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fierait la tendance qui nous refoule vers le Nord, lorsque nous dérivons à l'Est,
Du 20 août au 20 décembre, date à laquelle nous revenons à notre position du 20 août, nous demeurons sur une mer peu profonde et dont la banquise estexcessivement dense, ce qui justifie, jusqu’à un certain point, la faiblesse de nos déplacements. Pendant cette période, plus encore que pendant la précédente, chaque fois que le vent nous chasse vers l'Est, nous sommes en même temps repoussés vers le Nord.
Enfin, du 20 au 3r décembre, après avoir été reportés vers l'Ouest,
nous sommes ramenés sensiblement vers le Nord.
Aujourd’hui, 14 janvier, nous nous trouvons à un endroit où la mer était libre le» févmer de lannée précédente or, du nid de corbeau, on ne voit se prolonger au loin vers le Nord que l’éternelle banquise. Nous sommes donc aussi fortement emprisonnés qu’il y à un an, et déjà le soleil redescend vers l’équateur. Serons-nous délivrés cette année ? Le serons-nous jamais ?
Le 3 janvier. — Depuis huit jours, de grands mouvements semblent se produire dans la banquise... au loin, malheureusement! Nous nous en apercevons aux icebergs, qui, plusieurs fois, ont changé d’orientation. Souvent aussi, nous apercevons vers le Nord un watersky très prononcé, mais nous n’y croyons plus : ces signes nous ont trop souvent déçus. Journellement, nous sommes induits en erreur par des jeux d'optique. Ainsi, à maintes reprises, nous voyons entre le Sud- Est et le Sud-Ouest d'immenses falaises de glace aux murailles verticales surplombant des baies nombreuses. Or, tout cela est effet de mirage : les champs de glace n’émergent que d’un mètre en réalité, mais donnent des images réfractées multiples qui se superposent exactement.
Le 4 janvier, — Cook est fort soucieux : il parle avec une certaine exaltation de la nécessité absolue de quitter la banquise et demande que, le travail scientifique cessant, toutes nos forces soient concentrées
vers un seul but : la délivrance ! Peu à peu, sa parole nous entraîne ; chacun se creuse le cerveau pour trouver le moyen de vaincre la banquise.
Le ÿ janvier. — Le matelot Y... ne va pas mieux; ses terreurs sont continuelles et il s’ingénie à se cacher dans tous les coins du navire ; il a occasionné, il y a deux nuits, une véritable panique à bord.
Vers 11 heures du soir, je rentrais d'une reconnaissance faite sur la banquise, lorsque Johansen m’annonce que Y... a disparu. Ayant prévenu de Gerlache, nous montons ensemble dans la mâture pour explorer l'horizon, tandis qu’on recommence, à bord, des recherches minutieuses. La clarté est exceptionnelle, nous pouvons scruter tout l'horizon. Rien ! Plus de doute, un accident est arrivé.
Théoriquement, le matelot n’aurait pas dù échapper un instant à une étroite surveillance, mais le triste état de santé de l’équipage excusait cette négligence momentanée.
En un instant, les recherches sont organisées. de Gerlache et deux hommes restent à bord, où il est convenu que, si Y... est retrouvé vivant, le pavillon belge sera hissé à la corne d’artimon, tandis que, si le matelot est mort, le pavillon sera immédiatement mis en berne.
Arctowski et moi, fort découragés, nous cherchions en vain une piste, lorsque mon camarade aperçoit tout à coup le drapeau belge qui monte lentement le long du mât, puis, soudain, s'arrête à midrisse, Notre cœur se serre à ce funèbre signal et nous nous hâtons Mers lesbore
Les nouvelles y sont meilleures que nous ne le supposions : le matelot est vivant; la drisse du pavillon s’était coincée dans la poulie remplie de givre et c'est accidentellement que le drapeau a flotté en berne. Y... a été découvert caché derrière un hummock. Il ne paraît pas remarquer l'inquiétude qu'il nous a causée; mais, assez docile-
ment, il se décide à rezagner sa couchette,
CHAPTIRE XKX VIII.
Eïfforts surhumains.
Le Q janvier. — Toujours, à l'infini, s'étend la banquise!... Cependant, les champs se crevassent fréquemment et les grands icebergs changent d'orientation, ce qui dénote un mouvement général, Ouant à nous, nous demeurons immobiles, rivés à un champ de glace de 2,000 à 3,000 mètres de diamètre, dont la solidité a été notre sauve garde pendant l'hiver, mais constitue actuellement la chaine qui nous retient captifs.
Bien que nous soyons en plein été antarctique, la neige fond à peine, et cela s'explique : 1° parce que le soleil s'élève peu au-dessus de notre horizon (1); 2° parce qu'une grande partie de la chaleur reçue par la neige est diffusée, une autre est réfléchie et une troisième partie seulement, très minime, est absorbée,
Ces diverses propriétés de la neige sont démontrées à l'évidence sur la banquise, car, là où elle est couverte de détritus, bouts de planches, carton bitumé, etc., la glace fond avec rapidité, étant donné le pouvoir absorbant de ces corps,
Cook, estimant avec raison que nous devons, à tout prix, nous dégager, propose d'utiliser de la manière suivante la chaleur absor« bée par ces corps.
