‘était défendue par des récifs sur lesquels notre canot courait le risque de <e briser : ce fut le cas dans l’ile Louise.

D’autres fois encorc, la côte rocheuse formait une succession de dômes peu élevés, mais dont les parois, polies par le frottement des glaces, étaient si glissantes,qu’on ne s'y aventurait qu'avec prudence. Les îles Wauwermans présentaient cet aspect. Ajoutons que certains endroits, très accessibles en temps calme, devenaient inabordables dès qu'il y avait de la houle.

Ainsi, au pied du mont Allo et du mont Pierre, à proximité du cap Neyt, se trouve une petite baie au fond de laquelle s'étend une grève. Le débarquement s’est opéré facilement en cet endroit, parce que la mer était calme; mais le retour à bord présenta un sérieux danger : la mer s'était levée et menaçait de rouler notre canot.

Dans l'ile Auguste, l’action de la mer se faisait sentir plus violemment encore. Dans d’autres îles, telles que les Guyou et les Moureaux, l’espace non couvert de neige était si petit, que les instruments devaient être échelonnés au bord de l'eau.

Tous les points des côtes, heureusement, n’étaient pas aussi défavorables, mais il fallait les découvrir peu à peu.

Au cap van Beneden, par exemple, un canot pouvait atterrir par tous les temps.

C’est dans l'île de Cavelier de Cuverville que nous avons débarqué avec le plus de facilité. Dès qu’on avait dépassé les falaises rocheuses, la côte s’étendait très saine, formant un véritable quai.

Une particularité encore du détroit de Gerlache, c’est la rapidité avec laquelle la mer se forme sans cause apparente. Nous en avons eu un exemple étonnant dans la nuit du 6 au 7 février : vers 8 heures du soir, l'atmosphère était calme, lorsque, brusquement, une grosse houle se leva. La brise ne se fit sentir que cinquante minutes plus tard,

et, bien qu’elle durât peu, la mer n’en demeura pas moins forte.

: nt

Ce phénomène est d’autant plus curieux, que nous nous trouvions dans une partie relativement étroite du détroit et qu’il semble presque inexplicable qu’une houle aussi forte puisse se soulever entre deux côtes peu éloignées l’une de l’autre et parallèles aux crêtes des lames.

CÉAPPERE 22€

Les glaces.

Disons un mot maintenant des différents aspects que présentent les glaces.

Les terres des régions voisines des pôles sont généralement recouvertes, sur presque toute leur étendue, d’une épaisse couche de glace, dont le pouvoir diffusif est énorme. Cette couche de glace projette, vers le ciel, un reflet jaunätre, qui s'aperçoit à de très grandes distances et qu’on nomme landblink.

AÀ mesure qu'on pénètre dans l’intérieur des terres, les aspérités du sol disparaissent; les vallées sont comblées par des neiges qui se durcissent, se compriment pour former les glaces éternelles, recouvrant peu à peu tout le sol. Cette couche de glace prend le nom d’inlandice.

Les glaces s'accumulent sur l’inlandice, exercent continuellement une poussée vers les côtes et finissent par se déverser dans la mer comme de véritables fleuves qui portent le nom de glaciers (fig. 30).

Comme la poussée augmente constamment à l’intérieur des terres, des blocs de glace descendent ainsi dans la mer, où, entraînés jeu Je Count, HS flomemts pErCIS à GES ÉpaveS à CO Sont des icebergs.

L'iceberg est donc formé par la glace de terre et composé exclusivement d’eau douce. Cette glace est d’un beau bleu et d’une dureté extraordinaire. Lorsqu'un iceberg est de formation récente, on peut constater sur certaines de ses faces latérales des lignes horizontales

* montrant la stratification des diverses couches de neige (fig. 31).

Le glacier qui forme l’iceberg ayant une face supérieure plane,

l’iceberg type de l'Antarctique est en forme de table et porte le nom

d’iceberg tabulaire.

Photographie du Dr Cook FIG. 30.

Page 1