‹ Au pays des manchotsChapitre 32 sur 90 · ICEBERG EN FORME D'ARCADE · texte numérisé non relu

ICEBERG EN FORME D'ARCADE

froides, un changement d'équilibre se produit : il chavire, il se dissout, il devient un fragment, qui, peu à peu, se fond dans l’océan.

Comme certains icebergs mesurent trois à quatre kilomètres de longueur et de largeur, sur une épaisseur de plusieurs centaines de mètres, on peut se figurer le danger que présente, pour un navire, la collision avec une semblable masse (r)animée d’une vitesse pouvant

(x) Un grand iceberg peut avoir 4,000 X 4,000 X 400 soit 6,400,000,000 mètres

cubes.

{O4 TIE SCCMONT “TNONTIA TTL

°X00,) ap np onçdusoo(g

atteindre plusieurs nœuds. Les plus grands cuirassés pourraient être brisés comme un fétu de paille!

Nous devons constater ici que notre voyage dans le détroit de Gerlache fut particulièrement favorisé, car, malgré la présence d’un grand nombre d’icebergs, nous y avons circulé librement {fig.35), à une époque de l’année où Weddell avait trouvé toute la région encom-

brée de glaces.

Nous venons de parler de la glace de terre; disons un mot de la glace de mer et de la banquise en général.

Les glaces éparses projettent aussi, dans le ciel, des reflets de lumière blanche diffuse appelés sceblink.

S'il se trouve, dans la banquise, un espace d’eau libre, le ciel au-dessus prend une teinte bleue très foncée : le æwatersky. L'aspect du watersky peut cependant induire sérieusement en erreur : parfois l'étendue en est considérable et semble indiquer une grande surface d’eau libre, alors que, en réalité, il n'y a qu’un petit lac; d’autres fois encore des nuages gris-bleu, qui ressemblent au watersky, peuvent faire croire à la présence d’eau libre là où il n'y a que de la glace.

À mesure qu'on approche de la banquise, l'iceblink devient plus marqué, plus étendu. On aperçoit ensuite de très petits blocs de glace épars ou alignés en rubans et qui constituent la glace de dérive (Ag. 40).

En avançant vers le Sud, on voit les blocs devenir de plus en plus grands : ils atteignent alors 20 et 30 mètres de longueur et prennent le nom de plaques où nappes.

Vers le Sud, les plaques deviennent encore plus étendues, ayant 70 et 80 mètres de longueur. Elles forment alors des champs de glace dont l’ensemble,avec les icebergs et fragments d’icebergs, porte le nom debarquise,

Des phénomènes multiples mettent sans cesse la banquise en mouvement, Lorsque ces mouvements durent longtemps, les glaces se resserrent et produisent la pression.

Au contraire, lorsque le calme se rétablit, les glaces se dirigent

vers la mer libre; elles se dégagent et produisent la défente.

Pendant la pression, les blocs énormes ne perdent leur force d'inertie qu'après s’être brisés dans de fréquentes collisions. Ils forment ainsi de véritables amoncellements appelés zummocks (fig. 37).

L'eau de mer se congèle par 295 centigrades environ sous zéro, mais il ne s'ensuit pas que la surface de la mer se congèle lorsque la température est même légèrement inférieure à ce chiffre : les mouvements ondulatoires de cette surface retardent la congélation. Nous avons vu, notamment, des lacs d’une étendue assez considérable avoir, par temps calme, une surface libre de glace par 150 au-dessous de zéro. Mais il s’agit là d'une exception, car lorsque la banquise n’est pas en mouvement, l’eau des lacs et des crevasses se fige, puis se congele par des températures supérieures à 159 sous zéro.

Lorsque la glace se forme, l’aspect de la mer est parfois vraiment étrange (fig. 38) : au-dessous d’une mince plaque de cristal, l’eau de mer paraît toute noire, tandis que, dans une multitude d’autres endroits, des fleurs de neige, le assol, transforment le champ de glace en un parterre ravissant, Dès qu’un léger mouvement ondulatoire se produit, la couche de glace, encore peu résistante, se brise en petits fragments qui s’accostent, se heurtent ct, pour peu que le mouvement se poursuive, se transforment en disques plus ou moins réguliers. Alors, dès que le calme ramène la détente, ces disques se disjoignent et flottent sur l’eau comme des feuilles de nénuphar (fig. 36).

Si, au contraire, la couche de glace a le temps de s’épaissir, la neige, qui tombe presque toutl’hiver,setrans-

forme en glace,

i , s’accumulcet forme les plaques, ainsi que les champs dont nous venons

-de parler.

Photographie du Dr Cook, FIG. 37.

Page 1