Pour que la Belgica puisse rejoindre l’eau libre de la clairière B (voir fig. 70), il est d'avis de creuser dans la glace, suivant a b et c d, deux tranchées, larges chacune de 1 mêtre et profondes de 90 centi« mètres. L'eau provenant de la fonte des neiges remplirait bientôt ce fossé et, comme le pouvoir absorbant de l’eau est plus grand que
(1) La'quantité de chaleur, envoyée par une source constante sur une surface déterminée, est proportionnelle au cosinus de l'angle que font les rayons incidents
avec la normale à cette surface.
celui de la neige, le soleil se chargerait d'approfondir constamment la tranchée. L'action du soleil serait plus efficace encore, si nous versions des escarbilles dans la tranchée. Aïnsi, petit à petit, deux lignes de rupture se produiraient probablement.
de Gerlache et moi ne sommes gucre partisans de cette tentative, attendu que, le pouvoir diathermane (r) de l’eau étant faible, la quantité de chaleur reçue par les escarbilles immergées sera très faible aussi (2). Cependant, ne fût-ce que pour faire diversion, nous entreprenons ce travail, dans lequel Cook et Arctowski déploient une énergie extraordinaire.
En dehors des phénomènes naturels que nous venons d’indiquer et que quelques-uns d’entre nous escomptent pour la délivrance, nous croyons devoir employer nos scies à glace pour découper un trait suivant les lignes a b et c d. Nous commençons le travail en partant de la clairière B. Au début, cela va très bien, nous nous attaquons à de la glace peu forte; mais à peine avons-nous scié trente mètres, que nous pénétrons dans une région aussi épaisse — même plus épaisse — que la longueur de nos scies. Alors, nous songeons à faire intervenir de nouveau la tonite.
Malgré le peu de résultats obtenus il y a trois semaines, je construis une torpille formée d’un tube de grès de 30 centimètres de diamètre et de 1Mm50 de longueur. Je charge le tube de 160 cartouches de tonite, puis j'en ferme avec soin les deux extrémités. La mise de feu s'opère à l’aide de trois mèches et de nombreuses capsules au fulminate de mercure. La torpille, retenue par un petit câble amarré à la banquise, est introduite sous la glace par une ouverture pratiquée à la main (à
l'endroit marqué { sur la figure 70). Le feu est mis aux trois mèches,
(x) Le pouvoir diathermane d'une substance est le rapport de la quantité de chaleur qu'elle laisse passer à celle qu'elle reçoit.
(2) Ce système ne pourrait réussir, me semble-t-il, que par une latitude moins élevée, ne füt-ce que de 2 degrés, et dans des champs de glace moins épais que
le nôtre.
champ de glace
champ de glace \ M V4 2 gi LE nt " SE, Régron de hummocks D hDel0ICe, champ Champ de là Belgica de pacs
et nous fuyons pour nous mettre à l’abri. Au bout d’une demi-heure, rien encore! Nous retirons la torpille et nous constatons qu’en se mouvant elle a enroulé les mèches autour du câble qui la retenait. Celles-ci s'étant brisées, une des extrémités s’est ouverte et l’eau a pénétré au milieu de la tonite. Nous essayons deux ou trois cartouches ainsi mouillées, mais elles ne font plus explosion : les 160 cartouches sont avariées, nous devons les jeter à la mer.
Ce nouvel échec de la tonite achève de la déprécier aux yeux de tout le personnel, excepté de de Gerlache, Racovitza et moi.
Mardi 10 janvier. — Secondé par Amundsen, Mélaerts et Johansen, je viens de construire une machine infernale. Nous avons mis 535 cartouches de tonite dans un grand füt à pétrole qui a été fermé avec un soin extrême. L’amorce consiste en 5 mèches et 25 capsules au fulminate de mercure. Le fût, orienté verticalement grâce au poids attaché à sa base, est introduit sous la glace au même emplacement que la torpille. Je mets le feu aux cinq mèches et, tout en invoquant la puissance de sainte Barbe, patronne des artilleurs, je file à toutes jambes!
Rien d’abord : les mèches, avariées par le froid, ne conduisent pas la flamme. Cinq ou six fois, je reviens à la charge, je rallume même avec une certaine inquiétude, car les mèches deviennent courtes. Enfin, brusquement, une explosion formidable : de gros blocs de glace sont projetés à une grande hauteur, la banquise frémit, le navire est ébranlé, et tous les blocs retombent du ciel comme une trombe. Nous nous précipitons. Oh! désillusion! les 535 cartouches de tonite ont fait une ouverture de 10 mètres de rayon à peine, et aucune crevasse, aucune fissure ne s’est produite au delà. Pour comble de malchance, les blocs, projetés verticalement, sont retombés dans lexcavation, où ils ne tardent pas à former une nouvelle masse compacte. Cette dernière expérience est concluante : les adversaires de la tonite ne manquent pas de la ridiculiser et ses partisans reconnaissent que .si jamais elle rend des services, ils ne seront guère importants.
Le 17 janvier. — Avec moins de conviction que jamais, nous conti-
nuons à creuser les fossés et à scier la glace. Ce travail se poursuit
avec indifférence; Cook et Arctowski seuls sont véritablement enragés à la besogne.
Ce soir, de Gerlache, voyant avec certitude que nous n’avons aucune chance de succès, vient de proposer de creuser un canal, à l'arrière du
navire, suivant le tracé g 41 7 klm (voir fig. 70). En effet, l'hiver, il s’est
Neige (S& 25 cm) Glace friable (0æ&l2cm)
re Le ss PE F2: + Glace de mer: (Irrv. & 1,10.)
(à certains endroits plus de 2,50;
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