OSSIFRAGA DÉPEÇANT UN PHOQUE
bizarres, agitant leurs petites ailes qui semblent des moignons de bras et constituent, pour eux, des nageoires dont ils se servent à merveille. Deux espèces de manchots habitent le détroit de Gerlache : le manchot papou (Pygoscelis papua) et le manchot antarctique {Pygoscelis antarctica).
Ils ont, tous les deux, le cou et le ventre blancs, tandis que la tête et le dos sont du plus beau noir. Le second ne diffère du premier
(1) Is sont parfois désignés aussi, mais improprement, sous le nom de pingouins du Sud.
que par un bec rouge au lieu d'un bec noir et une aigrette blanche qu'il porte gracieusement sur la tête; mais, dans leur manière de vivre, ces deux oiseaux différent essentiellement.
Les manchots papous (fig. 28) vivent nonchalamment en commun, élevant leurs enfants à la spartiate.
Les jeunes sont tous réunis dans un même endroit, sorte de wursery où ils sont surveillés par un certain nombre de vieux manchots. Si l’un des petits veut s'émanciper, le gardien le ramène au bercaïil à coups de bec. Après un certain laps de temps, un des gardiens pousse un cri, auquel répond un autre cri, et de nouveaux factionnaires viennent remplacer les premiers, non sans avoir grommelé de la plus belle façon, tandis que ceux qui sont relevés de garde poussent des cris de joie et se jettent à la mer avec transport.
Ce manchot papou, dont la vie s'écoule, comme celle de certains fonctionnaires, dans une continuelle uniformité, ne se donne pas la peine de se défendre quand on l’approche. Il regarde d’un air hébété, en serrant avec effroi ses deux petites aïles.
Les manchots antarctiques (fig. 29)sont,au contraire, pleins d'esprit! Certes, ils ne sont pas toujours commodes et se disputent parfois avec acharnement; mais quelle énergie, quelle vivacité, quelle mine intelligente !
Leur courage égale leur amour maternel ; ils défendent hardiment l’approche de leurs nids: le bec tendu et menaçant, les plumes hérissées, ils livrent bataille et se font noblement tuer plutôt que
d'abandonner leurs petits.
Nous avons fait vingt débarquements dans le détroit et plusieurs se sont effectués avec difficulté.
En effet, indépendamment des instruments fragiles qui encombraient le petit canot, sept personnes devaient y trouver place: Racovitza, Arctowski, Cook, Danco, Dobrowolski et moi, plus un matelot pour garder l’embarcation, pendant le travail.
Quelques-uns d’entre nous devaient donc se mettre aux avirons,
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travail fatigant pour les mains et qui les rendait impropres à manier des instruments de précision.
Quant à opérer successivement plusieurs débarquements et à nous faire aider par des hommes d’équipage, il n’y fallait pas songer : nous
eussions perdu de la sorte un temps considérable, alors qu'il fallait
Photographie de M. Racovitza.